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L'Origine
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Chapitre 003 – La Traversée de la Forêt de la Brume.

Chapitre 003 – La Traversée de la Forêt de la Brume.

Après plusieurs heures de marche, Gandon avait déjà disparu derrière eux. Le village n’était plus visible. Seules restaient les plaines, les arbres et l’immensité verte qui s’étendait vers l’Est. Ils devaient parcourir près de mille cinq cents kilomètres en deux jours. Marcher normalement était impossible. Naturellement, les deux accélérèrent progressivement jusqu’à se mettre à courir. Ma Long prit la tête. Avec sa taille proche de deux mètres et sa force monstrueuse, chacune de ses foulées couvrait plusieurs mètres. Il avançait avec une aisance presque irréelle. Eric suivait quelques mètres derrière. Le vent sifflait autour d’eux. Les herbes défilaient rapidement. Pendant plusieurs minutes, aucun des deux ne parla. Puis Ma Long jeta discrètement un regard derrière lui. Eric suivait sans difficulté apparente. Bien… Mais une pensée traversa son esprit. Il s’est réveillé il y a seulement quelques jours… est-ce qu’il pourra vraiment réussir l’examen ? Sans prévenir… il accéléra légèrement. Le paysage commença à défiler plus vite. Quelques instants plus tard, il regarda à nouveau. Eric était toujours là. À la même distance. Ma Long sourit légèrement. Puis il accéléra une seconde fois. Cette vitesse… c’était celle qu’il utilisait habituellement pendant leurs entraînements. Le rythme qu’il gardait pour permettre à Eric de le suivre. Parfois avec difficulté. Parfois même en devant ralentir. Quelques secondes passèrent. Ma Long regarda à nouveau. Eric était encore là. Toujours sans difficulté visible. Cette fois… Ma Long fut surpris. Parce qu’il connaissait parfaitement ce rythme. Normalement, Eric aurait déjà commencé à respirer plus lourdement. Pourtant… rien. Pas même un changement dans son souffle. Il a vraiment progressé… Alors Ma Long accéléra une troisième fois. Et là… son expression changea. Parce qu’il venait de dépasser la vitesse qu’il utilisait habituellement avec Eric. Cette allure appartenait normalement à ses entraînements personnels. Une vitesse qu’il ne gardait jamais longtemps en présence de son frère. Il se retourna discrètement. Et resta figé. Eric était toujours là. Toujours derrière lui. Toujours calme. Le géant écarquilla légèrement les yeux. Impossible… Il accéléra encore. Le vent devint plus violent. Les arbres commencèrent à défiler comme des ombres. Quelques minutes passèrent. Il regarda de nouveau. Eric suivait toujours. Et cette fois… il riait. — Tu essaies vraiment de me semer ? Ma Long ne répondit pas. Il accéléra encore. Puis encore. Encore. Le paysage devenait flou autour d’eux. Ses muscles commençaient à chauffer. Sa respiration s’alourdissait progressivement. Pour la première fois depuis le départ… il approchait de sa limite. Derrière lui… Eric continuait. Toujours présent. Toujours à la même distance. Puis finalement… Ma Long ralentit légèrement. Il avait atteint sa limite. Derrière lui, Eric fit immédiatement semblant de respirer plus difficilement. Il força son souffle. Baissa un peu les épaules. Mais intérieurement… il était choqué. Parce qu’il venait de comprendre une chose. Il n’avait jamais atteint sa propre limite. Pas une seule fois. Au contraire… il avait encore de la marge. Peut-être même beaucoup. Ils continuèrent encore quelque temps avant de ralentir près d’un petit ruisseau. Deux heures s’étaient écoulées depuis le début de leur course. Ma Long posa son énorme sac au sol. Après environ deux heures de course, ils décidèrent de faire une pause afin de préparer des réserves pour le reste du voyage. Le trajet devait durer deux jours et, une fois entrés dans les profondeurs de la forêt, il serait imprudent de dépendre uniquement de la chasse quotidienne. Ils se séparèrent brièvement. Grâce à leur expérience, il ne leur fallut pas longtemps pour trouver du gibier. Plusieurs lapins sauvages furent capturés, ainsi que deux antilopes qui paissaient près d’une clairière humide. Une heure plus tard, un petit tas de viande reposait déjà au bord du ruisseau. Pendant qu’Eric découpait les morceaux avec précision à l’aide de son couteau de chasse, Ma Long préparait le feu. Il brisa plusieurs branches épaisses à mains nues avant d’allumer le foyer. Le silence s’installa quelques instants. Seuls le crépitement des flammes et le bruit de l’eau accompagnaient leur travail. Puis, après avoir observé Eric un moment, Ma Long finit par parler. — On dirait que tu as fait beaucoup de progrès. Eric releva la tête. — Hein ? — Pendant la course. Ma Long retourna une pièce de viande au-dessus des flammes. — Avant, ce rythme était déjà difficile pour toi. Son regard se posa sur lui. — Aujourd’hui… tu m’as suivi jusqu’au bout. Le silence retomba. Eric baissa instinctivement les yeux vers ses mains. Qu’est-ce qui m’arrive exactement ? Ma Long continua : — Et ce n’est pas tout. Il marqua une pause. — Depuis ton réveil… tu es plus rapide. Eric resta silencieux. — Pendant la course, j’ai accéléré plusieurs fois. D’habitude, au troisième rythme, tu commençais déjà à peiner. Son regard devint plus sérieux. — Cette fois… tu me suivais encore. Il détourna légèrement le regard. Depuis son réveil… il avait remarqué les changements. Sa force. Sa vitesse. Son endurance. Tout semblait différent. Et au fond de lui… une image revenait sans cesse. Ce vieux livre noir. Mais plus il y pensait… plus le doute grandissait. Avait-il vraiment existé ? Lorsqu’il s’était réveillé dans la forêt, le livre avait disparu. Ma Long ne l’avait pas vu. Personne ne lui en avait parlé. Il n’en restait aucune trace. Alors parfois… Eric se demandait si tout cela n’avait pas été une hallucination. Un rêve provoqué par la douleur. Ou peut-être simplement son imagination. Il ne savait pas. Et c’était précisément cela qui le troublait. Alors il préférait garder le silence. Pas parce qu’il ne faisait pas confiance à Ma Long. Simplement parce que lui-même ne comprenait rien. Après quelques secondes, il répondit finalement : — Peut-être que le repos m’a fait du bien. Ma Long le regarda un instant avant de sourire. — Tant mieux alors. Mais malgré ce sourire… il n’était pas convaincu. Quelques heures plus tard… Ils atteignirent enfin la frontière. Une immense pierre dressée entre les arbres. Le temps et les intempéries avaient usé sa surface, mais les gravures restaient visibles. LIMITE DES CHASSEURS DE GANDON Les deux garçons s’arrêtèrent instinctivement. L’atmosphère changea immédiatement. Même le vent semblait différent. Plus froid. Plus lourd. Derrière cette pierre commençait la véritable Forêt de la Brume. Le territoire des escortes. La zone où les chasseurs ordinaires ne s’aventuraient presque jamais. Là où commençaient les disparitions. Ma Long fixa les arbres devant lui. Le brouillard y était plus dense. Plus sombre. Comme une mer blanche suspendue entre les troncs. Son regard changea légèrement. Cette frontière… il l’avait déjà franchie. Par le passé. Et cela lui avait coûté un mois perdu dans les profondeurs de la forêt. Eric sortit lentement le parchemin remis par Samba. Le vieux plan était couvert d’annotations accumulées sur plusieurs générations. Chaque ligne avait été dessinée au prix du sang. Zone de migration Territoire des Crocs Noirs Rivière interdite Route sûre Certains endroits portaient même de petites marques rouges. Des lieux où des guerriers de Gandon étaient tombés. Parmi eux… se trouvaient aussi les traces laissées par les expéditions auxquelles avaient participé ses parents. Eric serra légèrement le parchemin. Ma Long posa alors une main sur son épaule. — On avance ? Eric releva les yeux. Puis hocha lentement la tête. Devant eux… commençait réellement leur voyage vers le monde des cultivateurs. Et derrière cette pierre… chaque pas pouvait désormais coûter une vie. Immédiatement… la forêt changea. Les arbres devinrent gigantesques. Certains dépassaient plusieurs dizaines de mètres de hauteur, leurs troncs étant si larges qu’il aurait fallu plusieurs hommes pour les entourer. Le brouillard s’épaissit. La lumière diminua. Le silence, lui, disparut complètement. Des rugissements lointains résonnaient désormais dans toutes les directions. Parfois proches. Parfois impossiblement éloignés. L’air lui-même semblait plus lourd. Eric fronça légèrement les sourcils. — Les animaux ici sont différents… Ma Long acquiesça lentement. — Samba l’avait expliqué. Il s’accroupit, ramassa une poignée de terre humide puis la laissa glisser entre ses doigts. — Tu te souviens de ce qu’il racontait après ses escortes avec les commerçants ? Eric hocha la tête. Samba était le seul homme du village à avoir réellement approché le monde des cultivateurs. Même après son échec à l’examen de l’Ouragan Sacré, il restait celui qui possédait le plus de connaissances sur le monde extérieur. Ma Long poursuivit : — Il disait que les commerçants parlaient souvent du Néon. Son regard se leva vers les arbres géants. — Cette énergie existerait partout. Il désigna le ciel couvert. — Dans l’air. Puis le sol. — Dans la terre. Ensuite le cours d’eau qu’on apercevait entre les arbres. — Dans l’eau. Enfin leurs provisions. — Même dans la nourriture. Eric resta silencieux. Ces histoires racontées autour du feu lui revenaient vaguement en mémoire. Des récits qui semblaient presque irréels autrefois. Ma Long continua : — D’après eux, cultiver consiste à accumuler de plus en plus de Néons dans le corps. Il serra légèrement le poing. — Plus leur quantité augmente… plus le corps change. Le métabolisme. Les muscles. Les os. La force. Tout évolue. Eric regarda inconsciemment ses propres mains. Sans raison… ces paroles résonnaient étrangement en lui. Mais Ma Long poursuivit : — Le problème, c’est que les villageois ne savent pas comment faire. Son expression devint sérieuse. — Samba disait que seuls les cultivateurs possèdent les vraies techniques. Des techniques secrètes. Très bien gardées. Même les grandes familles et les sectes se battent pour les obtenir. Eric releva la tête. — Donc les animaux ici… Ma Long hocha lentement la tête. — Grandissent au milieu de cette énergie depuis leur naissance. Il désigna la forêt autour d’eux. — Tout ici absorbe le Néon. Les arbres. Les plantes. Les animaux. Même le sol sous nos pieds. Puis il reprit : — Samba disait aussi que nous, les mortels, absorbons déjà le Néon passivement. Il inspira profondément. — Quand on respire, quand on mange, quand on boit… une petite quantité de Néons entre naturellement dans notre corps. Il baissa les yeux vers sa main. — Mais comme on ne possède pas de techniques de cultivation, cette absorption est lente et incontrôlée. Son regard se posa sur les troncs colossaux. — Ici, la densité est plus élevée. Il montra la forêt devant eux. — Les animaux vivent dedans depuis leur naissance. Ils respirent plus de Néons que nous chaque jour. Il désigna les arbres géants. — Même les arbres grandissent différemment. Puis son expression s’assombrit légèrement. — Les guerriers du village deviennent plus forts en venant ici… mais ils restent des mortels. Son regard se perdit dans le brouillard. — Alors quand ils vont trop loin… Il marqua une pause. — Ils tombent sur des créatures qui ont passé toute leur vie à absorber cette énergie. Le silence retomba. Au loin… un rugissement résonna de nouveau. Plus proche cette fois. Eric observa les alentours. Maintenant qu’il y prêtait attention… il sentait effectivement quelque chose. Une pression étrange. Invisible. Comme si l’air lui-même était plus dense. Plus vivant. Le brouillard ondulait lentement entre les arbres géants. Pour la première fois… il comprit vraiment pourquoi la Forêt de la Brume était redoutée. Ce n’était pas seulement une forêt. C’était un monde qui cultivait silencieusement depuis des siècles. Les deux garçons échangèrent un regard. Puis resserrèrent leurs armes. Ils venaient seulement d’entrer dans la véritable Forêt de la Brume. Et déjà… elle commençait à montrer ses crocs. CRACK. Les deux s’arrêtèrent immédiatement. Une branche venait de céder. Puis un second bruit résonna. Un grognement. Lourd. Profond. Comme si quelque chose respirait derrière le brouillard. Le silence disparut aussitôt. Les oiseaux s’envolèrent brusquement des arbres voisins. Ma Long posa lentement sa main sur le manche de son arme. Eric banda instinctivement son arc. Puis… une silhouette sortit lentement du brouillard. Un tigre. Mais monstrueux. Près de trois mètres de long. Ses muscles roulaient sous une fourrure noire striée de marques grises. Ses crocs dépassaient largement de sa gueule et ses yeux rouges semblaient briller dans la pénombre. Même ses épaules arrivaient presque à la poitrine de Ma Long. Eric sentit son souffle ralentir. — Bordel… Le tigre les observait. Il ne rugissait pas. Il réfléchissait. Ses yeux passaient de l’un à l’autre. Puis il avança. Une patte. Puis une autre. Le sol craqua sous son poids. Ma Long murmura : — Croc Noir… Eric tourna légèrement la tête. — Tu le connais ? — Samba en avait parlé. Son regard ne quittait pas la bête. — Les Tigres Crocs Noirs vivent juste après la frontière. Ils chassent seuls et attaquent directement la gorge.



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