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Chapitre 10-2 – Donlangue
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Chapitre 10-2 – Donlangue

Cela ne dérangeait pas outre mesure le décurion de jouer les cambrioleurs. Déjà il avait une certaine prédisposition pour le crime, il possédait quelques bons côtés comme le fait de penser que la femme était l’égale de l’homme, mais il prenait du plaisir à voler. De plus Caius disposait d’une longue expérience en matière de crimes crapuleux.

Dans le passé pour satisfaire les religieux de Billouticus, il dut se rendre complice d’actes immondes. Il priva des enfants de leur père pour des prétextes futiles, il lapida des femmes qui commirent l’imprudence de critiquer les prêtres. Le décurion considérait comme gentilles, les missions que lui confiait l’ambitieux.

Démétrius obtint une superbe maison avec jardin grâce au parchemin appelé Donlangue. Il se rendit célèbre en réussissant à décrypter des langues mortes en prétendant disposer de peu d’indices. Pourtant il ne possédait pas un grand mérite. Il n’utilisait pratiquement plus ses compétences de linguiste, il laissait le Donlangue traduire à sa place. Il fut une personne travailleuse, mais depuis qu’il bénéficiait de l’aide du parchemin, il passait au maximum trois heures par jour à travailler. Et quand il œuvrait c’était pour satisfaire de sombres buts.

En effet la magie du Donlangue corrompit l’esprit de Démétrius, elle transforma une personne paisible et indulgente, en incarnation de la mégalomanie. Seules des personnes avec une volonté de fer, pouvaient résister aux effets pernicieux du parchemin. Le Donlangue avait pour propriété d’exacerber les mauvais penchants. Il amena des centaines de gens à adopter des habitudes criminelles, à comploter contre la société.

De son côté le décurion était admiratif devant la richesse de la maison de Démétrius, des murs et un toit en marbre noir précieux, c’était vraiment un investissement ruineux.

Décurion : Récapitulons Gron pour voir si rien n’a été oublié. Alors les vêtements noirs est-ce bon ?

Gron : J’ai.

Décurion : La pince monseigneur ?

Gron : En stock.

Décurion : Le grappin ?

Gron : Oublié.

Décurion : Gron, comment fera t’on s’il nous faut monter sur les toits ?

Gron : On viendra un autre soir.

Décurion : Espèce de tête de linotte.

Gron (sincère) : Ah bon, je n’ai plus une tête de gobelin, quelqu’un a échangé ma tête avec celle d’une linotte, l’animal. Il faut vite faire quelque chose. !

Décurion : Mais que faites-vous Gron, pourquoi vous vous éloignez ?

Gron : C’est pourtant simple, je pars en quête de ma tête d’origine.

Décurion : Mais non crétin, j’ai employé une expression !

Gron (en colère) : Vous voulez dire que vous êtes complice du voleur de ma tête ? Vous avez employé un voleur appelé expression pour déformer mon physique ?!

Décurion : Rah ! Trop c’est trop !

Après cinq minutes de laborieuses explications ponctuées d’une envie frappante de distribuer des baffes, le décurion arriva à convaincre Gron que celui-ci avait toujours une tête de gobelin.

Décurion (amer) : Vous aimez peut-être les coups de fouet, mais pas moi ! Si nous ne rapportons pas aujourd’hui le Donlangue à notre maître, nous serons châtiés ! Enfin avec de la chance, le grappin ne sera pas forcément nécessaire.

Heureusement Gron et le décurion purent passer par le rez-de-chaussée de la maison qu’ils cambriolaient. Ils ouvrirent une fenêtre en verre silencieusement. Le décurion cassa un carreau, mais il n’y eut pas de bruit grâce à la magie. Ensuite le verre brisé fut réparé au moyen d’un sort. Gron et son camarade pénétrèrent ensuite dans une grande salle comportant des milliers de livres, un fauteuil bleu confortable, et un bureau marron pour travailler.

Décurion : Gron lancez un sort de silence, pour réduire le risque de nous faire repérer.

Gron : Tout ce que je peux faire, c’est réduire le bruit que nous faisons, pas l’annuler. Dinimutio bruitus.

Des bruits forts de pas se faisaient entendre.

Décurion : Vous avez amplifié les sons que nous propageons, recommencez et appliquez-vous cette fois.

Gron : Diminutio bruitus.

En plus de bruits de pas forts, il fallait ajouter de l’écho.

Décurion : Crétin absolu vous avez empiré notre situation. Concentrez-vous ou je vous inflige une baffe retentissante.

Gron : Diminutio bruitus.

Les bruits de pas étaient légers et sans écho, toutefois les chaussures de Gron et du décurion couinaient. Gron se ramassa une baffe.

Gron : Mais j’ai agi correctement, pourquoi me frappez-vous ?

Décurion : Nos chaussures émettent des couinements, à cause de votre sort. Supprimez cet effet secondaire sinon vous aurez une autre gifle.

Gron : Diminutio bruitus.

Les couinements des chaussures disparurent.

Décurion (très énervé) : Heureusement que Démétrius a le sommeil lourd, autrement il aurait déjà donné l’alerte. Bon cherchons dans la bibliothèque.

Quelques dizaines de secondes plus tard, Gron et le décurion se livrèrent à une enquête dans un lieu bien entretenu, quasiment sans poussière, un endroit rempli de livres rangés par ordre alphabétique. Mis à part des dizaines d’étagères remplies d’ouvrages, il se trouvait dans la grande pièce un bureau pour s’asseoir et consulter les pages.

Le gobelin eut soudain une idée qui lui traversa l’esprit. Il pensa qu’il avait une chance sérieuse de convaincre Démétrius de céder le Donlangue contre une feuille de papier toilette. Après tout l’addiction de Gron à la feuille à quadruple épaisseur était presque aussi forte que son engouement à l’égard des catapultes. Il pensait que la perspective d’avoir des fesses un peu plus douces serait un argument majeur pour convaincre Démétrius de renoncer à la fortune, la bonne réputation, et un statut social majeur.

Gron allait partager son idée avec le décurion, quand soudain il eut un mouvement de retenue. La perspective qu’un non-initié jouisse avec du quadruple épaisseur lui parut une terrible outrage. La voie du papier toilette était une voie à profondément respecter selon Gron, seuls les plus méritants devaient profiter de l’ultime douceur. Par conséquent le gobelin renonça à son plan. Même s’il était certain de réussir à convaincre Démétrius en le faisant chanter avec du quadruple épaisseur, il ne voulait pas commettre un grave manquement à ses principes.

Gron : Ce livre est bizarre, on dirait. Hé regardez décurion j’ai découvert un passage secret.

Gron et Caius arrivèrent dans une immense cave. Ils découvrirent tous les deux, des cadavres d’humains et d’animaux, des murs maculés de sang, et des inscriptions sur le sol. Caius eut du mal à ne pas vomir, bien qu’il soit un vétéran de plusieurs batailles, et une personne qui versa le sang de civils.

Le côté dégoûtant du contenu de la cave ne dérangeait pas spécialement le décurion. En effet Caius assista à des manifestations horribles de cruauté, au cours de sa carrière pour les prêtres de la ville de Billouticus. Par exemple il vit des hommes dont on arrachait les yeux, non pas rapidement, mais pendant un supplice s’étalant sur plusieurs minutes.

Toutefois l’odeur infecte qui régnait dans la cave souleva le cœur du décurion. Pourtant Caius supporta sans faiblir des senteurs nauséabondes, voire pestilentielles. Néanmoins la puanteur à affronter, constituait un défi même pour un homme habitué à des odeurs affreuses. Gron lui n’eut pas la retenue du décurion, il régurgita l’ensemble du contenu de son estomac. Puis il incanta un sort pour amoindrir son odorat et celui de Caius, afin que tous deux puissent fouiller la cave, sans subir une gêne trop forte.

Le décurion intrigué par certaines des inscriptions tracées avec du sang, se mit à les lire. Il ressentit un léger mal de tête, une envie de répandre le sang de Gron, un désir de consommer de la chair humaine, le besoin de tuer de manière sadique en prenant tout son temps des chevaux.

Caius effrayé arrêta la lecture, son action de lire n’avait duré moins d’une minute, mais il se sentait quand même souillé. Les inscriptions écrites prenaient différentes formes, des étoiles avec des gueules remplies de crocs, et surtout des mots dans une langue dont chaque terme semblait avoir une sonorité agressive, était une invitation à la violence.

Décurion : Gron avez-vous une idée de ce qui se passe ici ?

Gron : Je crois que Démétrius est un nécromancien, un sorcier qui manipule les morts.

Décurion : C’est bizarre, j’ai entendu dire que la magie et Démétrius cela faisait deux.

Gron : Chut j’entends du bruit, approchons-nous en silence.

Démétrius : Ha, ha, un jour le monde s’inclinera devant moi, partout le nom de Démétrius sera loué. Je répandrai le chaos et la destruction, chez tous ceux qui refuseront de me respecter. Mes hordes de zombie et de squelettes conquerront tous les royaumes connus. Je soumettrai les mortels, et aussi les dieux. Aujourd’hui est un grand jour après dix ans d’efforts, j’ai réussi à réanimer une petite limace, d’ici cent ans je pourrai contrôler un escargot.

Décurion : Où est le Donlangue ?

Démétrius : Qui osent déranger le grand Démétrius dans ses expériences ?

Décurion : Une personne qui te fera très mal, si tu ne satisfais pas ses exigences. Je ne le répèterais pas cent fois, où se trouve le Donlangue ?

Démétrius : Partez sur le champ, je suis de très bonne humeur aujourd’hui, alors je veux bien être clément. Allez-vous en, et je ne vous transformerai pas tous deux en cobayes.

Décurion : Si tu crois que j’ai peur d’un dresseur de limace morte-vivante, tu te trompes lourdement.

Démétrius : Attention je ne suis pas très doué en nécromancie, mais j’ai survécu à un combat avec un dragon.

Gron (sarcastique) : C’est ça, et moi je suis géant mesurant trente mètres.

Décurion : C’est bizarre, mais je sens que Démétrius dit la vérité.

Gron : Quoi ? Dans ce cas nous n’avons pas le choix, nous devons nous incliner et accepter son offre.

Démétrius : En effet ce serait plus sage, car non seulement je suis toujours en vie après avoir été confronté à un dragon, mais j’ai aussi évité la mort face à des géants, des démons et d’autres créatures très dangereuses.

Gron : Partons décurion, nous n’avons aucune chance contre un type pareil.

Gron fidèle à ses habitudes accumulait de l’énergie magique dans ses jambes afin de pouvoir courir plus vite, il se préparait à détaler à toute vitesse au moyen d’un sort. Il comptait bien battre son record de vitesse afin d’échapper au terrible personnage qui le menaçait.

Cependant le décurion demeurait plus calme, car il sentait que Démétrius avait l’air de bluffer d’une certaine façon. Il aurait dû facilement triompher de ses deux ennemis dans sa maison, s’il était aussi doué qu’il le prétendait. Pourtant il faisait une offre très miséricordieuse qui ne cadrait pas avec son caractère mégalomane.

Décurion : Minute Gron, il y a anguille sous roche, Démétrius ne nous raconte pas de mensonge, mais je crois qu’il présente quand même la vérité sous un jour particulier.

Démétrius : Si j’ai pu survivre c’est surtout à cause de ma capacité à fuir !

Démétrius attrapa un parchemin, et s’enfuit à toute vitesse. Il était rapide, même selon les critères de Gron. Ce dernier s’avérait un véritable champion pour détaler, mais Démétrius avait un talent supérieur pour battre en retraite. Ainsi il mit en moins d’une seconde dix bons mètres avec ses opposants, et ce n’était qu’un début. Il avait la ferme intention de disparaître de leur vue sans leur laisser l’occasion de profiter du Donlangue. De toute façon tant qu’il aurait son parchemin magique de traduction, il lui serait facile de s’établir ailleurs. Mais son échappée fut stoppée net par le jet d’une bombe à glue de la part du décurion.

Décurion : Pas si vite.

Démétrius : Qu’est-ce que c’est que cette substance qui m’empêche de courir ?

Décurion : De la glue à prise rapide.

Démétrius : Vous n’avez pas encore gagné, j’ai encore un atout de taille. Ce bâton est spécial, il a appartenu à un des plus puissants archimages elfes de tous les temps. Ce bâton peut ressusciter les morts, ou provoquer le décès de centaines de personnes.

Décurion : Je crois que tu racontes encore n’importe quoi.

Démétrius : Pas du tout, mon bâton de marche est. Rah très bien ce bâton est sans pouvoir. Toutefois vous feriez mieux de me laisser le Donlangue, sinon je vous dénonce aux autorités.

Gron : La nécromancie est interdite dans la ville de Xapar, pour un cambriolage nous ne risquons que quelques mois de prison. Par contre toi tu iras sur le bûcher si tes pratiques de nécromant sont découvertes. Donne le Donlangue et nous garderons le silence.

Démétrius : Très bien vous avez gagné, je me soumets.

Gron : Voilà qui est raisonnable. Ourgh.

Gron se ramassa un violent coup de bâton sur la tête. Il vit venir l’attaque mais il n’arriva pas à esquiver à temps. Il perdit conscience tout en ayant un important jet de sang qui coula du sommet de son crâne. Il eut le temps avant d’être touché par l’arme de son ennemi d’avoir quelques pensées pour Rintam son maître.

Décurion : Gron ! Esprits du vent je vous invoque, qu’un puissant souffle balaie cette pièce.

Un vent violent se mit à souffler, il amena le Donlangue vers le décurion qui lança un couteau transperçant la chair de Démétrius. Il ne s’agissait pas d’un acte de sadisme mais de miséricorde. Le décurion identifia avec ses sens mystiques la venue d’une milice d’ici une à deux minutes dans la maison où il se trouvait. Or il n’avait pas de moyen de neutraliser sa colle, donc Démétrius risquait fortement la mort atroce du bûcher si le décurion n’intervenait pas. Il préférait causer un trépas rapide plutôt qu’une agonie par les flammes, même si le geste d’assassiner une personne risquait de le hanter.

Démétrius : Urgh maudit rends-moi le Donlangue, argh je meurs.

Décurion : Ne vous en faites pas Gron, je ne vous abandonnerai pas.

Le meurtre de Démétrius, s’avéra sans conséquences néfastes pour Rintam. Le maire de la ville de Xapar rendit malaisé l’enquête, il étouffa l’affaire. Il s’arrangea pour faire porter le chapeau de l’assassinat sur un marginal. Le maire agissait ainsi, car il souhaitait étouffer le scandale, et qu’il ne voulait pas que le corps de son ami Démétrius soit privé de sépulture. Le cadavre du traducteur de par ses activités de nécromancien devait normalement être brûlé, et ses cendres répandues sur une terre non consacrée.

Rintam s’opposa à ce qu’un guérisseur s’occupe de Gron le gobelin blessé, il lui jeta lui-même plusieurs sorts de rétablissement. Problème l’ambitieux ne s’entraînait pas beaucoup aux enchantements de soin depuis deux ans. Or remettre sur pied la victime d’un coup à la tête, qui était dans le coma, constituait une affaire délicate. Par conséquent Rintam n’aggrava pas l’état du gobelin, mais il ne l’améliora pas significativement.

L’ambitieux avait déjà de bons résultats dans le sens qu’il n’abîma aucune partie de son donjon avec son corps en se propulsant involontairement en recourant à la magie. Heureusement Caius le décurion prit le relais, et obtint de meilleurs résultats en matière de soins. Gron se réveilla au bout de trois jours, toutefois son coup sur la tête ne fut pas sans conséquences.

Caius possédait un potentiel magique bien meilleur que celui de l’ambitieux, il le surclassait allègrement. Cependant comme il s’avérait conscient que Rintam n’aimait pas les subordonnés plus doués en matière de magie que lui, le décurion camouflait ses capacités mystiques exceptionnelles.

Il s’arrangeait pour paraître moins prometteur que l’ambitieux. Pourtant s’il le voulait le décurion pourrait aisément se débarrasser de Rintam. Il disposait de sorts capables de désintégrer l’ambitieux, dans un combat en face en face. De plus les soldats et les domestiques du donjon aimaient beaucoup Caius. Quelquefois le décurion pensait effectivement à se débarrasser de Rintam. Mais il éprouvait une honte cuisante, quand il laissait son ambition lui souffler de trahir.



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