Chapitre 11-1 – Expertise
Gron était devenu encore plus crétin que d’habitude, suite à un vilain coup sur la tête. Il continua à enrichir son savoir d’ingénieur, mais il tournait aussi à plein régime dans le domaine du raisonnement foireux. Même si son oiseau mécanique s’enrichissait de nouvelles trouvailles,
Gron excellait plus que jamais dans la loufoquerie. Rintam par avarice refusait de dépenser de l’argent pour le faire soigner. Même si cela se répercutait sur l’efficacité de son assistant. Par exemple l’ambitieux voulait charger depuis sa salle des complots Gron d’une commission, mais il prenait des risques.
Rintam : Gron dans ce coffre se trouve un artefact, une boule verte en jade que j’aimerais que tu fasses expertiser. Vas chez Elilim l’archimage de la ville de Xapar, il est facile à trouver, il possède une immense enseigne représentant un chapeau pointu.
Gron : C’est où Xapar ?
Rintam : Ce n’est pas possible, tu es allé des dizaines de fois à Xapar et tu ne t’en souviens plus ? Regarde sur cette carte c’est là Xapar.
Gron : Ah oui maintenant que vous me le dites, le nom de Xapar me dit vaguement quelque chose.
Rintam : Bon c’est simple Xapar est facile à trouver, une fois sorti du donjon, tu vas toujours tout droit. C’est clair ou il faut que je te réexplique ?
Gron : Non j’ai compris. Je peux aller à cheval à Xapar ?
Rintam : Hors de question Xapar est à peine à une heure de marche d’ici, et il fait beau. De plus le cheval du donjon est réservé à mon usage personnel.
Gron : Vous avez raison et puis cela m’avantage de ne pas avoir à porter le cheval.
Rintam : Pardon ?
Gron : Un cheval c’est une marque de prestige social, mais cela est lourd. J’avais peur que mon dos souffre beaucoup si je le transportais.
Rintam : Espèce d’imbécile, le cheval cela sert à transporter les gens et non l’inverse.
Gron : Ah bon ? Vous êtes certain de vous ?
Rintam : Tu n’auras jamais assez de force physique pour porter sur ton dos un cheval, espèce d’imbécile.
Gron : Vous avez raison, j’ai fait preuve d’orgueil.
Rintam : Ah je vois qu’il y a de l’espoir en toi.
Gron : Je dois m’équiper d’une grue en bois, et la pousser pour déplacer sans trop d’efforts l’étalon du donjon.
Rintam (triste) : Gron tu me donnes ouille envie de pleurer !
Gron fit une mauvaise rencontre, après s’être éloigné du donjon. Il s’agissait de Domus le bandit, celui-ci évolua beaucoup en deux ans. L’école de la vie rendit beaucoup plus malin et retors le voleur. En effet en subissant les contraintes d’une vie difficile, Domus perdit beaucoup de sa naïveté et de sa bêtise. Il voulut après plusieurs mésaventures renoncer à la vie de scélérat, car il s’aperçut du décalage évident entre le contenu de ses livres et la réalité. Problème un juge retira au voleur le droit de toucher une rente, et confisqua l’ensemble de ses biens. Domus évita la prison mais il s’avéra ruiné, par conséquent il dut chercher un travail pour vivre.
Le scélérat manquait de dextérité et de savoir, il pouvait lire et écrire, mais ses compétences utiles n’allaient pas plus loin. Domus eut d’abord des prétentions élevées, par souci de maintenir un bon train de vie. Mais les employeurs potentiels lui riaient au nez, ou se mettaient en colère. De plus les ennuis judiciaires du voleur ne l’aidaient pas à se faire embaucher. Domus abaissa petit à petit ses prétentions. Cependant très peu de personnes voulaient lui donner une seconde chance. En outre les restes de fierté du scélérat, l’empêchaient d’accepter les propositions d’embauche pour un salaire dérisoire des quelques patrons disposés à le recruter.
Puisque Domus ne pouvait pas légalement retrouver sa vie d’avant, il décida de retomber dans l’illégalité. Au début les choses se passèrent très mal, le voleur se faisait tabasser souvent, et ne trouvait pour se nourrir que du pain et de l’eau calcaire. Toutefois avec le temps, Domus s’endurcit, il apprit à bien se battre, il gagna en force et en endurance. Il se fit un nom dans la pègre locale, maintenant il passait pour un dur qu’il ne fallait pas ennuyer.
Le scélérat accumulait de plus en plus de richesses. Il fit d’une forêt de bouleaux, son principal point d’attaque. Il choisit un bois composé d’arbres au tronc blanc relativement peu épais comparé à beaucoup d’autres espèces.
Domus (agressif) : Halte c’est une attaque, ne résiste pas où je te tue à petit feu !
Gron : C’est quoi un petit feu ?
Bandit : Tuer quelqu’un à petit feu, c’est le faire mourir lentement en lui infligeant de vives souffrances. Bon assez discuté donne ton argent et, tous les objets de valeur que tu as.
Gron : Attention je dispose de sorts magiques puissants, je peux t’envoyer dans un monde infernal d’un claquement de doigt, ou te faire pourchasser par un monstre redoutable.
Domus : C’est ça et moi je suis une marguerite.
Gron : Créature des Enfers réponds à ma convocation, décime ce voleur impudent.
Gron réussit son sort, il allait bientôt matérialiser un démon prenant la forme d’un loup monstrueux, une créature de trois mètres de haut relativement docile, qui étriperait sans problème son ennemi. Mais il considérait comme peu pertinent après réflexions son action, alors il préféra à la place faire apparaître un insecte inoffensif, une mouche rouge sans capacité dangereuse pour un homme. Il voyait comme nettement plus intelligente son action, ainsi il pourrait faire preuve de ses talents d’intimidation avec plus de mérite. C’était facile de causer la peur chez quelqu’un avec une créature imposante et hargneuse, mais beaucoup plus difficile de tenter de l’effrayer avec un insecte à l’apparence innocente.
Pendant un temps Domus sentit que l’atmosphère était lourde, que quelque chose de périlleux tentait d’apparaître dans le monde matériel. Puis le bandit se rassura, certes l’odeur de souffre était dérangeante, et les flammes autour de Gron avaient un côté un peu angoissant. Toutefois Domus pensait qu’il serait le dernier des crétins s’il tombait dans une minable esbroufe, un bluff pathétique.
D’accord sa victime produisait des effets magiques plus impressionnants que prévu, mais il s’agissait sans doute d’un dispositif pour effrayer les simples d’esprits, et non un moyen fiable de se défendre. Alors le bandit jugeait qu’il fallait faire front courageusement, et ne pas tomber dans le piège pitoyable de sa proie. Et il eut raison car le renfort magique de Gron n’était pas très vaillant.
Domus (joue la comédie) : Au secours une mouche, s’il te plaît épargne moi et je te signalerai l’emplacement d’un trésor.
Gron (content) : Ha ha, parles sinon je te pulvérise.
Domus châtia Gron avec deux baffes retentissantes, il n’alla pas plus loin pour le moment car il avait des convictions particulières l’incitant à la modération en terme d’agression contre sa victime.
Domus : Tu as de la chance que d’après ma religion il est mal vu d’assassiner les simples d’esprit. Bon je prends ta bourse, et je veux que tu te déshabilles lentement.
Gron : Tu veux me violer ?
Domus : Je ne suis pas désespéré à ce point, seul un humain dégénéré voudrait se faire un gobelin mâle moche comme toi. Ce que je veux c’est ce que tu dissimules sous ta veste.
Gron : Je ne cache rien du tout.
Domus : Une personne maigre, avec une rondeur prononcée au niveau du ventre, c’est suspect. Soit tu as de sérieux problèmes de ballonnement, soit tu as planqué quelque chose. Je penche pour le coup de la planque. Maintenant enlève tes habits, ou je t’envoie un carreau d’arbalète dans le bras. Mais, mais la veste cela suffira, pas la peine d’ôter le pantalon. Oh là un orbe de jade, cela vaut très cher.
Gron : Tu ferais mieux de me remettre la grosse boule verte que tu m’as dérobée, si tu ne veux pas subir la colère de mon maître Rintam.
Domus : Oh là j’ai peur, Rintam le ridicule va vouloir se venger de moi.
Gron : Attention je te dénoncerai aux autorités, si tu gardes ce que tu m’as pris.
Domus : Tu ferais mieux de t’abstenir de porter plainte, Rintam est un voleur et un assassin. Si tu viens voir un juge ou un accusateur en te présentant comme un serviteur du ridicule, tu vas avoir droit à un séjour en prison. Même si ta bêtise est divertissante, et qu’elle peut être présentée comme une circonstance atténuante.
Gron : Mon maître n’est pas ridicule, il est un grand sorcier.
Domus : Objection Rintam est un abruti.
Gron : Ha, ha tu es fini !
Domus : Pardon ?
Gron : Seuls les avocats et les accusateurs ont le droit d’user du terme objection pour réfuter une parole du camp adverse. Si je porte cette affaire devant les tribunaux tu seras victime d’une chasse impitoyable par des armées entières.
Domus avait l’impression de rêver, il ne comprenait pas ce qui se passait. Mais il se demandait quand même ce qui était la logique derrière le délire de Gron, donc il le questionna.
Gron : Objection est un terme sacré, et on ne plaisante pas avec le sacré.
Domus : Rah tu me donnes mal à la tête, disparais.
Gron : Quoique, qu’est-ce qui est le plus sacré, mon maître ou la défense de l’objection ?
Domus observa pendant deux minutes Gron qui était plongé en plein débat pour se convaincre de la supériorté sacrée de l’objection ou de Rintam. Les deux minutes devinrent finalement une heure.
Gron : Non je n’arrive pas à trancher, qu’en penses-tu ? Zut il n’est plus là.
Le bandit qui en avait marre des élucubrations du gobelin, le laissa délirer en paix après quelques instants d’écoute. Ainsi le scélérat s’éloigna bien de ce qu’il qualifiait d’un interlocuteur hors-norme.
Domus avait raison sur le fait que la réputation sulfureuse de Rintam, ne plaiderait pas en sa faveur. En plus l’ambitieux obtint son orbe de manière illégale. Donc les autorités confisqueraient sans doute l’objet, pour le restituer à leur propriétaire légitime en cas de plainte de Rintam. L’ambitieux achetait beaucoup d’objets et d’ingrédients magiques en passant par des circuits de distribution illégale.
Dans le royaume de Richedune, la magie noire constituait une infraction à la loi. Résultat Rintam en tant que sorcier, devait se fournir souvent auprès de revendeurs clandestins. Elilim restait le principal pourvoyeur d’articles surnaturels pour l’ambitieux, mais il ne servait qu’à acquérir des choses légales.
De toute façon même si Rintam disposait du droit légal de posséder l’orbe, il y avait peu de chances que l’ambitieux accepte de passer par un procès. Son côté avare l’inciterait à ne pas payer les frais de justice, et sa tendance revancharde le pousserait à se venger de manière sanglante, à refuser que Domus ne fasse qu’une peine de prison.
Gron après son échec se sentait vraiment honteux. Pendant un temps, il estima qu’il ferait mieux de ne pas se présenter devant son maître, et fuir loin du donjon. Toutefois il se reprit, en agissant ainsi il alourdirait sa faute, et il gênerait la traque du voleur de l’orbe. Même si le gobelin craignait les colères de son maître Rintam, il se dit que faute avouée, était à moitié pardonnée. En outre s’il se sauvait sans avoir donné d’explications, l’ambitieux risquait de croire que Gron était un traître. Or cette perspective navrait profondément le gobelin.
Il considérait avec fierté, le fait que son maître le surnomma le fidèle. Alors Gron prit son courage à deux mains, et osa se présenter les mains vides devant Rintam dans la salle des complots du donjon.
Rintam : Ah te revoilà Gron, tu as été rapide. Alors quelles sont les propriétés de mon orbe ?
Gron : Maître, j’ai été volé par un scélérat.
Rintam : Ce n’est pas vrai, espèce d’incapable qui ne vaut rien. As-tu au moins essayé de te défendre ?
Gron : Oui je me suis défendu, j’ai invoqué une créature des Enfers, mais elle n’a pas été très efficace.
Rintam (soupçonneux) : C’est bizarre si tu as résisté à un voleur, comment cela se fait-il que tu n’aies pas de trace de coups ou de blessure ?
Gron : Vous savez que j’encaisse bien, et puis le bandit voulait éviter de me tuer. Sa religion interdit de s’en prendre aux simples d’esprits. Le malfaiteur a aussi dit que vous étiez ridicule.
Rintam : Oser me traiter de ridicule, moi le plus grand génie du mal de tous les temps, c’est un affront impardonnable, dont je vais me venger ! Comme je suis prévoyant, j’avais lancé un sort de localisation sur mon orbe, par conséquent je sais où mon objet précieux se trouve. Suis-moi Gron, tu m’aideras à identifier mon voleur.
Gron : C’est vraiment nécessaire ? Je dois m’entraîner à me muscler.
Rintam : Et pourquoi donc ?
Gron : Je veux pouvoir soulever une mule facilement afin qu’elle m’aide à transporter des objets.
Rintam : Hein ?
Gron : Si je porte une mule, que j’ai lourdement chargé, cet animal se fatiguera moins, si je l’aide à ne pas se servir de ses jambes en le portant.
Rintam : Tu m’énerves avec tes délires.
Gron : Dans ce cas là soulevez des mules avec moi, c’est un bon moyen d’évacuer le stress.
Rintam (fatigué) : Je t’expliquerai deux à trois choses demain Gron.
