Les Chroniques d’un Pilleur de Tombes | Grave Robbers' Chronicles | 盗墓笔记
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Chapitre 21 – L’arbre sacré du mont Qinling
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Comme j’avais tiré de la main gauche et que le recul était monstrueux, l’endroit entre mon pouce et mon index était engourdi et je ne pouvais plus lever la main. Heureusement, le tir eut un effet si étonnant que Lao Yang lui-même faillit trébucher de peur et les rats reculèrent, n’osant plus attaquer de manière irréfléchie.

Devant cette opportunité, je priai Lao Yang de faire vite. Si l’arme était très puissante à courte portée, le nombre de balles était limité. Même si un seul tir pouvait tuer dix de ces rats, c’était loin d’être suffisant. De plus, on ne pouvait pas savoir si le tir suivant aurait autant d’effet.

Alors que je réfléchissais, je constatai que nous nous étions déjà retirés au centre de la fosse. Je regardai en bas et vis dans le sol un trou sombre sous la surface duquel on pouvait entr’apercevoir une couche de briques. Lao Yang poussa Maître Liang dans le trou et lorsque le vieil homme fut à moitié dedans, il le lâcha. Puis, plaçant ses mains de chaque côté du trou, il se laissa tomber.

Comme j’assurais l’arrière, j’attendis que Lao Yang me donne le feu vert avant de faire de même.

Lorsque mes pieds touchèrent le sol – qui n’était qu’à mi-hauteur d’homme – j’allumai mon briquet et vis Lao Yang qui attendait anxieusement que je descende. Maître Liang, quant à lui, était allongé sur le côté. Je ne savais pas s’il était mort ou vivant.

Je tendis le briquet à Lao Yang et lui demandai de trouver quelque chose qui pourrait nous servir de source de lumière. Puis je ramassai quelques armes anciennes qui traînaient sur le sol et tentai de les utiliser pour bloquer l’ouverture afin d’empêcher les rats d’entrer.

Lao Yang ayant trouvé quelques torches sur le mur voisin, il s’empressa de les enflammer. Alors que notre environnement s’éclaircissait, je regardai autour de moi et vis que nous étions dans une chambre de pierre qui, manifestement, avait été construite dans le style du Royaume du Serpent. Tous les murs étaient couverts de peintures murales colorées et les pierres du plafond incrustées de briques bleues. En raison de l’humidité, il y avait des traces de moisissure presque partout où nous regardions.

La chambre était très petite et ne comportait aucun objet funéraire, par contre il y avait par terre quelques armes et outils. Je ne vis pas de cercueil au centre de la pièce, mais des traces sur le sol laissaient à penser qu’il y en avait un autrefois.

Par ailleurs, un coup d’œil rapide me permit de constater qu’il n’y avait pas de couloirs susceptibles de mener ailleurs. Cette tombe, que les morts tenaient tant à protéger, n’était-elle pas qu’une grande zone à l’arrière, sans rien à l’intérieur ?

Soudain, une vague d’air chaud venue d’en haut nous parvint et nous fit souvenir que l’oxygène, dans cet endroit, était limité. La chaleur eut également pour effet de rendre les couleurs des peintures murales si vives qu’au bout d’un moment, nous ne pûmes plus les regarder. Nous savions tous que si rester là pouvait nous sauver la vie un certain temps, ce n’était certainement pas une solution à long terme.

Je bus quelques gorgées d’eau, puis allai m’enquérir de Maître Liang. Je touchai son front : tout son corps était chaud et sa respiration très faible. Il présentait tous les symptômes de l’hyperthermie. Je lui versai dans la gorge ce qui restait de ma gourde d’eau tandis que Lao Yang lui pinçait plusieurs fois le philtrum. Au bout de quelques minutes, il parut enfin reprendre ses esprits.

Au dehors, les rats, devenus complètement fous et agglutinés autour de l’entrée du tunnel, criaient en essayant désespérément d’entrer. Mais heureusement pour eux, les armes de bronze tranchantes que j’avais placées là les en empêchaient.

Lao Yang fit à plusieurs reprises le tour de la pièce et ne trouvant pas de sortie, il me demanda s’il n’y avait pas aussi un passage secret. Dans la négative, nous finirions à coup sûr transformés en viande humaine séchée.

Une nouvelle fois, j’inspectai la chambre. L’endroit était si petit qu’il était évident, au premier coup d’œil, qu’il n’y avait guère de place pour installer un mécanisme. Je m’apprêtais à le lui dire lorsque soudain, il y eut un grand fracas et quelque chose à l’entrée du tunnel s’effondra. L’un des rats avait rongé une brique et tentait de se faufiler par la brèche. Malheureusement pour lui, sa tête était trop grosse et il se retrouva coincé.

De toute évidence, voyant qu’ils ne pouvaient pas ronger les armes de bronze, les rats s’étaient tournés vers les briques bleues. Bien qu’elles fussent très solides, celles-ci n’étaient pas aussi résistantes que le métal. Si les rongeurs persistaient désespérément à tenter de se frayer un chemin, il y avait une chance qu’ils y parviennent.

Je ramassai une lance, repoussai le rat puis criai à Lao Yang de venir m’aider. Il s’empressa d’ôter sa veste et aidé d’une autre lance, la bourra dans la fente.

Mais sa veste ne servit pas à grand-chose. En quelques secondes, les rats rongèrent un énorme trou dans le tissu, puis une douzaine d’entre eux dévalèrent le long de nos lances et se précipitèrent dans la chambre.

Nous attendant à ce qu’ils nous attaquent, nous lâchâmes les lances et battîmes en retraite, mais à notre grande surprise, les rats sautèrent au sol et filèrent vers l’un des coins.

― Vieux Wu, ils cherchent un moyen de s’échapper ! Suivons-les ! Cria Lao Yang.

Nous nous précipitâmes et découvrîmes un trou de rat à peine visible à la base du mur. En nous agenouillant pour y voir de plus près, nous vîmes qu’il semblait y avoir un espace ouvert derrière le mur.

Sans un mot, Lao Yang ramassa un marteau de bronze sur le sol, le leva au-dessus de sa tête et frappa le mur de toutes ses forces. La dalle se fissura et il se forma un trou de la taille d’une tête humaine. Nous nous penchâmes tous deux pour jeter un œil et découvrîmes, de l’autre côté, une seconde chambre de pierre.

― Putain de merde ! S’écria Lao Yang. Alors comme ça, pour trouver le passage secret ici, il faut se frayer un chemin !

Il donna plusieurs coups de marteau pour agrandir le trou, puis nous attrapâmes Maître Liang et passâmes dans l’autre pièce.

Il n’y avait pas de décorations dans cette chambre, mais un puits carré au centre qui menait à un endroit plus profond. Comme il n’y avait pas d’eau dans le puits, les rats sautèrent dedans les uns après les autres.

On entendait craquer les briques dans la chambre située derrière nous. En m’approchant, je vis que le plomb qui scellait les joints entre les briques avait ramolli et commençait à couler, préfigurant un effondrement imminent de la chambre. Lao Yang et moi avions le cœur endurci. Si nous mourions, qu’il en soit ainsi. Serrant les dents, nous suivîmes les rats dans le vieux puits.

Celui-ci était légèrement en pente, aussi glissai-je jusqu’en bas avant d’atterrir lourdement et de rouler. Une fois à l’arrêt et pensant que Lao Yang et Maître Liang se trouvaient juste derrière moi, je m’écartai sur le côté.  Comme de bien entendu, Lao Yang vint s’écraser précisément à l’endroit où je me trouvais et Maître Liang le suivit de quelques secondes. Au moment où celui-ci atterrissait sur lui, Lao Yang poussa un étrange glapissement.

Il y eut un brusque grondement venant du dessus, puis une violente secousse. Le feu avait fini par provoquer l’effondrement de la chambre. Des pierres brûlantes et enflammées dévalèrent le puits et nous évitèrent de justesse.

Lao Yang se redressa et, la tête dans les mains, me demanda :

― Qu’est-ce que c’est que cet endroit ?

Je brandis la torche que Lao Yang avait apportée de la chambre et inspectai les environs. Nous étions toujours dans le puits, mais désormais dans un puits horizontal qui se ramifiait dans plusieurs directions :

― C’est le puits de drainage de l’ancienne tombe, répondis-je. Il fait partie du système de drainage.

Lao Yang regarda ce système compliqué de passages :

― Alors, où allons-nous maintenant ?

Alors que je le regardais en pensant : comment le saurais-je ? quelques rats se glissèrent dans le puits, sautèrent par-dessus les épaules de Lao Yang et se précipitèrent dans le passage qui se trouvait juste devant nous. Me fiant à mon instinct, je répondis :

― Suivons-les !

Sur ce, je joignis le geste à la parole.

Les rats grouillaient si vite que nous avions peine à les suivre à travers les nombreux virages où ils nous entraînaient. Nous poursuivîmes notre route avec frénésie durant plus de dix minutes, puis nous sentîmes une brise souffler devant nous et tous les rats disparurent. Avant même que j’aie eu le temps de réaliser ce qui se passait, le sol sous mes pieds se déroba et je roulai hors du puits de drainage.

Ne sachant pas quel genre d’environnement m’attendait une fois sorti du puits, je me relevai aussitôt, au moment même où Lao Yang et Maître Liang chutaient à leur tour. Comme nous étions dans le noir total, je brandis à la hâte ma torche et inspectai les lieux.  Nous n’étions pas dans une chambre funéraire, mais au fond d’un énorme puits circulaire de plus de soixante mètres de diamètre. Le fond formait une profonde fosse et tout autour, on pouvait voir plusieurs bûchers. Je montai en allumer quelques-uns de manière à avoir plus de lumière.

Des signes évidents d’excavation sur les côtés du mur laissaient à penser que ce puits avait été construit par l’homme. Mais pourquoi si profondément ? Cela faisait-il également partie de la grotte de la carrière de pierre située au-dessus ?

Je distinguais vaguement une énorme chose dressée au centre de la fosse, mais il n’y avait pas suffisamment de lumière pour voir clairement ce dont il s’agissait. Non seulement il faisait très chaud, mais un vent brûlant nous frappait d’en haut. De fait, nous avions le vertige et grand peine à tenir sur nos pieds.

Je levai la torche et ouvris la voie vers la fosse, suivi de Lao Yang qui portait Maître Liang sur son dos. À la lumière, nous pûmes enfin distinguer ce qui se trouvait dans ce renfoncement.

Il était rempli de ces figurines de pierre à tête humaine que nous avions vues dehors. Il y en avait presque une centaine et toutes les têtes étaient momifiées. L’énorme chose que j’avais vue au centre était en fait un gigantesque pilier de bronze d’environ dix mètres de diamètre. À première vue, je crus qu’il s’agissait d’un mur incurvé qui s’élevait vers des hauteurs inatteignables.

Le bas de ce pilier était si bien inséré dans la pierre au fond de la fosse qu’on aurait dit qu’il avait poussé de là.  La roche elle-même présentait de nombreuses fissures.

Du pilier partait une multitude de petites tiges de bronze de différentes épaisseurs qui ressemblaient beaucoup à celle de Lao Yang. Je n’aurais su les compter, mais il devait bien y en avoir plus d’un millier. Le pilier avait l’apparence d’un grand arbre dont les branches s’épanouissaient vers la surface.

À sa vue, Maître Liang resta figé de stupeur. Puis, descendant du dos de Lao Yang, il nous dit :

― Les gens qui ont construit cet endroit ont dû vouloir déterrer cet arbre de bronze. Vous avez vu les marques d’excavation sur les murs ? On dirait qu’ils ont creusé jusqu’au pied de la montagne sans trouver d’où partait cette chose. Nul ne sait à quelle profondeur ce pilier est enfoui dans le sol.

Cette sculpture me donnait des frissons à moi aussi. Un objet métallique aussi énorme dépassait de loin la limite des capacités de fonte des anciens de l’époque. Le peuple She ne maîtrisant pas ce genre de technologie, si ce n’était pas eux qui l’avaient coulé, qui avait bien pu installer cet arbre de bronze à cet endroit ? Avait-il poussé des Enfers ?

Soudain, Maître Liang me tapa sur l’épaule. Je me retournai et vis que Lao Yang, qui jusque-là était resté silencieux, regardait fixement l’arbre et marchait droit vers lui.



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