Mode Nuit Mode Jour

Le Mécanicien Légendaire | The Legendary Mechanic
A+ a-

Chapitre 109 – Renverser la vapeur

Boum !

C’était un orage de pluie. Le ciel noir se déchirait sans relâche sous des éclairs aveuglants. La pluie tombait à torrents.

Le rideau de pluie limitait le champ de vision de tous, ce qui réduisait d’autant la précision des tirs. Les mercenaires durent bâcher les armes et l’équipement, qui n’étaient pas étanches, pour les protéger de la tempête, et ils mirent aussi leurs réserves de munitions à l’abri.

La pluie battante noyait le monde entier, et son fracas emplissait les oreilles. Les fortins étaient saturés d’humidité. Han Xiao se tenait loin de la fenêtre pour éviter d’être trempé. Il regarda le temps au-dehors et se rembrunit. Un temps aussi épouvantable est manifestement généré par le système à dessein. Je parie que la prochaine grosse vague d’assaut arrivera pile maintenant, sinon…

Han Xiao n’avait pas achevé sa phrase qu’il coupa court à cette pensée. Comment pouvait-il plaisanter ainsi et risquer de s’attirer la poisse ?

Vrooom !

Une série de bruits de moteur monta sous la pluie. Cette fois, l’ennemi arrivait avec férocité. Des hordes de véhicules blindés fonçaient vers le manoir dans la tempête. D’innombrables gouttes s’écrasaient sur les blindages glacés.

« Feu ! » hurlèrent rageusement les mercenaires du manoir, et le fracas des mitrailleuses et des lance-grenades suivit.

L’instant d’après, une puissance de feu plus grande encore jaillit du convoi ennemi. Plusieurs missiles de petit calibre s’abattirent sur le mur d’enceinte et pulvérisèrent deux mitrailleuses ainsi que leur servant.

Tout en tirant au fusil, Han Xiao entendait Chen Li et le colosse noir vociférer dans le talkie-walkie.

« L’ennemi a des lance-roquettes, il faut esquiver ! Allez leur taper dessus à la mitrailleuse et à la grenade ! »

« Snipers, dépêchez-vous de tirer. Ne m’obligez pas à vous le répéter ! Grouillez-vous et faites quelque chose ! »

« Plus de vingt canots rapides viennent d’apparaître sur la rivière. Ceux qui sont postés à l’ouest, allez vite les intercepter. Ne les laissez pas approcher de la rive ! »

« Merde. Des hélicoptères ! »

Le battement des pales retentit dans le ciel. Deux hélicoptères de combat Y5-Serpent attaquaient d’en haut. Les éclairs qui zébraient le ciel noir soulignaient leur silhouette féroce. Le mitrailleur, chaussé de lunettes coupe-vent, manœuvrait un canon-mitrailleur à six tubes de gros calibre monté sur le flanc de l’appareil et déchaînait une puissance de feu stupéfiante.

Les obus du canon avaient presque la taille d’un missile de petit calibre. Leur pouvoir de pénétration et leurs dégâts n’avaient rien de comparable avec ceux des mitrailleuses ordinaires. Et la cadence de tir était très élevée.

Ratatata…

Les obus s’enchaînaient en une ligne orange continue qui balayait le manoir d’en haut. Les murs de défense extérieurs ne servaient absolument à rien contre un ennemi venu du ciel.

Les pertes des mercenaires explosèrent !

Les jurons, les cris, les pleurs, la pluie, les détonations et le rugissement des moteurs composaient une symphonie de bataille aussi grandiose qu’effroyable, aussi confuse que fiévreuse.

Les hélicoptères étaient la plus grande menace. Quelques mitrailleurs pointèrent vivement leurs armes vers eux.

Mais il suffisait aux Y5-Serpent de monter plus haut pour échapper sans peine à la portée des mitrailleuses. Les rares balles perdues qui les atteignaient ne perçaient pas leur blindage.

« Snipers ! Tuez les pilotes ! » hurlait Chen Li, exaspéré.

« Nous nous occupons des hélicoptères. Les autres snipers, empêchez les troupes au sol d’entrer ! » ordonnèrent les frères Frelon sur le réseau de communication, depuis le fortin central. Ils se mirent ensuite à tirer sur les appareils.

Malgré les rideaux de pluie serrés, Han Xiao voyait les étincelles jaillir quand les balles de sniper frappaient le blindage des hélicoptères. La vitre du pilote était faite d’un verre pare-balles de qualité supérieure. Il faudrait au moins sept ou huit balles pour la percer.

Han Xiao sentit soudain que quelque chose clochait. Il épaula prestement son arme et s’écarta du créneau de tir.

« Comment osez-vous quitter votre poste sans autorisation… » Le barbu, furieux de ce qu’il voyait, n’était qu’à la moitié de sa phrase quand le fracas d’une violente explosion l’interrompit. Le mur du fortin explosa avec violence, et l’onde de choc projeta le barbu contre la paroi opposée. Il eut les deux bras brisés net et hurla de douleur.

Les deux Y5-Serpent étaient équipés de quatre missiles air-sol, qu’ils employèrent pour pulvériser les trois fortins. Le fortin central fut le plus durement touché : il explosa et ne fut plus que ruines, si bien que les frères Frelon moururent sur le coup. Leur chair, mêlée à la poussière et aux briques éclatées, fut expulsée au loin par le souffle.

Les trois fortins avaient sauté !

Débarrassés de la menace des snipers, les hélicoptères se firent bien plus agressifs, avec l’ardeur d’un chien en rut. Sous cette puissance de feu écrasante, les mercenaires se terraient à couvert et n’osaient même plus sortir la tête.

Han Xiao esquiva l’explosion, mais il fut touché par l’onde de choc. Il ne subit guère de dégâts. En revanche, le toit au-dessus de sa tête avait été entièrement soufflé, et la pluie battante s’abattait droit sur son secteur. Il se retrouvait ainsi exposé au regard de l’ennemi. Sa position était désastreuse.

L’ennemi avait la supériorité sur terre, dans les airs et sur l’eau. Le manoir était attaqué de trois façons différentes !

Il se retourna et embrassa du regard l’effroyable spectacle de la bataille.

Les mercenaires ne tiendront plus longtemps.

L’inquiétude se lisait dans ses yeux.

« Les gens du dehors ne résisteront plus à l’assaut. »

Depuis le salon de la demeure, au centre du manoir de la Vallée de la Rivière, deux hommes regardaient la bataille par la fenêtre. L’un d’eux avait les deux mains posées sur l’appui ; c’était un vieil homme chauve. Il portait des lunettes à monture noire, et ses sourcils comme sa barbe étaient tout blancs.

L’autre se tenait derrière lui, légèrement de biais, les bras croisés. Il paraissait d’âge mûr. Ses cheveux courts, d’un noir de jais, étaient plaqués en arrière, à peine grisonnants sur les tempes. La seule chose remarquable chez lui tenait sans doute à son allure. Un sourire doux flottait sur son visage, ce qui lui donnait un air plutôt affable.

L’homme au visage doux eut un petit rire. « On dirait qu’il est temps que j’intervienne. »

Le vieil homme chauve hocha la tête. « Nous avons tenu si longtemps. Xena devrait avoir éradiqué tous les traîtres de l’organisation. Ma vie est désormais entre tes mains, mon vieil ami. »

L’homme doux acquiesça et s’apprêta à sortir. Soudain, il suspendit son pas et remarqua un revirement dans le cours de la bataille.

« On dirait qu’un type intéressant vient d’entrer en scène. Ils n’ont plus besoin de moi. »

« Hmm ? » Le vieil homme chauve tressaillit et regarda par la fenêtre.

Terré dans une structure défensive, Chen Li hurlait dans son talkie-walkie : « Y a-t-il encore un sniper en vie ? Si nous n’abattons pas les deux hélicoptères, nous allons tous crever ici ! »

Soudain, une balle cramoisie traversa le rideau de pluie et frappa avec une précision extrême la bande de munitions de l’un des canons-mitrailleurs. Le projectile cramoisi se fendit alors, et une flamme jaillit de son cœur sous l’averse.

Une balle hautement explosive !

Brooouuum !

Le gaz orange, hautement explosif, s’infiltra dans le moindre interstice, se fraya un chemin par la fente du blindage et enflamma la bande de munitions. L’hélicoptère, si triomphant un instant plus tôt, explosa sur-le-champ, tous ses obus détonant à la fois. La balle hautement explosive n’était pas puissante en elle-même, mais elle avait mis le feu à ces obus de gros calibre, aussi redoutables que des mines. Tous les occupants furent tués. Les billes d’acier projetées transpercèrent le cou du pilote, et le sang gicla sur la vitre latérale.

L’hélicoptère partit en vrille avant de s’écraser au sol. Les deux camps sentirent le sol vibrer violemment.

Dans les demi-ruines du fortin de gauche, Han Xiao, l’auteur du tir, manœuvra la culasse de son fusil pour éjecter la douille encore fumante. Ses yeux étaient graves et calmes. À cet instant décisif, il avait déversé une masse considérable d’EXP dans [Tir de précision], qui était monté au niveau 9 ! Voilà pourquoi il avait pu placer un tir d’une telle précision. Il avait touché les obus de la bande de munitions sous un angle extrêmement improbable !

Ce tir eut toutefois de fâcheuses conséquences. L’autre Y5-Serpent braqua toute sa puissance de feu sur le fortin de gauche. Qui plus est, les troupes au sol savaient que les hélicoptères étaient leur atout maître ; elles se coordonnèrent donc pour tirer elles aussi sur le fortin. Un nombre effroyable de projectiles creva le rideau de pluie et explosa sur le fortin de gauche !

Le visage du barbu devint blafard : il se crut réduit en pièces. Comment aurait-il pu courir plus vite que les obus avec ses deux jambes courtes ? Au comble du désespoir, il sentit soudain une grande main l’empoigner par la peau du cou, et une force considérable l’entraîna dans une fuite à la vitesse de l’éclair. L’instant d’après, le fortin de gauche tout entier volait en ruines.

Une seconde plus tôt, et le barbu aurait été réduit en miettes.

Une fois hors de danger, le barbu sentit qu’on lâchait son col. Il retomba sur le derrière. Il se retourna vivement pour regarder celui qui l’avait sauvé. La silhouette de Han Xiao, vêtu de noir, debout sous la pluie battante, s’offrit à ses yeux.

Le barbu ne prit pas la peine de remercier Han Xiao de lui avoir sauvé la vie et demanda, sidéré : « Comment avez-vous fait pour courir aussi vite ?! »

« Parce que je suis libre comme le vent. »

Le barbu resta pantois. C’est quoi, ces âneries ?!

À peine sa réplique lancée, Han Xiao reposa les deux pieds au sol. Ses bottes à sustentation électromagnétique s’allumèrent alors d’une lueur bleu sombre, et la force électromagnétique en jaillit : Han Xiao se mit à glisser prestement, comme sur de la glace. Il allait plus vite qu’une voiture et, en deux ou trois glissades, il atteignit le sommet du parapet du mur extérieur. À la stupéfaction des mercenaires, Han Xiao filait à droite et à gauche sur le parapet, tel un éclair sombre : aucun ennemi ne parvenait à le prendre en joue. Il esquivait tous les tirs.

« Admirez mon art majestueux ! »

Han Xiao se mit à tirer tout en se déplaçant à grande vitesse. Le champ de vision y était plusieurs fois supérieur à celui du fortin de gauche. Sa compétence [Tir de précision], tout juste montée au niveau 9, lui permettait de contrôler le champ de bataille entier. Le déplacement que lui offraient les bottes était souple et régulier : Han Xiao n’avait donc guère d’effort à fournir pour les maîtriser. Leur pilotage n’était pas plus difficile que celui des patins électriques du commerce ; la vitesse ne nuisait donc guère à la précision de ses tirs.

Balle après balle, il arrosait l’ennemi. Balles hautement explosives, balles Hayme, balles éclair et balles perforantes sortaient tour à tour du fusil de sniper. La munition la plus utile était toujours employée au moment et à l’endroit les plus opportuns. Ainsi, quand un véhicule tenta de lancer une grenade sur l’une des mitrailleuses du manoir, une balle éclair partit au moment idéal et fit tirer l’ennemi sous un mauvais angle.

_____________________

Vous tirez actuellement en mouvement.

Vous avez commencé à apprendre la technique [Tir de précision en mouvement] (1/100).

_____________________

J’ai déclenché l’apprentissage d’une nouvelle compétence ? Les yeux de Han Xiao s’illuminèrent : elle ne pouvait se déclencher que si [Tir de précision] dépassait le niveau 8. Il tira quelques coups de plus et s’aperçut que chaque cible touchée lui rapportait un point de progression. Il n’en mit que plus d’ardeur à faucher ses ennemis.

Grâce aux bottes, Han Xiao esquivait la plupart des attaques adverses. Mais l’ennemi reconnut en lui un sniper capable de contrôler une zone entière. Il aurait le plus grand mal à progresser sans l’abattre.

Han Xiao éprouva bientôt leur « ardente sollicitude » et se retrouva de nouveau sous un feu concentré. La pression sur lui s’accrut brutalement, et les balles perdues l’atteignaient souvent. Il dut protéger son corps de son armure magnétique.

Le dernier Y5-Serpent louvoyait à droite et à gauche pour empêcher Han Xiao de viser ses organes vitaux. Le canon-mitrailleur tirait sans relâche et lui causait bien des ennuis. Malgré l’armure magnétique, encaisser quelques obus restait douloureux.

Pire encore, les obus produisaient un effet de recul, ce qui lui avait déjà fait manquer plusieurs tirs.

L’armure de sa poitrine encaissa trois nouveaux obus de gros calibre. Han Xiao sentit son thorax se comprimer ; il fut repoussé de quelques mètres et faillit tomber du parapet. Les dégâts, pourtant, restaient dérisoires pour lui : ses PV dépassaient désormais 2 000 et, avec l’appoint de l’armure rétractable magnétique, il pouvait encaisser bien pire.

À cet instant, les mercenaires du manoir se remirent à riposter et à épauler activement la tactique de Han Xiao.

« Oh, le sniper, arrête de rêvasser. Continue comme tout à l’heure, on va se coordonner avec tes attaques ! » cria Chen Li dans le poste de communication.



Rejoignez-nous et devenez correcteur de Chireads Discord []~( ̄▽ ̄)~*