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Chapitre 19-2 – Reconquête

Chapitre 19-2 – Reconquête

Les dégâts dans le donjon étaient moins importants que prévu, mais il n’empêchait que Rintam l’avare avait le cœur serré. La bibliothèque principale et la cave à vins ne souffrirent pas, elles s’avéraient toutes deux intactes. Aucun orque ne déchira ou ne brûla de livre de Rintam, personne ne toucha à une seule bouteille de l’ambitieux. Les révoltés se focalisèrent d’abord surtout sur de longues discussions pour savoir qui devait commander. Comme les orques n’arrivèrent pas à se mettre d’accord, ils réglèrent leurs différends, en utilisant un moyen classique, les bagarres.

Mais les combats se passèrent dehors, à l’extérieur du donjon. Rintam arriva à temps, s’il attendit quelques heures de plus, les effectifs de ses soldats auraient pu dramatiquement diminués. En effet quand les orques se battaient pour désigner un chef, il y avait de nombreuses victimes de la sélection. Quelquefois plus de la moitié d’un clan s’entretuait pour déterminer qui était digne de devenir le chef. Les dégâts au donjon furent très mineurs, avec seulement deux casseroles en terre cuite vandalisées. Mais Rintam prenait très mal de devoir débourser cinq voire six pièces de fer, pour se rééquiper en casseroles. Il allait mener une enquête pour découvrir les coupables du vandalisme, et leur faire payer le prix fort. Il hésitait sur le temps de retenue sur salaire. Il se demandait si confisquer 50% du salaire des coupables pendant un an était une punition suffisante.

Le faible niveau de saccage du donjon venait des précautions prises par Gron, il traça à la craie des symboles ésotériques afin de faire peur aux orques. Ces gribouillis n’avaient aucun pouvoir, mais furent quand même suffisants pour protéger le donjon du vandalisme, effrayer les orques des environs qui étaient des ignares en matière de magie.

De son côté Caius le décurion revint d’une quête, une semaine après la reconquête du donjon de l’ambitieux. Il discuta avec son maître dans la salle des complots.

Décurion : Je vous donne le bonjour maître. Comme vous me l’avez demandé je suis parti à la recherche de poils de yéti, cela a été dur mais j’ai réussi à m’en procurer.

Rintam : Je te remercie, voici ta récompense cent pièces d’or. Autrement je trouve que tu utilises beaucoup trop le verbe donner, argh. Ce serait mieux que tu dises à la place de je vous donne, urgh le bonjour. Je vous souhaite le bonjour.

Décurion : Comme vous le voulez, mais en quoi le mot donner vous dérange ?

Rintam : C’est simple je trouve le verbe donner, argh, horrible, répugnant, agressif pour mes oreilles, dégoûtant, obscène, inqualifiable, hideux, affreux, traumatisant, effroyable, sinistre, triste, terrifiant, vilain, moche, monstrueux. Mais je n’agis pas par avarice, je suis économe non radin. Si j’ai fait condamné à trente coups de fouet, la dernière personne qui m’a demandé poliment une augmentation de salaire, c’est parce que je tiens à avoir un budget équilibré, et non par amour de l’or.

Décurion : Autrement un homme m’a remis un message, il a insisté sur l’extrême importance de vous le remettre en main propre.

Rintam : Voyons voir, oh le sale malotru, ce n’est pas parce qu’il sert l’innommable, l’anathème, le répugnant que je vais l’épargner.

Décurion : Que se passe t-il ? A vous entendre, on dirait que vous allez entrer en guerre contre un suppôt d’une divinité malfaisante.

Rintam : En effet celui qui me harcèle, sert une entité tentaculaire qui depuis plusieurs millénaires est capable d’inspirer de la crainte aux plus courageux.

Décurion : Quelle est donc l’ennemi redoutable qu’il va falloir que nous affrontions ?

Rintam : Un contrôleur des impôts, qui me réclame deux pièces de bronze, pour non-respect de l’impôt sur les robes de mage.

Décurion : J’ai du mal à comprendre, pourquoi vous vous mettez dans tous vos états, pour deux misérables pièces de bronze.

Rintam : Tu ne comprends pas les impôts me ponctionnent, chaque année je dois leur verser une pièce d’or. Il est hors de question que je leur paie un supplément. J’ai beau avoir plus d’un million de pièces d’or. Me séparer d’une seule de mes chères petites pièces, sans avoir de sérieuses contreparties me fend le cœur.

Décurion : Qu’avez-vous prévu de faire à l’encontre du contrôleur qui vous réclame de l’argent ?

Rintam : Je vais lui faire regretter d’être venu au monde, je vais le briser, le mettre en pièces, lui prendre tout son argent ! Je refuse de continuer à être une pauvre victime !

Le décurion eut envie de rire devant le délire de son maître, mais il s’abstint. Il connaissait suffisamment bien le côté avare de son chef, pour savoir que ce dernier ne plaisantait pas sur les questions d’argent.

Décurion : Autrement c’est quoi exactement l’impôt sur les robes de mage ?

Rintam : D’après ce que j’ai compris, il y a une taxe annuelle d’une pièce de fer qui concerne le port de la robe chez les mages, refuser de s’y plier, engendre une amende de la part du fisc.

Décurion : Si je saisis bien vous considérez comme maléfique le fisc.

Rintam : En effet, les fonctionnaires du fisc sont des rivaux de génies du mal tels que moi.

Décurion : Qu’avez-vous prévu exactement pour vous venger ?

Rintam : Je vais faire exploser le centre des impôts de la ville de Xapar, et les employés du fisc qui survivront à l’explosion je les anéantirai.

Décurion : Même si je comprends que vous n’aimiez pas payer des impôts, je trouve que vous faites preuve d’un comportement disproportionné.

Rintam (fanatique) : Je suis obligé d’être ferme, si je me montre faible, il est fort possible que dans l’avenir ce soit trois voire quatre pièces, que je devrais verser au fisc tous les ans. Si je vis cent mille ans et que mes rentrées d’argent se tarissent, je perdrai beaucoup d’argent !

Dans la ville de Xapar, les deux bâtiments les plus imposants étaient le temple, et le bureau des impôts. Le paiement des impôts était traditionnel à Xapar, ainsi les pauvres et les membres des classes moyennes payaient beaucoup, tandis que les riches déboursaient peu. Bien que beaucoup de politiques xapariens clament que tous les citoyens honnêtes étaient égaux devant l’impôt, la réalité s’avérait autre.

Il existait des centaines d’astuces légales qui permettaient aux personnes fortunées de payer le moins d’impôt possible. Ainsi les hommes pauvres versaient environ 20 à 30% de leurs revenus en taxes et dans d’autres impôts, alors que les riches devaient sacrifier en moyenne 1 % de leurs revenus en matière de dépenses fiscales.

Même Arthur le juste, le haut-roi des elfes, n’arriva pas à lutter efficacement contre l’inégalité devant l’impôt dans son royaume. Il tenta diverses réformes timides, mais chaque fois qu’il osait remettre en cause le droit sacré des personnes fortunées de payer peu à l’égard du fisc, il se heurtait à une résistance farouche, des tentatives d’assassinats, voire des appels à la guerre civile. Arthur dut se montrer impitoyable et retors, pour obliger les fortunés de son royaume, à donner un peu plus que de petites aumônes aux percepteurs d’impôts. Les plus réticents à débourser étaient souvent les elfes religieux hauts placés. Ceux-ci appelaient par moment à la charité, mais les prêtres influents réagissaient férocement dès qu’il fallait mettre la main au portefeuille pour aider l’état. Toutefois en matière de radinerie les humains surpassaient souvent allègrement les elfes les plus pingres.

Le décurion quand il aperçut le bâtiment fiscal de Xapar, ne put s’empêcher d’avoir un pressentiment. Il avait la nette impression que son maître Rintam se précipitait tête baissée dans un piège terrible.

Décurion (inquiet) : À votre place j’éviterai de venir aujourd’hui dans le centre des impôts. J’ai un très mauvais pressentiment.

Rintam : Si je fais marche arrière alors que je suis près du centre, cela pourrait être interprété comme un signe de faiblesse.

Décurion : Agir comme un fou furieux ne vous aidera pas à alléger vos impôts. Pour ne plus avoir de souci avec la fiscalité il faudrait que vous tuiez des milliers de personnes.

Rintam : Je sais, mais le centre des impôts de Xapar n’est qu’une première étape. Je commence par lui, puis je m’attaquerai aux autres lieux liés à la fiscalité de la région.

Décurion : Vous n’avez pour l’instant qu’une armée de quelques centaines d’êtres, c’est bien peu pour obtenir une exemption fiscale totale de la part d’un souverain.

Rintam (joyeux) : Je n’ai pas une armée nombreuse, mais je possède une immense valeur qui me rend plus fort, que des troupes comportant des milliers de soldats. De plus d’ici quelques années, si ce n’est quelques mois, une fois les secrets de l’orbe de toute-puissance décryptés je serai invincible. Autrement j’ai un peu faim, va m’acheter une poire.

Décurion (résigné) : Bien maître, j’espère que vous infligerez beaucoup de peur et de désespoir à vos ennemis.

Dès que le décurion se fut éloigné, Rintam se dirigea vers le centre des impôts. Une fois à l’intérieur, il allait se mettre à crier, puis une explosion se déclencha. Il ne resta plus que quelques pierres pour rappeler l’existence du bâtiment fiscal. Heureusement pour Rintam l’avare, ses vêtements magiques le protégèrent efficacement de la déflagration. De plus le radin eut le réflexe d’invoquer un bouclier surnaturel très puissant, l’ambitieux fut juste un peu sonné. Par contre le personnel du centre ne résista pas comme Rintam. En effet les quelques dizaines de travailleurs furent littéralement vaporisés, il ne restait pas grand-chose de leur corps, à part de la cendre.

Pendant quelques secondes l’ambitieux se demanda qui était le responsable de l’explosion. Le pingre n’avait pas activé de sort offensif, par conséquent il se voyait mal pouvoir être le responsable de la destruction du bâtiment fiscal. Il se demanda ce qu’il devait faire, être contrarié ou peiné. Quelqu’un suivait les mêmes objectifs que lui, cela pourrait lui faciliter la tâche, car les autorités devraient combattre sur plusieurs fronts.

Cependant il voulait que l’on parle surtout de lui. Si son allié inattendu se montrait trop zélé et efficace dans la destruction des structures liées au fisc dans ce cas la gloire de Rintam serait ternie. Cette perspective contraria l’ambitieux, celui-ci décida de découvrir rapidement l’identité du démolisseur de centre des impôts, pour le convaincre de se rallier à lui.

Puis le pingre eut la funeste impression, que ce n’était pas un allié qui l’aidait, mais un ennemi qui voulait le tuer. L’explosion était un peu trop minutée pour passer pour une coïncidence, un mage puissant voulait assassiner Rintam. En outre la signature de celui qui envoya l’amende fiscale à l’ambitieux, ne disait rien à l’avare. Pourtant le radin connaissait par cœur les signatures de tous les responsables des impôts de la région. Il eut la confirmation de son raisonnement quand il vit un homme de quarante ans, portant un masque et une tenue noire se rapprocher de lui.

Assassin : Étonnant, tu as survécu à mon piège magique. Bien peu de personnes peuvent se vanter d’avoir échappé à un de mes traquenards.

Rintam : Qui es-tu ?

Assassin : Je suis le piégeur, je t’ai fait croire que les impôts voulaient te faire payer une amende. Et tu t’es précipité dans mon embuscade comme un chien sur un morceau de viande de qualité.

Rintam (narquois) : Le piégeur va bientôt devenir le tas de cendres. Boule de feu.

Rintam envoya une boule de flammes sur l’assassin, mais son ennemi encaissa sans broncher. Il arborait un superbe sourire, des dents d’une blancheur étonnante. Ce qui énerva beaucoup Rintam, lui fit oublier momentanément le sentiment de peur l’envahissant.

Assassin : Tu es puissant je dois l’avouer, mais il en faut beaucoup plus pour m’inquiéter.

Rintam : Je te promets une mort rapide, si tu m’avoues ton secret pour avoir des dents vraiment blanches.

Assassin : Monsieur est vraiment superficiel. Apprêtes toi à mourir.

Rintam sentit chez son ennemi une puissance magique remarquable. Il avait l’impression d’être une grenouille essayant de lutter contre un loup gigantesque, que son adversaire ne ferait qu’une bouchée de lui. Puis l’ambitieux eut son orgueil qui reprit le dessus. L’assassin employa une stratégie traîtresse dans un premier temps en déclenchant une explosion. Donc il existait une probabilité qu’il ait peur. Puis Rintam se convainquit que son ennemi était effrayé. Après tout l’ambitieux estimait que personne ne lui arrivait à la cheville en matière d’intelligence, y compris chez les dieux.

Certes lui fonça comme un dératé sans prendre le temps de beaucoup réfléchir dans le piège ennemi. D’accord il perdit son sang-froid en entendant parler d’un supplément dérisoire à payer. Mais l’ambitieux allait bientôt démontrer sa supériorité évidente, même si pour le moment son ennemi dégageait une aura effrayante, et semblait capable de l’exterminer juste en levant le petit doigt. Il paraissait d’ailleurs sur le point de concrétiser la préparation d’un sort de foudre très dévastateur.

Mais Rintam ne paniquait pas, il réfléchissait à toute vitesse sur un plan retors afin de s’en tirer. Même si certaines de ses pensées étaient parasitées par l’envie de connaître le secret de la blancheur dentaire de son adversaire. Ainsi l’ambitieux allait peut-être bientôt mourir, mais il se focalisait en partie sur des critères esthétiques. Mais le connaissant c’était un comportement compréhensible, il voyait le charisme comme presque aussi important que l’intelligence.

Décurion : Maître est-ce que vous allez bien ?

Rintam : Décurion tu tombes bien protège moi.

Assassin : Si tu ne t’interposes pas, je t’épargnerai décurion, alors ne fais rien. Je ne tue pas par plaisir.

Décurion : Attends laisse en paix mon maître, sinon je mange cette pomme.

Assassin : Et alors ?

Décurion : Renonce à jamais à t’en prendre à mon maître, ou je goûte à cette poire.

Rintam : Cela suffit les idioties, décurion dégaine tout de suite ton épée !

Assassin (angoissé) : Ce n’est pas possible, la prophétie serait exacte.

L’assassin fut tellement perturbé que ses actions se déroulèrent au ralenti. Alors Rintam attaqua son ennemi atteint mentalement en prononçant un mot de pouvoir qui fit surgir une dague cachée dans sa manche, et poignarda le meurtrier à la gorge.

Rintam (très perplexe) : As-tu une explication décurion ? Parce que là je suis complètement largué.

Décurion : Je n’en ai aucune, j’ai eu l’intuition que je pourrais vous éviter la mort en utilisant comme otage un des fruits que j’avais acheté.

Rintam : Tu as contribué à me sauver la vie en perturbant mentalement un adversaire redoutable, cela mérite une récompense. Quand je deviendrai le maître du monde, tu seras le maréchal de mes armées, autrement dit l’officier le plus gradé.

Décurion : Merci de votre générosité maître, je ne vous décevrai pas.

Rintam : J’y compte bien, ceux qui ne sont pas dignes de l’honneur de me servir sont très sévèrement punis.

L’assassin apprit il y avait quelques jours une prophétie, selon laquelle il mourrait le jour où il défierait quelqu’un qui prendrait en otage une poire. Le meurtrier prit d’abord à la rigolade la révélation, mais il fut secoué psychiquement quand il réalisa que ce qu’il prenait pour une baliverne sembla se réaliser.

L’orbe de toute-puissance agissait dans l’ombre pour sauver Rintam. L’entité prisonnière dans du jade ne l’aimait pas spécialement, mais elle le préférait à beaucoup de ses anciens propriétaires. Elle finit d’ailleurs par combler les plus gros défauts en matière de magie chez l’ambitieux. Donc désormais Rintam visait juste, et obtenait l’effet désiré avec un sort la majorité du temps. En prime l’orbe pouvait envoyer des intuitions, des révélations et d’autres présages à l’ambitieux, ses ennemis et ses alliés afin de conserver en vie l’avare.

Gron aussi évoluait, quand il présenta son oiseau à une assemblée d’ingénieurs, il reçut un poste honoraire de maître au sein d’une guilde renommée.



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