Chapitre 007 – LE VILLAGE DE LA BRUME (2)
Vous aussi vous allez passer l’examen ?
Ils se retournèrent.
Un garçon de leur âge se tenait près de l’entrée.
Il portait des vêtements de bonne qualité, bien plus raffinés que ceux d’Eric et Ma Long.
Un arc court décoré pendait dans son dos.
Un petit sac de voyage reposait à ses pieds.
Derrière lui se tenaient deux guerriers robustes.
Leurs regards balayaient constamment les environs.
Ils ressemblaient davantage à des gardes qu’à de simples accompagnateurs.
Le garçon souriait.
Un sourire qui donnait l’impression d’être habitué à obtenir ce qu’il voulait.
— Désolé…
Il se gratta légèrement la tête.
— Je n’ai pas pu m’empêcher d’écouter.
Puis il tendit la main.
— Jian. Village de Rochebois.
Ma Long lui rendit la salutation.
— Ma Long.
Il désigna son ami.
— Eric.
Eric rendit lui aussi la salutation.
— — Enchanté.
Jian hocha la tête.
— Moi aussi je vais passer le test.
Son regard passa rapidement de Ma Long à Eric.
Puis il ajouta avec un sourire :
— Nous pourrions faire le chemin ensemble.
— Et si nous réussissons tous…
on pourrait aussi se serrer les coudes plus tard.
Eric ne répondit pas immédiatement.
Ma Long, lui, resta silencieux.
Jian reprit :
— Vous venez d’où déjà ?
— Gandon, répondit Ma Long.
Un léger silence tomba.
Jian réfléchit quelques secondes.
Puis son regard changea légèrement.
— Gandon…
Il secoua la tête.
— Je n’ai jamais entendu ce nom.
Il observa leurs vêtements usés, leurs armes et leurs sacs encore marqués par le voyage.
Puis demanda :
— C’est un village de l’intérieur de la Forêt de la Brume ?
Ma Long acquiesça.
Les deux gardes derrière Jian tournèrent brièvement la tête.
— Sérieusement ?
Jian regarda les deux garçons avec plus d’attention.
— Vous devez vraiment être chanceux pour être sortis sans escorte.
Son étonnement dura quelques secondes.
Puis un léger sourire revint.
— Enfin…
Il redressa légèrement les épaules.
— Rochebois fait partie des villages proches de la périphérie de la Forêt de la Brume.
Son ton trahissait une légère fierté.
— Les commerçants passent souvent chez nous.
— On est plus proches du monde extérieur que les villages de l’intérieur.
Puis il sembla soudain se rappeler de quelque chose.
— Ah oui… j’ai oublié de vous dire.
Un sourire apparut sur son visage.
— Du côté de ma mère, mon grand-père est disciple de l’Ouragan Sacré.
Il redressa légèrement les épaules.
Même les deux gardes derrière lui gardèrent le silence.
Jian poursuivit avec une certaine fierté :
— Donc… j’ai quelques contacts là-bas.
Puis il éclata légèrement de rire.
— Il se pourrait même que je connaisse déjà certaines choses sur l’épreuve.
Eric et Ma Long échangèrent un regard.
Mais aucun des deux ne répondit.
Le sourire de Jian s’élargit légèrement.
Il prit leur silence pour de l’intérêt.
— Je pourrais vous aider une fois là-bas.
Son regard se posa plus particulièrement sur Ma Long.
Sa carrure avait clairement attiré son attention.
Même les deux gardes semblaient l’avoir remarqué.
Jian continua :
— Des gens solides sont toujours utiles.
Puis il ajouta d’un ton plus léger :
— Et entre gens de la forêt… autant s’entraider.
Eric remarqua immédiatement le changement.
Depuis le début…
Jian s’adressait surtout à Ma Long.
Comme s’il essayait déjà de l’attirer de son côté.
Ma Long, lui, gardait la même expression calme.
— Merci, mais nous venons juste d’arriver et nous devons faire quelques achats.
La réponse de Ma Long resta polie.
Impossible de savoir ce qu’il pensait réellement.
Jian sourit légèrement.
— Vous savez…
Il croisa les bras.
— Il est toujours bon de se faire des amis.
Son regard glissa brièvement vers les deux guerriers derrière lui.
— Surtout quand ils ont des relations.
La phrase était légère.
Mais une pointe de pression s’y cachait.
Puis il releva légèrement le menton.
Il les observa discrètement.
Et remarqua immédiatement le changement dans leurs regards.
Jian sourit intérieurement.
— Je connais déjà certaines choses sur le monde des cultivateurs.
Il marqua une pause.
— Par exemple…
Savez-vous comment s’appelle le premier niveau ?
Le silence tomba.
Puis il répondit lui-même :
— Le Bloodening Stage.
Il observa leur réaction.
Les deux garçons semblaient effectivement intrigués.
Jian reprit aussitôt :
— Vous ne voulez pas en apprendre davantage ?
Il regarda directement Ma Long.
— Je pourrais vous donner quelques conseils.
Son sourire s’élargit.
— En échange…
vous pourriez travailler pour moi plus tard.
Eric et Ma Long échangèrent un regard discret.
Le Bloodening Stage…
C’était la première véritable information qu’ils entendaient sur le monde des cultivateurs.
Leurs cœurs s’agitèrent légèrement.
Après tout…
depuis leur enfance, ils n’avaient entendu que des histoires fragmentaires rapportées par les commerçants ou Samba.
Sectes.
Cultivateurs.
Pouvoirs défiant les lois naturelles.
Mais jamais personne n’avait parlé des niveaux.
Jamais personne n’avait donné de nom.
Pendant un instant…
ils furent réellement tentés.
Mais très vite, leurs esprits se calmèrent.
Ils n’étaient pas stupides.
Si réussir le test permettait d’intégrer l’Ouragan Sacré…
alors toutes ces informations deviendraient naturellement accessibles.
Et s’ils échouaient…
à quoi leur serviraient-elles ?
De plus…
Jian ne leur donnait rien gratuitement.
Depuis le début, il avait un but en tête
Il essayait clairement de recruter un futur soutien.
Eric remarqua même que les deux gardes derrière lui observaient parfois Ma Long.
Comme s’ils approuvaient silencieusement cette idée.
Cependant…
ils venaient d’arriver.
Se faire un ennemi pour si peu serait idiot.
Ma Long prit alors un air intéressé.
— C’est vraiment intéressant.
Puis il reprit naturellement :
— Mais j’ai une autre question.
Il regarda autour de lui.
Les murs.
Les tours.
Les marchands.
L’agitation.
— Depuis qu’on est arrivés ici…
il y a quelque chose que je ne comprends pas.
Il désigna les environs.
— Pourquoi appelle-t-on cet endroit un village ?
Vu sa taille…
il ressemble plus à une ville.
Jian prit aussitôt un air important.
Comme s’il attendait justement cette question.
Il croisa les bras puis tourna la tête vers l’un des gardes.
— Explique-leur.
L’homme s’avança d’un pas.
— Dans le monde des cultivateurs…
sa voix resta calme.
— Seuls les endroits où résident des cultivateurs sont appelés cités.
Eric et Ma Long écoutaient attentivement.
Le garde poursuivit :
— La présence de cultivateurs change beaucoup de choses.
Il désigna les murs du village.
— La sécurité.
Puis les rues animées.
— Le commerce.
Enfin les gardes en patrouille.
— L’influence.
Il s’arrêta là.
Jian reprit aussitôt :
— Donc même si le Village de la Brume est grand…
tant qu’aucun cultivateur n’y réside officiellement…
ça reste un village.
Eric hocha lentement la tête.
— Ah…
— Donc c’était ça…
Pour la première fois…
il comprit qu’il existait une frontière invisible entre le monde des mortels…
et celui des cultivateurs.
Et cette frontière…
ne concernait pas seulement la force.
Jian reprit immédiatement la parole.
Il regardait toujours Ma Long.
Il voulait visiblement encore le convaincre.
— Je vais vous dire un secret.
Il baissa légèrement la voix.
Même les deux gardes derrière lui cessèrent de bouger.
— Mon grand-père m’a expliqué lors de sa dernière visite qu’en réalité…
il existe plusieurs Villages de la Brume.
Eric et Ma Long se figèrent.
Jian sourit légèrement.
Visiblement satisfait de leur réaction.
— Ils sont numérotés.
Il croisa les bras.
— Je ne connais pas leur nombre exact…
mais celui-ci s’appelle Brume 40.
Les deux garçons furent réellement surpris.
Jian poursuivit :
— La route que vous avez empruntée…
celle qui traverse le nord et le sud…
relie en réalité ces villages.
Son regard se tourna vers les remparts.
— Je ne sais pas pourquoi ils portent tous le nom de la Forêt de la Brume…
mais mon grand-père disait qu’ils servent d’avant-postes.
Il marqua une pause.
— J’ai demandé contre quoi.
Son visage prit une légère moue.
— Mais il n’a pas voulu répondre.
Le silence tomba.
Cette fois…
Eric et Ma Long étaient réellement secoués.
Brume 40.
Cela signifiait qu’il existait au minimum plusieurs dizaines de villages similaires.
Et tous avaient participé à ce projet gigantesque.
Des murs.
Des routes.
Des avant-postes.
Tout cela demandait une force et des ressources colossales.
Mais…
contre qui se protégeaient-ils ?
Les habitants de Gandon étaient-ils réellement en sécurité ?
Et cette immense forêt…
qu’est-ce qu’elle cachait exactement ?
Plusieurs questions traversèrent leurs esprits.
Puis une certitude apparut.
Ils devaient réussir.
Peu importe le prix.
Ils devaient entrer à l’Ouragan Sacré.
Sinon…
ils ne découvriraient jamais la vérité.
Et surtout…
ils n’auraient jamais la force de protéger ceux qu’ils avaient laissés derrière eux.
Gandon.
Madame Ma.
Monsieur Ma.
Samba.
Tous ceux qui vivaient encore au cœur de cette forêt immense sans même connaître son étendue réelle.
Pour la première fois…
ils comprirent que leur voyage ne concernait plus seulement leurs rêves.
Il concernait aussi leurs proches.
Jian continua.
Sa voix était plus basse cette fois.
Comme s’il partageait réellement un secret.
— Mon grand-père m’a soufflé quelque chose.
Il regarda autour de lui avant de poursuivre.
— Parmi les mortels…
il y aurait aussi des cultivateurs cachés.
Le silence tomba.
Même les deux gardes derrière lui tournèrent brusquement la tête.
Visiblement…
eux non plus n’étaient pas au courant.
Eric et Ma Long restèrent silencieux.
Cette fois, leur surprise n’était plus la même.
Ils comprirent une chose.
Ils étaient différents de Jian.
Lui avait un passé.
Des relations.
Un grand-père disciple.
Il avait grandi avec des informations que les autres n’avaient pas.
Mais surtout…
Jian parlait beaucoup.
Trop.
Il révélait facilement des choses qui semblaient pourtant importantes.
Et dans ce monde…
chacun avait ses secrets.
Eric et Ma Long comprirent instinctivement qu’ils devaient garder leurs distances.
Rien de bon ne sortirait d’une personne incapable de garder ce qu’elle savait.
Eric prit finalement la parole.
Il sourit poliment.
— Désolé.
— Nous devons encore vendre certaines choses et préparer le reste du voyage.
Ma Long acquiesça.
— Mais merci pour les informations.
Il joignit les mains.
— Il se pourrait qu’on se revoie au test.
Puis il ajouta :
— Bonne chance.
Ils saluèrent et commencèrent à s’éloigner.
Le sourire de Jian disparut peu à peu.
Une légère frustration apparut sur son visage.
Après tout…
il avait été sincère.
Il leur avait révélé plusieurs informations.
Et malgré cela…
ils partaient.
Son expression se crispa.
— Bandes d’ignorants…
marmonna-t-il.
L’un des gardes toussa discrètement.
Jian renifla.
Puis tourna la tête.
— Allons-y.
Les trois partirent dans une autre direction.
Pendant ce temps…
Eric et Ma Long s’enfonçaient davantage dans le marché du Village de la Brume.
Le bruit des négociations et des marchands reprit autour d’eux.
Mais leurs esprits étaient encore ailleurs.
Brume 40.
Ces mots résonnaient toujours dans leurs têtes.
