« C’est incroyable ! »
Li Ya Lin était furieuse d’apprendre la manœuvre du département de la recherche, surtout parce qu’elle s’inquiétait pour sa réduction de 20 %.
« C’est un jeu des huiles », dit Lin Yao. « On ne peut rien y faire. »
« Autant se débarrasser de ce chef du département de la recherche », suggéra platement Lambert en polissant ses dagues.
Lin Yao tressaillit.
« L’oncle ! Ne dis pas des choses pareilles ! »
« Ma foi, ça semble être une façon de régler les choses… » marmonna Li Ya Lin, plongée dans ses pensées, mettant Lin Yao au bord des larmes.
Même si vous ne tenez pas à la vie, moi, j’y tiens ! songea-t-il.
Bien que Han Xiao ne les eût rejoints que quelques jours plus tôt, après l’opération contre Black Spider, le trio l’avait pleinement accepté comme camarade. Naturellement, ils furent contrariés d’apprendre sa fâcheuse situation.
« Pourquoi ne pas lui demander son avis directement ? » demanda Lin Yao.
« Son adresse est top secrète, et son téléphone est toujours éteint ! » grommela Li Ya Lin. « Qui sait où il peut bien être… »
« Alors qu’est-ce qu’on fait ? Comment peut-on rester à le regarder souffrir aux mains du département de la recherche ? »
« Attendez », intervint brusquement Lambert.
On entendit des bruits de pas et, quelques secondes plus tard, une femme apparut à la porte.
« Hé, Lin Lin, il paraît que ton nouveau coéquipier est un sacré fauteur de troubles. »
La femme avait les cheveux courts et était une beauté à part entière. Sa voix, cependant, était railleuse, et elle toisait le trio d’un air hostile, adossée à la porte, les bras croisés.
La peau de la femme était extrêmement claire, et ses lèvres d’un rouge intense, comme les pétales d’une rose. Elle avait un tempérament aguicheur et, bien que grande, la force de son aura ne semblait pas pâlir face à celle de Li Ya Lin. Si Li Ya Lin était incontestablement plus jolie, cette femme faisait, sans nul doute, davantage tourner les têtes.
Le visage de Li Ya Lin s’assombrit aussitôt à sa vue.
« Su la renarde », gronda-t-elle entre ses dents, « tu cherches la bagarre ? »
Di Su Su eut un petit rire narquois.
« Si tu l’oses. »
Di Su Su et Li Ya Lin étaient connues pour être des rivales qui se détestaient. L’animosité entre elles remontait à l’époque où, enfants, elles étaient condisciples dans un dojo. Tandis que Di Su Su excellait à chacun de leurs tests et de leurs combats, les performances de Li Ya Lin étaient toujours moyennes, et elle se faisait toujours facilement battre par elle.
Aujourd’hui encore, Li Ya Lin se rappelait parfois la façon dont l’autre jouait la comédie devant tout le monde et se montrait gentille avec elle alors qu’elles se détestaient. Tandis que chacun couvrait Di Su Su de louanges et lui prodiguait des conseils, les échanges de Li Ya Lin avec leur maître se terminaient toujours en quelques phrases, et il lui demandait invariablement de suivre l’exemple de Di Su Su.
Se remémorer ces événements plombait toujours l’humeur de Li Ya Lin. Son maître la traitait au fond comme un chien abandonné sous la pluie.
Toutes deux finiraient par rejoindre la Division 13, mais l’histoire ne fit que se répéter. L’équipe de Di Su Su surpassait toujours celle de Li Ya Lin, et son équipe devint l’as des opérations secrètes. Ce que Li Ya Lin détestait par-dessus tout, c’était la façon qu’avait Di Su Su de venir fréquemment la narguer, et la manière dont elle l’appelait « Lin Lin » !
Sale garce ! Depuis quand est-ce qu’on est proches ?
Di Su Su le faisait manifestement exprès et, bien que Li Ya Lin le sût, cela lui tapait tout de même sur les nerfs.
« Héhé », rit doucement Di Su Su. « Il paraît que vous avez une nouvelle recrue, alors je suis venue exprès le chercher. Où est-il ? Il n’est pas allé se cacher, quand même ? »
« Il n’est pas là », répondit froidement Li Ya Lin. « Dégage. »
« On dirait que je me suis déplacée pour rien, mais c’est compréhensible, j’imagine, puisqu’il est occupé à se faire démolir par le département de la recherche. »
Li Ya Lin la fixa.
« Dépêche-toi de dégager ! »
« Quelle cruauté. » Di Su Su fit la moue. « Après tout, on se connaît depuis l’enfance. »
Elle lança un regard vers Lin Yao avant de s’éloigner d’un pas nonchalant.
Li Ya Lin était déjà à cran, mais quand elle se retourna et vit Lin Yao complètement subjugué, sa colère enfla. Elle se leva brusquement pour attraper Lin Yao par le col.
« Cette belle femme juste à côté de toi ne te suffit pas ?! » hurla-t-elle. « Pourquoi tu regardes cette renarde ?! »
« M-m-mais », bredouilla Lin Yao, « elle m’a souri… »
« Tu as intérêt à me donner une bonne réponse : elle est plus belle, ou c’est moi ? » demanda-t-elle d’un ton menaçant.
Pour une raison ou une autre, Lin Yao dut tout de même prendre un moment pour réfléchir avant de répondre : « Je trouve… que Sœur Su Su est plus douce que toi… »
« Hmpf, Lin Yao ! Je crois que ton cerveau a besoin d’un petit réglage !
« Suplex avalanche inversé brise-pont ! »
Tandis que Lambert sirotait tranquillement le verre d’eau qu’il tenait, il prit son téléphone pour passer un appel.
« Faites venir un médecin, un spécialiste des os, de préférence. »
…
Le département de la recherche s’était attendu à ce que Han Xiao rejette leurs exigences.
Pour les mécaniciens, les plans étaient comme une bouée de sauvetage.
Ils se moquaient de l’intérêt personnel de Han Xiao, ou plutôt, c’était à prévoir, car les partisans de la ligne dure lui étaient hostiles depuis le tout début. À leurs yeux, offrir à Han Xiao la possibilité de coopérer était une faiblesse, et on aurait plutôt dû l’enfermer et le contrôler.
À l’inverse, les conservateurs pensaient exactement le contraire. Ils étaient disposés à accorder à Han Xiao le bénéfice du doute, car il semblait digne de confiance et se montrait coopératif. Pourquoi créer des remous et de l’animosité pour un simple plan d’équipement de débutant ?
Et s’il n’avait pas peur de la torture ?
La Division 13 avait déjà essayé toutes sortes de méthodes sur des membres de Germinal capturés, mais la torture fonctionnait rarement, et neuf fois sur dix, ils livraient de faux renseignements nuisibles plutôt qu’utiles.
D’ailleurs, Han Xiao était un cas véritablement unique.
Aussi les conservateurs étaient-ils, eux aussi, outrés par la pression que la ligne dure tentait d’exercer sur Han Xiao. Ils les voyaient comme une bande de vieux croûtons dépassés. Les temps avaient changé, et les talents étaient très recherchés : la Division 13 aurait dû le chérir, pas le presser.
N’y avait-il pas d’autres mécaniciens dans la division ? Voler le travail de Han Xiao donnerait une mauvaise image de la division.
En quelle année était-on ? Tous ces discours sur la loyauté et le reste ne serviraient qu’à faire fuir les recrues et les talents en quête de refuge. Il ne fallait pas oublier que les Six Nations étaient les principales responsables de la destruction de tous les autres pays ! Il ne serait pas étonnant que ces talents étrangers se rebellent purement et simplement !
Malheureusement, comme la Division 13 était extrêmement cloisonnée, seules les huiles pouvaient interférer avec les agissements du département de la recherche, mais elles semblaient pour l’heure ne vouloir que continuer d’observer.
Le département de la recherche offrait aux agents de fortes sommes en liquide pour les couteaux rétractables qu’ils avaient achetés à Han Xiao, un procédé que tout le monde perçut comme un coup bas.
Comme la plupart des agents ignoraient le statut particulier de Han Xiao, la majorité trouvait déraisonnable de brimer ainsi un mécanicien ordinaire, et ils décidèrent de ne pas rendre les couteaux. Le faire aurait aussi été, en un sens, manquer de respect à Han Xiao.
Il s’en trouva tout de même quelques-uns pour les rendre contre de l’argent.
Korat fut le premier agent à conclure un marché avec le département de la recherche. Il réclama 30 000 dollars, trente fois plus que l’offre de départ, et le département de la recherche céda.
Son raisonnement était simple : ça valait tout bonnement le coup. Alors que la plupart des agents s’accrochaient à leur morale, il les tournait en ridicule, les traitant d’idiots de laisser passer l’occasion.
Ce n’est jamais qu’un mécanicien de seconde zone, qui s’en soucie ? Vous n’avez qu’à attendre que le département de la recherche le produise en masse, si vous le voulez vraiment.
…
Au département de la recherche, Luo Xuan et le secrétaire en chef examinaient le couteau rétractable.
« Luo Xuan, tu peux le reproduire ? »
