Chapitre 015 – FEUILLE DE ROUTE
Ma Long referma lentement son guide et ferma la porte.
Les deux garçons étaient assis dans son appartement.
Le silence dura quelques instants.
Puis Ma Long prit la parole.
— La concurrence est très rude ici.
Eric hocha la tête.
— Je sais.
— Beaucoup de nos camarades ont des origines plus nobles que les nôtres.
— Certains viennent même de familles de cultivateurs.
— Ils connaissent déjà des choses que nous ignorons.
Eric demeura silencieux.
C’était une réalité qu’il avait lui-même constatée depuis leur arrivée.
Plusieurs disciples semblaient déjà savoir comment fonctionnait la secte.
D’autres connaissaient les différents royaumes de cultivation.
D’autres encore possédaient des proches au sein de la secte.
Comme Jian.
Certains semblaient même avoir reçu des techniques transmises par leur famille.
Ma Long poursuivit :
— Tu te souviens de ce que disait Samba pendant les entraînements ?
Un sourire apparut sur le visage d’Eric.
— La connaissance est la plus grande force d’un homme.
— Exactement.
— Et les informations sont le nerf de la guerre.
Eric acquiesça.
— Bien dit.
— Nous ne connaissons presque rien de ce monde.
— Et nous ne pouvons pas faire confiance à tout le monde.
Ma Long hocha la tête.
— C’est pour ça qu’il faut qu’on se serre les coudes.
— Comme avant.
— Comme avant.
Les deux garçons échangèrent un sourire.
Depuis leur enfance…
ils avaient toujours fonctionné ainsi.
Ma Long était le plus fort.
Eric était le plus malin.
Lors des parties de chasse autour de Gandon…
ils passaient souvent des heures à élaborer des stratégies.
Et c’était précisément cette complémentarité qui leur avait permis de survivre à plus d’une situation dangereuse.
— J’ai une idée.
— Je t’écoute.
— Je veux qu’on aille ensemble au Pavillon des Livres.
— Et qu’on utilise nos points pour acheter des informations.
Les yeux d’Eric s’illuminèrent.
— Pas seulement sur la cultivation.
— Exactement.
— Sur tout.
— L’histoire.
— La géographie.
— Les familles.
— Les sectes.
— Les plantes.
— Les minerais.
— Les royaumes.
— Tout ce qu’on pourra trouver.
Pendant les trois prochains mois…
les chambres de cultivation leur étaient fournies gratuitement par la secte.
Les formations étaient alimentées par les réserves du Pavillon de l’Initiation.
Ils n’avaient donc pas besoin de dépenser leurs points pour cultiver.
Du moins pas encore.
Après cette période…
chaque disciple devrait fournir lui-même les Pierres de Néon nécessaires à l’activation de sa formation.
Mais pour le moment…
leur priorité pouvait être ailleurs.
L’information.
Un sourire apparut sur le visage d’Eric.
— J’aime cette idée.
Puis il secoua légèrement la tête.
— Mais ton plan n’est qu’à moitié complet.
Ma Long ricana.
Puis se gratta l’arrière de la tête.
Il connaissait parfaitement Eric.
Depuis toujours…
il proposait une direction.
Et Eric transformait cette direction en véritable stratégie.
— Alors éclaire-moi, grand stratège.
Eric croisa les bras.
— Notre séjour à l’Ouragan Sacré doit reposer sur trois piliers.
— Trois ?
— Information.
— Puissance.
— Connexions.
Ma Long hocha lentement la tête.
— L’information, tu viens déjà d’en parler.
— Exact.
— Plus nous comprendrons ce monde…
— moins nous serons manipulés.
Eric marqua une pause.
Puis son regard devint plus sérieux.
— Ensuite…
— La puissance.
— Nous venons d’entrer dans un monde où la force décide de presque tout.
— Ici…
— personne ne se souciera de nos opinions si nous sommes faibles.
— Notre destin.
— Celui de nos familles.
— Et même celui de Gandon.
— Tout dépendra de notre puissance.
Ma Long repensa immédiatement aux paroles de Samba avant leur départ.
Le vieux chasseur leur avait répété la même chose.
Dans ce monde…
les faibles survivent rarement longtemps.
— Et le troisième pilier ?
demanda-t-il.
— Les connexions.
Ma Long fronça les sourcils.
Eric poursuivit :
— Sans puissance…
nous n’aurons rien à offrir.
— Sans informations…
nous ne saurons pas à qui faire confiance.
— Mais sans connexions…
nous resterons toute notre vie de simples disciples parmi des milliers d’autres.
Le silence s’installa.
Puis Eric désigna la fenêtre.
Au loin…
les sommets de l’Ouragan Sacré dominaient les montagnes.
— Tu crois vraiment que les futurs dirigeants de la secte sont choisis uniquement parce qu’ils sont forts ?
— Non.
— Ils sont remarqués.
— Observés.
— Soutenus.
— Puis intégrés dans certains cercles.
Les yeux de Ma Long commencèrent à briller.
Il comprenait peu à peu.
— Tu veux que les dirigeants de la secte nous remarquent.
— Exactement.
— Nous devons briller suffisamment pour qu’ils nous considèrent comme des disciples à investir.
— Même si nous ne devenons jamais Maître de Secte…
— nous devons devenir impossibles à ignorer.
Eric esquissa un sourire.
— Et lorsque cela arrivera…
— les portes commenceront à s’ouvrir.
— Plus de ressources.
— Plus d’opportunités.
— Plus de protection.
— Et surtout…
— plus d’informations.
Son regard se posa sur le Guide du Disciple.
— Les livres contiennent des connaissances.
— Mais seulement celles que la secte accepte de rendre publiques.
— La partie destinée à tout le monde.
— Les véritables secrets…
— ne se trouvent pas dans les bibliothèques.
— Ils se transmettent entre les personnes.
Ma Long resta silencieux quelques secondes.
Puis un large sourire apparut sur son visage.
— Information.
— Puissance.
— Connexions.
— Finalement…
— ton plan est meilleur que le mien.
— Comme d’habitude.
Eric éclata de rire.
— Comme d’habitude
Les deux garçons se regardèrent quelques instants.
Puis Ma Long reprit :
— Beaucoup de nos camarades ne sont pas seulement des disciples.
— Ce sont aussi nos futurs concurrents.
— Nos futurs rivaux.
Eric hocha la tête.
— Je sais.
Ma Long le fixa soudain.
— Je sais aussi que tu n’as pas montré toute ta puissance lors des tests.
Eric ne répondit pas.
— Et je ne sais toujours pas pourquoi.
— Franchement…
— Je pense que tu aurais dû montrer davantage tes progrès.
Ma Long se redressa légèrement.
— Regarde-moi.
— Grâce à ma première place, j’ai reçu dix Pierres de Néon de rang inférieur.
— Une pilule de guérison.
— Et cinq cents points de contribution.
— Tout ça parce que j’ai terminé premier.
Un léger sourire apparut sur le visage d’Eric.
— Je sais.
— Mais mon frère…
— l’arbre le plus grand de la forêt est aussi celui que le vent remarque en premier.
Ma Long fronça les sourcils.
Eric poursuivit :
— Plus les gens connaissent tes forces…
— plus ils savent comment te combattre.
— Et si quelqu’un décide un jour de nous prendre pour cible…
— chaque information que nous aurons révélée pourra être utilisée contre nous.
— Je préfère rester prudent.
— À partir d’aujourd’hui…
— garde toujours une ou deux cartes cachées.
— Une arme secrète.
— Une technique.
— Peu importe.
— Ne montre jamais tout.
Ma Long resta silencieux.
Il connaissait Eric depuis trop longtemps pour ignorer ce genre de conseil.
Lorsque celui-ci prenait une décision importante…
elle n’était jamais impulsive.
Même lorsqu’il ne comprenait pas immédiatement ses raisons.
Finalement…
il acquiesça.
— D’accord.
— Je vais essayer.
Pour changer de sujet…
Eric demanda :
— Et ta cultivation ?
— Tu as réussi ?
Ma Long éclata de rire.
— Oui.
— Ce n’était pas compliqué.
— Cette méthode de cultivation est surtout une méthode de respiration.
Eric sourit.
Ma Long avait toujours été ainsi.
Direct.
Simple.
Efficace.
Lorsqu’il s’agissait de cultivation ou de combat…
son talent parlait de lui-même.
— Au fait…
dit soudain Ma Long.
— J’ai cinq cents points de contribution.
— Et toi ?
— Cent cinquante.
— Donc selon ton plan…
— on commence par les informations ?
Eric secoua la tête.
— Par les informations et la puissance.
— Les deux sont indispensables.
— Nous allons chercher des livres sur notre région.
— Sur les sectes.
— Sur les familles de cultivateurs.
— Et aussi sur les techniques de combat.
Ma Long approuva immédiatement.
— Ça me plaît déjà davantage.
Eric sourit.
— Il faudra aussi trouver un endroit où nous entraîner.
— Un endroit discret.
— Pour nos sparrings.
Les yeux de Ma Long s’illuminèrent.
— Voilà qui devient intéressant.
Eric le regarda avec un sourire provocateur.
— Et cette fois…
— je vais enfin découvrir comment te battre.
Ma Long éclata de rire.
Depuis sa transformation dans la Forêt de la Brume…
aucun jeune de Gandon n’avait réussi à le vaincre.
Et Eric n’avait jamais fait exception.
— Tu dis ça depuis des années.
— Et pourtant…
— je gagne toujours.
— Pour l’instant.
répondit Eric.
— Pour l’instant.
répéta Ma Long avec amusement.
Les deux garçons se regardèrent.
Puis éclatèrent de rire ensemble.
Pour la première fois depuis leur arrivée à l’Ouragan Sacré…
ils avaient l’impression d’avoir retrouvé quelque chose de familier.
Leur ancienne complicité.
Et la certitude qu’ils affronteraient ce nouveau monde côte à côte.
