Chapitre 5-1 – Fin ?
Celui qui avait causé de la peur chez l’archimage Elilim avait des cornes sur la tête. Il disposait d’un physique impressionnant dans le sens qu’il mesurait plus de trois mètres, et possédait une musculature clairement développée. De plus il émanait de lui une impression de puissance manifeste. Dans son regard était lisible une détermination sans faille, et le cornu dégageait un charisme étonnant. Ainsi Gron dut faire des efforts pour ne pas se mettre à genoux, et Rintam fut contraint de se faire violence pour regarder sans baisser les yeux le cornu charismatique.
L’ambitieux ressentait d’ailleurs une pointe de jalousie. Il avait l’impression que même en s’entraînant toute sa vie, il n’arriverait jamais à rivaliser en majesté avec le charismatique.
Pourtant il essayait avec beaucoup d’application d’augmenter la crainte et le respect qu’il provoquait. Ainsi Rintam avait subi plusieurs modifications magiques de la voix. Il payait cher un professeur de maintien, pour apprendre à avoir un bon niveau de prestance. Il se regardait souvent dans un miroir afin de travailler son regard. Malgré tout cela l’ambitieux s’avérait à mille lieues de posséder le charme et l’autorité naturelle du charismatique. Il avait l’impression d’être une caricature dérisoire, face à une personnification de la magnificence. Il se sentait comme un ver de terre, amené à rencontrer un dieu de la guerre et de la beauté.
Le cornu semblait capable avec quelques mots de pouvoir inciter des foules entières à le vénérer comme une divinité. L’ambitieux même en réfléchissant pendant des heures, devait batailler sévèrement pour obtenir un léger rabais, chez ses fournisseurs de nourriture. Puis Rintam se reprit, ce qui comptait avant toute chose pour avoir un règne long, ce n’était pas le charisme, mais l’intelligence. Une bonne allure générale ne valait pas un esprit retors et rusé. Cependant Rintam sentait qu’il devrait se montrer amical pour avoir des chances de survie.
Elilim : Nous sommes perdus ! Nous n’avons aucune chance de l’emporter face à Uphir, un démon qui a battu à lui seul cent légions d’anges !
Uphir : Ne vous en faites pas, je ne suis pas là pour vous assassiner, mais au contraire vous faire une proposition. Mon maître Abigor souhaite vous embaucher tous les trois.
Elilim (colérique) : Ma réponse est non, je refuse de travailler pour Abigor un roi-démon, qui dans le meilleur des cas causera la mort d’un tiers de la population elfe de mon monde Gerboisia.
Uphir : Il ne faut pas exagérer, Abigor s’il est de bonne humeur ne tuera qu’un quart des elfes de Gerboisia.
Gron : Ma réponse dépend de celle de mon maître Rintam, s’il rejoint Abigor je le suivrai.
Uphir : Je vous laisse cinq minutes pour réfléchir à mon offre.
Elilim sentait que la partie était mal engagée alors il décida d’influencer Gron.
Elilim : Gron il faut que vous combattiez Abigor coûte que coûte.
Gron : Et pourquoi ?
Elilim : Pour protéger les forêts de ce monde et empêcher des injustices terribles contre les gobelins comme vous.
Gron : Je comprends mais je souffre de prosternite face aux démons puissants, c’est une maladie rare qui me pousse à me coller le nez au sol en leur présence.
Elilim (indigné) : Gron vous êtes navrant.
Gron soutint sans remords le regard courroucé de l’elfe. En fait il paraissait très satisfait de sa capacité à inspirer de la pitié aux sadiques. Elilim surmonta sa colère et eut une idée pour tenter d’amadouer le gobelin près de lui.
Elilim : Bien qu’Abigor ait les moyens de se payer sans problème des tonnes de papier toilette quadruple épaisseur, il interdit à ses sujets de profiter de ses bienfaits.
Gron souvent lâche devait actuellement lutter contre l’envie furieuse de charger comme un enragé contre Uphir. Son teint devint plus vert foncé que d’habitude sous le coup de la fureur. Il tremblait sous l’effet d’une colère vivace. Et il avait envie de taper avec le papier toilette à sa disposition sur la cible ennemie la plus proche. Il échangea récemment ses armes contre du quadruple épaisseur.
Gron (hystérique) : Rah je vais tuer Abigor ! Puis je vais le ressusciter et lui pisser dessus. Après je le retuerais et je le ramènerai à la vie et je lui repisserai dessus. Et je le retutuerai et je !
Elilim (impressionné) : Doucement Gron. Et pourquoi vous tenez tant à pisser autant ?
Gron : Pour avoir une excuse pour bénéficier de la caresse du quadruple épaisseur évidemment.
La logique de Gron plongea Elilim dans la stupéfaction. Pendant que l’elfe essayait de raisonner le gobelin afin que ce dernier ne charge pas comme un dératé tout en brandissant fièrement du papier toilette comme outil de mort, de son côté Rintam avait fini de peser le pour et le contre.
Rintam : Après réflexions j’ai assez envie de travailler pour Abigor, au point que je suis prêt à payer un impôt et à prononcer le verbe interdit de temps de temps. Mais avant de donner une réponse positive, j’ai besoin de connaître le montant de mon salaire.
Uphir : Cent mille pièces d’or par mois, si vous êtes méritant.
Rintam : Parfait vous pouvez compter sur.
Elilim : Abigor aime concéder des pourboires.
Rintam : Je suis forcé de me déclarer ennemi indéfectible d’Abigor. Je ne peux pas me lier à un dépensier, même si je dois en mourir.
Uphir : C’est dommage que vous ne soyez pas raisonnable Rintam, il y a un grand potentiel en vous. Tant pis puisque vous avez choisi la voie de la rébellion face à Abigor, je vais vous éliminer.
Baoman : Rintam est ma proie, le seul qui a le droit de le tuer c’est moi.
Uphir : Qui es-tu ?
Baoman : Je suis Baoman le défenseur du bien.
Uphir : Qu’est-ce qui te fait croire, que tu peux l’emporter face à un démon majeur ?
Baoman : Je n’ai pas suivi d’entraînement à la magie ou au combat, mais je suis certain de l’emporter car j’ai un certificat de héros.
Uphir : Comment as-tu obtenu ton certificat ?
Baoman : Un marchand de jouet ému par ma lettre, vantant la qualité de ses créations m’a remis un certificat de héros.
Uphir : Tu te moques de moi ou quoi ? Tu penses sérieusement que grâce à un papier sans valeur, tu peux me vaincre ?
Baoman : Parfaitement, grâce à mon certificat je suis invincible. Et ce n’est pas tout j’ai tout un assortiment d’armes en plastique mou fourni par le marchand de jouet pour défier mes adversaires.
Uphir (étonné) : Il ne t’est jamais venu à l’esprit que le marchand voulait ta mort ?
Baoman (sûr de lui) : Pas du tout au contraire le marchand m’a assuré qu’en faisant une fixation sur les épées en plastique mou, j’aurai un comportement parfait pour rencontrer des figures de légende dans un endroit appelé l’au-delà.
Uphir : Cerbère infernal dit le chien des enfers, dévore mon ennemi.
Un monstrueux molosse à trois têtes, du gabarit d’un ours surgit du sol. Néanmoins Baoman n’eut pas peur, et il montra un courage étonnant grâce à sa faculté à ne pas sentir la douleur physique. Il ne chercha pas à s’enfuir, il se focalisa sur sa danse de présentation, jusqu’à qu’il soit mort, écrasé par les pattes du chien. D’ailleurs même à terre, il continua à gesticuler en rythme les jambes et les bras pendant quelques secondes dans une sorte de chorégraphie.
Uphir : Zut Rintam et ses compagnons ont eu le temps de se sauver.
Uphir le valeureux était un démon différent de son supérieur hiérarchique Abigor l’ignoble, il ne prenait pas un plaisir malsain à détruire des vies. Au contraire il pouvait se montrer protecteur. D’ailleurs il avait sauvé la vie de plusieurs êtres, en prenant leur défense face à la colère d’Abigor. Cependant Uphir était aussi très obéissant, si son maître insistait pour que quelqu’un meure, le valeureux s’inclinait peu importe l’opinion qu’il avait.
Certains murmuraient qu’Uphir était devenu plus puissant qu’Abigor le roi-démon, et qu’il faisait semblant d’avoir une puissance inférieure à son maître, afin de ménager la susceptibilité du roi-démon. L’ignoble avait la fâcheuse tendance à se la couler douce, il passait beaucoup plus de temps à dormir qu’à s’activer. Tandis que le valeureux s’entraînait sans relâche. De plus plusieurs des plus éclatantes réussites attribuées à Abigor, étaient en fait surtout dues à Uphir.
Le valeureux n’hésitait pas à laisser son supérieur hiérarchique s’emparer du mérite de ses actions les plus glorieuses. La raison du dévouement du valeureux pour l’ignoble, venait qu’Abigor avait promu et anobli au rang de duc Uphir. En effet le valeureux était né esclave, et le serait resté jusqu’à sa mort si l’ignoble ne l’avait pas sorti de sa condition. Cependant il ne s’agissait pas d’un acte désintéressé. Abigor avait été averti par un oracle qu’Uphir pourrait dans l’avenir lui rendre des services inestimables. Si le valeureux n’avait pas été à la hauteur des espérances de l’ignoble, il aurait été tué sans hésitation par son maître.
De leur côté Rintam et ses camarades débouchèrent au cœur d’une forêt de pins, cinq minutes après avoir semé le démon Uphir.
Elilim : J’ai oublié de vous dire une chose importante, pour que l’encre du parchemin de capture soit pleinement efficace, il nous faut l’aide d’un druide. Ce qui tombe bien nous sommes à une demi-heure de marche environ du village du célèbre Pinoramix.
Rintam : Je vous préviens tout de suite, je refuse de payer les services de Pinoramix.
Elilim : Ne vous en faites pas, quand on vient lui présenter une noble cause, le druide a tendance à agir bénévolement. Il acceptera gratuitement d’écrire pour nous les runes druidiques sur le parchemin, si on insiste sur le côté altruiste de notre quête.
Gron : Si Pinoramix ne coopère pas, puis-je lui couper les bras, les jambes et lui coudre la bouche ?
Rintam : Gron comment veux-tu que Pinoramix écrive, si on applique ta solution ?
Gron : Facile, je lui mets une plume d’oie dans le nez, ainsi il pourra écrire.
Rintam : Gron tu permets aux plus désespérés de se sentir brillants.
Gron : Merci maître. Vous voulez aussi une plume d’oie dans le nez ? Comme cela vous pourrez économiser du temps, vous pourrez faire autre chose avec vos mains tout en écrivant.
Rintam avait envie de hurler sur Gron, mais il se retint pour ne pas alarmer Uphir. Sa voix pouvait porter très loin quand il criait. A la place l’ambitieux sortit une réponse rusée pour tenter de contrer le délire du gobelin.
Rintam : Une plume d’oie cela ne convient pas à un personnage aussi prestigieux que moi, voyons.
Gron : Ne vous faites pas j’ai tout prévu, j’ai sur moi des plumes d’aigle. C’est un oiseau associé aux empires glorieux. D’ailleurs j’ai une nouvelle idée.
Rintam (pense) : Je le sens mal, cette lueur dans les yeux de Gron, cela annonce du grand délire.
Gron (fier) : Si vous vous mettez une plume dans chaque narine, et une autre dans les fesses, vous pourrez écrire sur trois feuilles de papier en même temps.
Pendant que Rintam hésitait entre étrangler Gron, et revenir en arrière pour se faire carboniser par l’ennemi, Elilim intervint pour désamorcer le conflit. Il implanta par magie dans l’esprit du gobelin une suggestion mentale pour que sa cible renonce à son dernier délire autour de la plume.
