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Chapitre 19-1 – Reconquête

Rintam espérait que ses possessions dans le donjon étaient toujours intactes. L’ambitieux avait un mauvais pressentiment. Comme sa fuite ne datait que de quelques heures, Rintam ne pensait pas que ses pièces de monnaie et ses lingots d’or soient menacés. La protection magique de la salle des trésors était très puissante, même un archimage elfe mettrait des jours, voire des semaines à la forcer. De plus un enchantement interdisait l’accès de la chambre du radin. Mais l’ambitieux angoissait quand même pour certaines de ses possessions qu’il n’avait pas pris la peine de protéger, notamment sa bibliothèque principale, sa cave à vins, et sa cuisine.

Caius le décurion essaya de convaincre les orques du donjon de la valeur des livres. Toutefois les orques estimaient que les écrits s’avéraient inutiles, sauf comme combustibles. Quelques-uns d’entre eux dans le monde de Gerboisia savaient lire, mais généralement ils apprenaient en cachette pour ne pas subir de moqueries de leurs semblables. Bien qu’il existe des ouvrages utiles pour apprendre à se battre, ou conquérir des forteresses, et que les orques respectaient les prouesses martiales, ils témoignaient la plupart du temps du mépris pour leurs congénères qui s’instruisaient au moyen de la lecture.

La cave à vins de Rintam ne contenait pas des alcools au prix élevé, mais il n’empêchait que l’ambitieux disposait de bouteilles intéressantes. Il y avait bien plus réputé que lui en matière d’amateur de vins, toutefois il savait choisir des alcools de qualité. Or la majorité des orques ne jurait que par la bière, ainsi ils risquaient de manifester peu d’intérêt pour les bouteilles de Rintam.

Par conséquent peu de choses retenaient les orques de vandaliser la cave à vins. La cuisine ne recelait rien de particulièrement précieux, les couverts étaient essentiellement en bois, les casseroles en terre cuite, et la plupart des aliments s’avéraient bon marché.

Néanmoins l’ambitieux craignait de devoir débourser pour rendre de nouveau utilisable sa cuisine. Après avoir parlé avec un orque en faction à l’extérieur de son donjon, Rintam fut envoyé devant le chef orque de la révolte, qui occupait désormais la chambre de Gron. Ce lieu n’avait pas été trop détérioré, à la grande joie du gobelin.

Orque : Je vous reconnais vous êtes Rintam le cinglé. Que voulez-vous ?

Rintam : Je viens annoncer que j’ai renoncé à ma mesure de faire manger des fruits et des légumes à mes orques.

Orque : C’est bien, mais cela ne veut pas dire que nous les orques, voulons continuer à travailler pour vous. Vous devrez remporter trois duels, pour que nous redevenions vos serviteurs. Vous avez le droit à deux chances, ainsi le fait de perdre une fois n’est pas éliminatoire. Je serai votre adversaire, le premier défi est un concours de bras de fer.

Rintam : Malheureusement je dois me déclarer perdant. Vous êtes trop costaud pour moi.

Orque : Comme vous voulez, le deuxième défi est un concours d’énigmes, si vous réussissez à me poser une devinette dont je n’ai pas la réponse, vous l’emportez.

Gron : S’il vous plaît maître laissez-moi poser l’énigme, s’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît.

Rintam : Je joue mon avenir là, je n’ai pas envie de tout perdre à cause d’un imbécile.

Gron : Je connais des énigmes très compliquées pour les orques.

Rintam : Bon d’accord mais tâche d’être à la hauteur.

Gron : Qu’est-ce qui est noire, petite et qui pousse sur un mûrier ?

Orque : Je ne sais pas.

Rintam : C’est pas vrai il y a plus abruti que toi Gron, c’est inespéré. Qu’est-ce qui t’a incité à pondre une énigme sur la mûre, avec des indices assez explicites, pour qu’un humain de cinq ans, avec deux neurones puisse répondre ?

Gron : Je savais ce que je faisais, les orques se désintéressent complètement de la nourriture, qui n’est pas de la viande. Mais je me pose une question le fruit appelé mûre ressemble beaucoup du point de vue de l’orthographe à mur, la construction de maçonnerie. Est-ce qu’il y a un lien ? Est-ce que par exemple la mûre a servi à façonner le donjon ?

Rintam : Je te déconseille de chercher à bâtir quoique ce soit avec des mûres.

Gron : Donc c’est possible. J’ai envie d’essayer, même si le fruit est un matériau fragile.

Rintam : Non Gron je t’interdis de faire le mariole avec des mûres.

Gron (sincère) : Euh je prévoyais plutôt de faire le maçon, pas le mariole.

Rintam : Rah tu m’énerves !

Gron : Pourquoi ? Vous avez peur que je construise un donjon plus réputé que le vôtre, si je m’appuie sur des fruits ?

Rintam : Tu risques de finir enseveli sous des tonnes de fruit, espèce d’idiot !

Gron : Peut-être, mais ce serait la classe un donjon double fonction, demeure et collation pour le goûter.

Rintam : Rah !

Cinq minutes plus tard, et une fois quelques baffes distribuées sur Gron de la part de l’ambitieux, le chef orque amena de la nourriture des cuisines pour organiser un autre défi, toujours dans la chambre de Gron.

Orque : Voici un défi culinaire, il faudra deviner de quel animal sont issues ces diverses viandes, et quelle partie de la bête a été cuisinée, en ne se contentant d’une seule bouchée pour chaque plat.

Rintam : Alors ceci est du jarret de cochon, de la jambe de cheval, du collier de bœuf.

Orque : Bravo mais il reste encore une dernière épreuve, ce sera un combat à mort, je vous laisse choisir les armes.

Rintam : Je propose l’arbalète courte.

Une fois dehors sur l’aire des valeureux, une zone faite de terre délimitée par un cordon de cordes, et dévolue aux combats destinés au choix des chefs des orques, Gron ne put résister à la pulsion de questionner Rintam.

Gron (murmure) : Vous êtes sûr qu’une arbalète courte de trente centimètres à peine, sera une arme capable de tuer un orque très costaud et portant une armure magique ?

Rintam (chuchote) : J’ai un bon plan pour transformer ma situation dangereuse en triomphe.

Orque : Il est temps de commencer à combattre.

Rintam : Ah oui, vous tenez mal l’arbalète il faut que la pointe du carreau soit tournée vers soi, près de la tête, pour pouvoir toucher l’adversaire.

Orque : Vous êtes certain de vous ? J’ai déjà vu des nains employer des arbalètes, il s’arrangeait pour que le carreau soit orienté vers l’ennemi. De plus je trouve inconfortable l’arbalète, quand je la tiens comme vous le suggérez.

Rintam : Les arbalètes courtes que nous utilisons, sont des modèles différents de ceux des nains, donc leur fonctionnement diffère. Il ne faut pas s’étonner que vous trouviez peu commode l’arbalète, c’est la première fois que vous vous servez de cette arme.

Orque : Ce que vous dites est logique.

L’orque se tua d’un coup d’arbalète en pleine tête. Il n’eut aucune hésitation au moment de presser la détente de son arme. Gron s’empressa de féliciter son maître pour sa victoire, et de chercher à satisfaire sa curiosité.

Gron : J’ai une question maître. Pourquoi un orque qui passait pour fort mais peu intelligent, a tenté de vous affronter lors d’un concours d’énigme ?

Rintam : Il se peut que mon adversaire ait voulu jouer avec moi, me faire cadeau d’une manche, pour jouer avec mon espoir. Je crois que mon ennemi était plutôt cruel, dans le sens qu’il se délectait de me voir alterner les phases d’espérance et d’abattement.

Gron : C’est très logique ce que vous dites, et j’ai une autre question. Est-ce que je prends un risque en visant ma tête avec un projectile d’arbalète ?

Rintam : Hein ?

Gron : Votre stratégie a tué un orque, mais elle sera peut-être inefficace sur un gobelin comme moi. Au contraire je deviendrai peut-être un tueur super redoutable, annhilant plein d’ennemis en visant ma tête avec un arbalète.

Rintam : Gron je t’interdis de faire le mariole !

Gron (confiant) : Pourtant vous n’avez jamais vu de gobelin mourir en se visant lui-même. Donc vous ne pouvez pas réfuter avec certitude ma théorie.

Rintam : Rah ! Je vais te baffer pour me calmer !



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