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L'Origine
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Chapitre 006 – LE VILLAGE DE LA BRUME.

Chapitre 006LE VILLAGE DE LA BRUME.

Après avoir nettoyé la blessure de Ma Long, les deux garçons transportèrent le cadavre du crocodile jusqu’à la rive.

Le soleil venait à peine de dépasser les arbres.

La brume flottait encore au-dessus du fleuve.

Ma Long sortit de son sac le vieux plan remis par Samba et passa lentement le doigt sur l’itinéraire dessiné par les anciens du village. .

Puis il leva la tête.

— On ne traverse pas à la nage.

Eric cligna des yeux.

— Hein ?

— Moi aussi je croyais qu’on allait nager, répondit Ma Long. Mais Samba a indiqué un point de traversée ici.

Ma Long désigna la rive un peu plus loin.

Sous des branchages et des feuilles séchées se trouvait une structure en bois.

Une barque.

Longue.

Massive.

Sa coque était renforcée par plusieurs couches de bois sombre et de résine.

À l’avant étaient fixées plusieurs pointes métalliques destinées à dévier les chocs.

Eric s’approcha.

— Les villageois ont construit ça ?

Ma Long acquiesça.

— Samba disait que nos ancêtres ont établi plusieurs points de traversée sur les itinéraires sûrs.

Puis il leva les yeux.

Eric suivit son regard.

Au-dessus du fleuve…

de grosses cordes traversaient d’une rive à l’autre.

Fixées entre d’immenses arbres.

Des poulies rudimentaires y étaient attachées.

— Les barques peuvent être récupérées depuis n’importe quelle rive, expliqua Ma Long. Les escortes tirent dessus avec les cordes.

Il montra les attaches.

— Comme des nacelles.

Eric resta impressionné.

Même isolés…

les villageois avaient construit tout un système pour survivre.

Ils embarquèrent.

Ma Long prit la perche arrière tandis qu’Eric gardait son arc.

Le courant était puissant.

Le brouillard réduisait fortement la visibilité.

Le silence retomba.

Puis—

SPLASH !

Quelque chose passa sous la barque.

Une ombre.

Longue.

Fine.

Une créature ressemblant à une anguille géante surgit.

Sa gueule était remplie de petites dents.

— À gauche !

Eric saisit un des harpons.

FWISH !

CRACK !

La pointe traversa la tête.

Le corps retomba immédiatement dans l’eau.

Le courant l’emporta.

Quelques minutes plus tard…

une autre attaque arriva.

Cette fois, plusieurs poissons aux nageoires osseuses bondirent hors de l’eau.

Leurs dents claquaient.

Ma Long éclata de rire.

— Ceux-là je connais !

Il saisit un harpon.

BOOM !

Le premier fut transpercé.

Eric en abattit un second.

Le reste replongea.

Le trajet continua.

Par moments, ils apercevaient des ombres énormes sous eux.

Mais aucune ne remonta.

Peut-être à cause du cadavre du crocodile qu’ils avaient laissé derrière.

Finalement…

la rive opposée apparut.

Plus que quelques dizaines de mètres.

Eric souffla.

— On y est enfin.

Puis—

SPLAAAAASH !

L’eau explosa derrière eux.

Les deux se retournèrent.

Quatre yeux.

Deux têtes.

Un autre crocodile.

Encore plus grand.

Il venait de surgir du brouillard.

Ma Long jura.

— Encore un ?!

Le monstre chargea.

L’eau explosait derrière lui.

Mais ils étaient déjà trop proches.

La barque heurta la rive.

CLACK !

Les deux garçons sautèrent immédiatement.

Ma Long attrapa la corde suspendue.

Puis tira.

Les poulies grincèrent.

La barque commença lentement à remonter vers la rive.

Le crocodile atteignit l’endroit quelques secondes plus tard.

BOOOOOOM !

Ses mâchoires claquèrent dans le vide.

Trop tard.

Il resta dans l’eau.

Ses yeux fixaient les deux garçons.

Puis lentement…

il replongea.

Le silence retomba.

Eric souffla profondément.

Ma Long regarda le fleuve.

— Je crois qu’on ne reviendra pas par ici…

Puis les deux levèrent les yeux.

Devant eux…

la seconde moitié de la Forêt de la Brume les attendait encore.

Et cette fois…

le brouillard semblait encore plus sombre.

Ma Long sortit une nouvelle fois le vieux plan confié par Samba.

Le parchemin était usé.

Ses bords avaient noirci avec le temps.

Chaque annotation représentait des générations de traversées, de pertes et de survie.

Son doigt suivit lentement les inscriptions.

Zone de migration

Une vaste région où passaient périodiquement des hardes de bêtes sauvages.

Territoire des Crocs Noirs

Une zone contrôlée par des prédateurs particulièrement agressifs.

Rivière interdite

Le fleuve qu’ils venaient tout juste de traverser.

Et enfin…

une ligne discrète serpentant entre tous les dangers :

Route sûre

Le chemin créé par les ancêtres de Gandon au fil des siècles.

Le chemin payé par du sang.

Ma Long replia lentement la carte.

— On continue.

Le reste du trajet se passa sans encombre majeure.

Après le combat contre le crocodile à deux têtes, la forêt sembla retrouver son calme.

Ils croisèrent encore plusieurs bêtes au loin.

Quelques loups géants.

Des cervidés massifs.

Une harde de sangliers monstrueux.

Mais aucune ne s’approcha réellement du sentier indiqué sur le plan.

Puis…

les arbres commencèrent à se faire plus rares.

Le brouillard se dissipa progressivement.

La lumière revint.

Et enfin…

ils quittèrent la Forêt de la Brume.

Les deux garçons s’arrêtèrent.

Devant eux ne s’étendait ni route ni ville.

Seulement une vaste plaine boisée.

L’herbe était plus basse.

Les arbres plus espacés.

On distinguait plusieurs traces de passage.

Des empreintes humaines.

Des restes de feux.

Des pistes d’animaux.

Soudain…

des voix retentirent plus loin.

Un petit groupe de chasseurs apparut.

Ils portaient des arcs, des lances et transportaient plusieurs bêtes abattues.

Leurs vêtements étaient différents de ceux de Gandon.

L’un d’eux regarda Eric et Ma Long.

— Vous venez de la Forêt de la Brume ?

Les deux acquiescèrent.

L’homme écarquilla légèrement les yeux.

— Seulement vous deux ?

Ma Long hocha la tête.

Quelques chasseurs échangèrent des regards.

L’un d’eux murmura :

— Ils sont jeunes…

Un autre prit la parole :

— Vous allez où ?

— Au Village de la Brume, répondit Ma Long.

L’homme hocha la tête.

Puis il désigna l’horizon.

— Continuez tout droit.

— Dans quelques kilomètres, vous tomberez sur une grande route.

Il traça une ligne dans l’air.

— Elle traverse la région du nord au sud.

Puis il pointa vers le nord.

— Prenez la voie nord.

— Il y aura un panneau indiquant le Village de la Brume.

Le groupe leur indiqua une direction avant de reprendre sa route.

Néanmoins, une fois les chasseurs partis, Ma Long sortit le vieux plan que Samba leur avait remis avant le départ.

Le regard du géant se posa sur les annotations.

Samba leur avait répété plusieurs fois que le monde extérieur était dangereux.

« Ne faites pas confiance trop vite aux inconnus. Le monde des cultivateurs n’est pas celui de Gandon. »

À cet instant…

les paroles du vieux guerrier leur revinrent en mémoire.

Ce que les chasseurs venaient de dire s’était révélé exact.

Il replia la carte.

Ce village…

Eric le connaissait déjà par les récits des commerçants.

C’était là que Gandon s’approvisionnait.

Les tissus.

Les outils.

Le sel.

Certaines graines.

Tout venait de cet endroit.

Après plusieurs heures de marche…

ils arrivèrent enfin à destination.

Le village dépassait largement tout ce qu’ils avaient imaginé.

Le Village de la Brume.

Un village-carrefour.

Le plus célèbre des alentours.

Sa renommée venait directement de la Forêt de la Brume.

Car malgré ses dangers…

la forêt était aussi un trésor.

Bois rares.

Plantes médicinales.

Peaux.

Viandes.

Minéraux.

Et parfois…

des ressources que même les commerçants achetaient à prix d’or.

La Forêt de la Brume était immense.

Personne à Gandon n’en connaissait réellement les limites.

Elle entourait entièrement de nombreux villages.

Certains vivaient sur ses bordures.

D’autres plus profondément.

Il était même raconté que certains villages n’étaient jamais sortis de la forêt et ignoraient totalement l’existence du monde extérieur.

Gandon…

n’était qu’un village parmi d’autres.

Situé aux alentours extérieurs de cette immensité verte.

Le Village de la Brume servait donc de point de rassemblement.

Les chasseurs y vendaient leurs prises.

Les commerçants s’y arrêtaient avant d’entrer dans la forêt.

Les escortes y prenaient du repos.

Beaucoup de villages forestiers passaient également par cet endroit avant de s’aventurer plus loin.

Eric et Ma Long levèrent la tête.

Un immense mur de pierre entourait complètement le village.

Plusieurs portes permettaient d’y entrer.

Des gardes patrouillaient sur les remparts.

Des tours de surveillance dominaient les alentours.

L’endroit dégageait une impression de puissance.

Des charrettes entraient et sortaient sans arrêt.

Eric resta silencieux.

À côté…

Gandon paraissait minuscule.

Les deux garçons s’approchèrent de l’entrée principale.

Un garde les arrêta immédiatement.

Il portait une armure de cuir renforcée et tenait une longue lance.

Son regard passa rapidement sur leurs armes, leurs sacs et leurs vêtements encore marqués par la traversée de la forêt.

Puis il ouvrit le registre posé à côté de lui.

— Noms ?

— Ma Long.

Il désigna son ami.

— Eric.

Le garde nota les informations.

— Motif de votre visite ?

Ma Long répondit calmement :

— Nous allons passer l’examen de l’Ouragan Sacré.

À peine les mots prononcés…

l’un des gardes derrière éclata de rire.

— Eh eh… les jeunes d’aujourd’hui.

Il secoua la tête.

— Ils pensent que réussir est facile.

Un second garde croisa les bras.

— Laisse-les rêver.

Son sourire était amer.

— On disait la même chose il y a quelques années.

Le premier ricana.

— Exact. Et regarde-nous maintenant.

Avant qu’ils ne continuent…

une voix plus grave retentit.

— Ça suffit.

Un homme plus âgé s’avança.

Il portait la même armure mais ses épaules étaient couvertes d’une cape grise.

Les deux gardes se turent immédiatement.

Le superviseur les regarda.

— Ne pensez pas que parce que vous avez échoué…

tout le monde échouera.

Le silence tomba.

Les deux gardes détournèrent légèrement les yeux.

Puis l’homme tourna son attention vers Eric et Ma Long.

Son ton redevint calme.

— Il y a des règles à respecter à l’intérieur.

Il leva un doigt.

— Pas de bagarre.

Un deuxième.

— Les armes restent attachées sauf urgence.

Puis il regarda le garde au registre.

— Enregistre-les.

Le garde acquiesça immédiatement.

SCRATCH.

Sa plume glissa sur le papier.

— Deux pièces d’argent pour l’entrée.

Eric et Ma Long échangèrent un regard.

Heureusement…

Samba leur avait remis de l’argent avant le départ.

Ma Long sortit les pièces.

CLINK.

Le garde les prit.

Puis écrivit de nouveau.

SCRATCH.

Il releva ensuite la tête.

— Vous pouvez entrer.

Il s’écarta légèrement.

Les deux garçons franchirent la porte.

Lorsqu’ils pénétrèrent dans le Village de la Brume…

ils s’arrêtèrent instinctivement.

L’intérieur était encore plus animé qu’ils ne l’avaient imaginé.

Une large rue traversait le village.

Des charrettes entraient et sortaient sans arrêt.

Certaines étaient remplies de bois.

D’autres transportaient des peaux, des cages ou des plantes séchées.

Des chasseurs revenaient tout juste de la forêt.

Leurs prises étaient suspendues à de longues perches.

On voyait des cervidés massifs.

Des sangliers gigantesques.

Même plusieurs loups à la fourrure sombre.

Devant certaines échoppes…

d’immenses peaux de bêtes séchaient au soleil.

Des crocs, des griffes et des cornes étaient soigneusement exposés.

Plus loin…

des villageois vendaient des feuilles médicinales, des racines et diverses herbes récoltées dans la forêt.

L’air était chargé d’odeurs.

Viande fumée.

Résine.

Bois frais.

Plantes séchées.

Des négociations éclataient partout.

— Trois pièces d’argent !

— Impossible ! Cette peau vaut le double !

— Je prends aussi les crocs si tu baisses le prix !

Des commerçants inspectaient les marchandises.

Des scribes notaient des commandes.

Des porteurs déchargeaient des caisses.

Eric regardait tout autour de lui.

C’est alors qu’une voix retentit derrière eux.

 

 



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