Chapitre 002 – L’héritage du livre
Le vieux livre flottait silencieusement au-dessus du cadavre de la biche. Il pulsait lentement. Comme un cœur vivant enfermé dans une enveloppe ancienne.
BOOM.
BOOM.
BOOM.
À chaque pulsation, des ondulations visibles se formaient dans l’air, se propageant autour de l’objet comme des vagues invisibles frappant la surface d’un lac. L’espace lui-même semblait se déformer. Comme si la réalité hésitait.
Éric resta figé. Son souffle se coupa. S’il avait été un cultivateur, il aurait immédiatement compris qu’il assistait à un phénomène impossible. À chaque battement, les Néons présents dans l’atmosphère étaient attirés de force vers le livre, comprimés puis réorganisés autour de lui. Ils tournaient lentement en révolution, comme des étoiles gravitant autour d’un soleil invisible. L’objet semblait absorber le monde.
Puis Éric baissa les yeux vers la couverture. Trois images y étaient gravées. Elles étaient d’un réalisme troublant. Presque vivantes. La première représentait une personne assise en méditation, les jambes croisées et les mains posées sur les genoux. Son expression était paisible, immobile, comme si elle s’était détachée du monde. La seconde apparaissait juste derrière la première. Une silhouette debout. Plus floue. Moins visible. Son corps semblait composé d’innombrables particules lumineuses, comme s’il s’était dissous pour devenir énergie. Puis venait la troisième image. La plus étrange. Une forme nuageuse quittant le dos de la seconde silhouette. Elle ressemblait à un souffle. À une âme. Ou peut-être… à quelque chose de plus grand encore.
Éric resta immobile. Ses yeux ne quittaient plus le livre. Une sensation indescriptible montait en lui. Ce n’était pas de la peur. Ni de l’excitation. C’était une conviction. Une certitude profonde. Dans son esprit de jeune garçon élevé dans la foi, une seule pensée apparut : C’était un signe de Dieu. Le vent ne soufflait plus. La pluie avait cessé. Même la forêt semblait retenir son souffle. Éric contourna lentement le livre. Une fois. Puis une deuxième. Puis une troisième. Comme pour s’assurer qu’il ne rêvait pas. L’objet continuait de flotter au-dessus de la biche, immobile malgré les ondulations qui déformaient l’air autour de lui. Éric avala difficilement sa salive. Puis, poussé par une curiosité plus forte que sa peur… il tendit lentement la main vers le vieux livre.
Dès que ses doigts entrèrent en contact avec la couverture du livre… Une douleur inimaginable explosa dans son corps. Éric écarquilla les yeux. Ce n’était pas une simple brûlure. C’était comme si sa chair, ses os, son sang… et jusqu’à son âme étaient consumés simultanément. La sensation était insupportable. Il voulut retirer sa main. Impossible. Son bras refusait de bouger. Comme si le livre l’avait saisi. Comme si quelque chose, à l’intérieur, l’empêchait de fuir. Puis… une lumière dorée jaillit brutalement. Elle naquit au point de contact avant de se propager à une vitesse terrifiante. Sa main. Son bras. Son torse. Ses jambes. En quelques secondes, tout son corps fut recouvert d’une lueur dorée éclatante. L’air vibrait autour de lui. Les ondulations dans l’espace devinrent plus violentes. Éric eut l’impression que sa peau brûlait. Non… qu’on la lui arrachait. La douleur dépassait tout ce qu’il pouvait supporter.
Il hurla. « HAAAAAA ! » Son cri résonna dans toute la forêt. Les oiseaux s’envolèrent. Le vent sembla reculer. Puis… tout disparut. La lumière s’effondra sur elle-même. Le silence revint. Et Éric perdit connaissance. À plusieurs centaines de mètres de là…
Ma Long s’immobilisa brusquement. Il venait de voir une colonne de lumière traverser les arbres. Puis il entendit le cri. Son visage pâlit instantanément. « ÉRIC ! » Sans réfléchir, il s’élança. Sa silhouette massive traversa la forêt à toute vitesse, brisant les branches sur son passage. Le sol boueux éclatait sous ses pas. Il ignorait tout. La tempête. La lumière. Le danger. Il n’avait qu’une seule pensée. Retrouver son frère. Quelques instants plus tard, il déboucha dans la clairière. Tout était redevenu silencieux. Le vent avait cessé. La pluie aussi. Éric était étendu au sol. Inconscient. Ses vêtements étaient trempés de sueur. Son corps semblait avoir traversé une épreuve invisible. À côté de lui reposait toujours la biche sacrifiée. Mais… le livre avait disparu. Ma Long regarda rapidement autour de lui. Rien. Pas de traces. Pas d’objet. Comme s’il n’avait jamais existé.
Son regard revint immédiatement sur Éric. Sans hésiter, il le souleva et le plaça sur son dos. Puis il récupéra la biche d’une seule main. À douze ans seulement, son corps possédait déjà la taille et la force d’un adulte. Sa carrure dépassait même celle de nombreux guerriers du village. Il quitta aussitôt la forêt. Le plus vite possible. Le retour à Gandon provoqua immédiatement une agitation. Les habitants se rassemblèrent. Les parents de Ma Long sortirent précipitamment. Lorsque le garçon expliqua ce qu’il avait vu — la lumière, le cri, puis l’évanouissement d’Éric — l’inquiétude gagna rapidement tout le village.
Les guérisseurs furent appelés. Les anciens vinrent observer. Mais personne ne comprenait. Le corps d’Éric ne présentait aucune blessure. Aucune trace de poison. Aucune fracture. Rien. Et pourtant… il ne se réveillait pas. Trois jours passèrent. Trois jours entiers. Éric demeura inconscient. Il respirait normalement. Son cœur battait calmement. Mais il semblait plongé dans un sommeil profond. Un sommeil dont personne ne pouvait expliquer l’origine. Les guérisseurs finirent tous par donner la même conclusion : « Son corps est sain… mais son esprit semble ailleurs. » Pendant ce temps… dans les profondeurs de son inconscience… son âme baignait dans un océan sans limites. Depuis soixante-douze heures. L’océan brillait d’une faible lueur dorée et semblait composé d’innombrables particules lumineuses en mouvement.
Peu à peu… la pression augmentait. Comme si cet océan cherchait à le broyer. Son âme commença à atteindre sa limite. Son corps inconscient grimaçait faiblement dans le monde réel. Puis… une voix résonna. Étrange. Ancienne. Elle ne ressemblait ni à celle d’un homme… ni à celle d’une femme. « Il a atteint sa limite… » Un silence suivit. Puis la voix reprit : « Dommage… seulement soixante-douze heures pour une première purification. »
À cet instant— Une force colossale surgit. L’océan explosa. L’âme d’Éric fut arrachée des profondeurs et projetée au loin. Puis… la scène changea. Vu d’en haut… cet océan gigantesque n’était pas seul. Il y en avait d’autres. Plusieurs. Séparés les uns des autres comme des mondes indépendants. Et tous… se trouvaient au milieu… d’un livre ouvert. Un livre si immense que ces océans eux-mêmes paraissaient insignifiants sur ses pages. Mais Éric… ignorait tout cela. Il dormait encore. Inconscient.
Tandis qu’au-dessus de lui… quelque chose venait silencieusement de commencer. Ce matin-là, Madame Ma faisait la chambre comme à son habitude. La maison était silencieuse depuis plusieurs jours. Depuis qu’Éric était tombé dans cet étrange sommeil, l’inquiétude pesait sur toute la famille. Alors qu’elle repliait quelques vêtements près du lit… un léger gémissement attira son attention. Elle se retourna brusquement. Ses yeux s’écarquillèrent. Éric venait d’ouvrir les yeux. Pendant un instant, elle resta figée. Puis elle accourut immédiatement vers lui. « Mon fils chéri ! Tu nous as fait une peur bleue ! Comment te sens-tu ? » demanda-t-elle avec inquiétude. Éric cligna lentement des yeux. Sa vision était encore trouble. Le plafond. Les murs. La lumière entrant par la fenêtre. Tout lui semblait étrangement… clair.
Il se redressa légèrement. « Je me sens… bien. » Sa propre réponse le surprit. Non. Bien n’était pas le bon mot. Il se sentait… différent. Son corps semblait plus léger. Plus vivant. Comme si chaque muscle répondait instantanément à sa volonté. Son souffle était stable. Son esprit anormalement calme. Il baissa lentement les yeux vers ses mains. Une étrange sensation l’envahit. Une sensation difficile à décrire. Comme si quelque chose avait changé en lui. Comme si son corps était devenu… plus fort. Éric fronça légèrement les sourcils. Il ne comprenait pas pourquoi. Mais au fond de lui… naissait un sentiment étrange. Un sentiment de puissance. Dès qu’il fut suffisamment remis, Éric demanda immédiatement où se trouvait Ma Long. Il apprit que celui-ci était parti chasser tôt le matin. Sans hésiter, il proposa d’aller le rejoindre. Mais Madame Ma refusa catégoriquement. « Hors de question ! » déclara-t-elle fermement. « Tu viens de rester inconscient pendant trois jours. Tu ne remettras pas les pieds dans cette forêt aujourd’hui. » Après plusieurs minutes de discussion, elle accepta finalement qu’il se promène uniquement autour du village. Sans perdre de temps, Éric se dirigea vers les dunes. C’était leur lieu d’entraînement habituel. L’endroit où lui et Ma Long passaient des heures à courir, soulever des pierres et s’entraîner au combat. Le vent soufflait doucement sur les collines de sable.
Éric s’arrêta. Depuis son réveil… quelque chose lui semblait différent. Son corps paraissait plus léger. Plus vif. Plus réactif. Il voulait comprendre. Il commença par la course. Comme toujours. Il traça une distance d’environ mille cinq cents mètres, inspira profondément et s’élança. Le sable éclata sous ses pas. Les dunes défilaient à une vitesse anormale. Lorsqu’il s’arrêta… ses yeux s’écarquillèrent. Deux minutes. Son ancien record était de trois minutes cinquante secondes. Mais le plus incroyable… c’était qu’il n’était même pas essoufflé. Sa respiration était parfaitement stable. Éric fronça les sourcils. Puis il se dirigea vers un gros rocher utilisé pendant leurs entraînements. Il pesait environ trois cent cinquante kilogrammes. Même Ma Long devait utiliser toute sa force pour le déplacer. Éric posa ses mains dessus. Puis poussa. Le rocher quitta le sol. Sans effort. Sans tremblement. Comme s’il ne pesait rien. Éric resta figé. Il baissa immédiatement les yeux vers son corps. Rien. Aucun changement visible. Ses muscles semblaient identiques. Son apparence n’avait pas changé. Pourtant… sa force avait explosé. Il recommença. Course. Sauts. Levées. Accélérations. Encore. Puis encore.
Mais plus il s’entraînait… plus ses performances semblaient s’améliorer. Comme si quelque chose, au fond de lui… continuait encore à évoluer. Le soleil commençait déjà à descendre lorsqu’il rentra finalement au village. Son esprit était rempli de questions. Le livre. La lumière. Et cet étrange changement. Une seule chose était certaine : Depuis ce jour dans la forêt… il n’était plus tout à fait le même. Cette nuit-là, après le repas, Éric et Ma Long sortirent discrètement de la maison et s’installèrent comme à leur habitude sur une petite dune à l’extérieur du village. Le ciel était clair. Des milliers d’étoiles illuminaient la nuit. Le vent soufflait doucement. Pendant quelques instants, aucun des deux ne parla.
Puis Éric brisa finalement le silence. « Ma Long… » Ce dernier tourna la tête. « Hum ? » Éric hésita quelques secondes avant de continuer : « Je vais passer l’examen de l’Ouragan Sacré. » Un instant de silence suivit. Puis le visage de Ma Long s’illumina. « Vraiment ?! » Il éclata immédiatement de rire. « Enfin ! On ira ensemble ! » Puis il fronça légèrement les sourcils. « Mais… pourquoi ce changement soudain ? » Éric leva les yeux vers le ciel. Le livre. La lumière. Les changements de son corps… Tout cela lui traversa l’esprit. Mais il garda le silence. Ce n’était pas qu’il ne faisait pas confiance à Ma Long. Au contraire. S’il existait une personne au monde en qui il avait confiance, c’était lui. Simplement… il ne comprenait pas lui-même ce qui lui arrivait.
Alors il répondit avec un léger sourire : « Je veux faire comme tu me l’avais suggéré. Tenter ma chance… pour ne pas avoir de regrets. » Ma Long posa aussitôt une main sur son épaule. « Tu vas réussir. Ne t’inquiète pas. » Éric sourit. Puis les deux amis continuèrent à discuter. Longtemps. Très longtemps. Ils parlèrent du voyage. De la forêt. Du monde extérieur. Des cultivateurs. Puis leurs rêves commencèrent à prendre le dessus. Ma Long leva soudainement les bras vers le ciel. Ses yeux brillaient. « Moi… je deviendrai le plus puissant cultivateur du monde ! » Éric éclata de rire. « Rien que ça ? »
« Évidemment ! » répondit-il sans hésiter. « Je vais marcher dans les airs comme les immortels ! Voler ! Traverser les montagnes ! » Son excitation augmentait à chaque phrase. « Je vais construire ma propre secte ! Une secte immense ! Encore plus grande que l’Ouragan Sacré ! » Éric riait toujours.
Mais Ma Long n’avait pas fini. Il serra le poing. « Non… mieux encore ! Je deviendrai le Sect Master de l’Ouragan Sacré ! » Éric secoua la tête en riant. « Ton ambition est vraiment sans limite… » Puis il regarda le ciel à son tour. Les étoiles semblaient plus proches cette nuit-là. « Et toi ? » demanda Ma Long. Éric resta silencieux quelques secondes. Puis répondit doucement : « Je ne sais pas… »
Il marqua une pause. « Mais si je deviens cultivateur… je veux atteindre le sommet. Je veux voir ce monde de mes propres yeux. Comprendre ce qui se trouve au-delà des montagnes… au-delà des forêts… atteindre les étoiles… les dépasser… et un jour les tenir dans ma main…. et contempler depuis leur sommet ce qui se cache encore plus loin.» Le silence revint. Les deux garçons observèrent les étoiles. Deux enfants. Deux rêves. Ignorant totalement… qu’ils venaient de prononcer des ambitions capables de faire rire les plus grands experts du monde. Et pourtant… le destin semblait déjà avoir commencé à les écouter. Ainsi, le temps passa rapidement. Les jours d’entraînement, les préparatifs et les longues discussions nocturnes semblèrent s’écouler en un instant.
Puis arriva finalement le jour attendu. Le jour du depart Dès l’aube, tout le village de Gandon s’était rassemblé à l’entrée principale. Hommes, femmes, anciens et enfants étaient venus accompagner les deux garçons. L’atmosphère était particulière. À la fois joyeuse… et lourde. Car tout le monde savait qu’ils ne partaient pas pour une simple chasse. Ils quittaient le village. Ils quittaient leur enfance. Direction… le monde des cultivateurs. Des voix commencèrent rapidement à s’élever dans la foule.
« N’oubliez jamais que vous êtes des frères ! Soutenez-vous toujours ! » « Soyez justes ! Peu importe votre puissance future ! » « Revenez vivants ! » « Et surtout, ne nous oubliez pas lorsque vous deviendrez des Sages ! Souvenez-vous que vous êtes de Gandon ! » Un ancien éclata soudainement de rire. « Ne revenez pas en disant que vous êtes devenus trop importants pour parler aux villageois ! » La foule éclata de rire. Même Éric et Ma Long sourirent.
Mais au milieu de cette joie… une silhouette avançait lentement. Grande. Massive. Marquée par les années. Samba. Le plus puissant guerrier de la génération précédente. Le seul habitant de toute l’histoire du village à avoir atteint les portes du monde des cultivateurs. Il avait passé l’examen de l’Ouragan Sacré dix ans auparavant. Même s’il avait échoué au final… personne ne l’avait jamais oublié. Aujourd’hui, il était devenu le capitaine des guerriers de Gandon, dirigeant les escortes qui accompagnaient les commerçants à travers la forêt mortelle entourant le village. Il était aussi devenu le nouvel instructeur des jeunes guerriers. Comme autrefois… le père d’Éric l’avait été avant lui. À cette pensée, le regard de Samba se posa discrètement sur Éric. Un léger silence s’installa.
Le père d’Éric avait été l’un des plus grands guerriers de l’histoire du village. Sa mère… une Amazone. Une femme légendaire dont les récits étaient encore racontés aux enfants. Tous deux étaient morts lors d’une expédition hors de la forêt. Comme tant d’autres avant eux. Depuis des siècles, les habitants de Gandon tentaient d’ouvrir des routes sûres vers le monde extérieur. Mais chaque avancée coûtait du sang. Chaque nouvelle excursion emportait des vies. Samba sortit alors un vieux rouleau soigneusement attaché. Il le tendit aux deux garçons. « Prenez-le. » Éric ouvrit le document. À l’intérieur se trouvait une carte. Dessins de montagnes. Rivières. Zones barrées. Chemins détournés. Des annotations anciennes remplissaient les marges. Samba posa une main dessus. « C’est le chemin le moins dangereux vers l’Est. » Sa voix était grave. « Cette route n’a pas été créée par une seule personne. Elle est le résultat des excursions du village depuis des générations. Des siècles d’essais. Des siècles de pertes. »
Son regard s’assombrit légèrement. « Beaucoup sont morts pour tracer ce chemin. Tes parents en font partie, Éric. » Le silence tomba. Éric baissa légèrement les yeux. Samba reprit : « Évite les zones rouges. N’entrez jamais dans les vallées profondes. Si vous voyez des traces inconnues… contournez. » Puis il les regarda tous les deux. Longtemps. Comme s’il voyait ses propres rêves devant lui. Sa voix devint plus basse. Plus lourde. « Je repose tout l’espoir du village sur vos épaules. » Le vent sembla s’arrêter. « J’aurais voulu réussir mon examen il y a dix ans… mais hélas… » Pour la première fois… une tristesse discrète traversa son visage. « Vous ne comprenez peut-être pas encore… mais il suffit qu’un seul des nôtres réussisse. »
Il serra les poings. « Un seul cultivateur issu du village peut tout changer. » Les habitants relevèrent la tête. Ils connaissaient tous cette vérité. Les villages soutenus par des cultivateurs vivaient mieux. Ils avaient davantage de sécurité. Davantage d’échanges. Davantage de ressources. Et surtout… leurs jeunes avaient plus de chances d’intégrer le monde extérieur. « Si plusieurs cultivateurs naissent à Gandon… » continua Samba, « alors peut-être que nos enfants n’auront plus à mourir dans cette forêt. » Personne ne parla. Même le vent semblait silencieux. Puis Madame Ma s’avança. Les larmes coulaient sur son visage. Elle serra ses deux fils contre elle. « Soyez prudents… » Sa voix tremblait. « Votre vie avant tout. Ne vous démenez pas inutilement. » Elle essuya ses yeux. « Et restez toujours ensemble. Peu importe ce qui arrive… ne vous abandonnez jamais. »
Monsieur Ma posa doucement une main sur son épaule. Son regard était calme. Fier. « Ne t’inquiète pas. Nous avons bien élevé nos fils. » Ma Long serra les poings. Éric inclina la tête. Puis tous deux saluèrent le village. « Merci pour tout. » Après avoir remercié chacun… ils se retournèrent. Et commencèrent à marcher. Sans regarder en arrière. Devant eux s’étendait un chemin inconnu. Ils devaient parcourir près de mille cinq cents kilomètres vers l’Est. Au-delà de la Forêt de la Brume se dressaient les légendaires Montagnes des Sept Sommets, une chaîne montagneuse gigantesque dont les pics perçaient les nuages. C’était là… au sommet du plus haut d’entre eux… qu’avait été bâtie la secte de l’Ouragan Sacré. L’examen devait avoir lieu dans deux jours. Pour des mortels ordinaires, une telle distance aurait demandé plusieurs semaines de voyage. Mais Eric et Ma Long n’étaient pas des adolescents ordinaires. Grâce à leurs années d’entraînement, ils pouvaient parcourir d’immenses distances en peu de temps. Le véritable danger n’était pas la route. C’étaient les bêtes qui vivaient entre Gandon et le monde des cultivateurs.
