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Le Mécanicien Légendaire | The Legendary Mechanic
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Chapitre 170 – La tourmente du marché (1)

Outre l’arrangement des intérêts, certains joueurs entretenaient un autre rapport aux PNJ : l’admiration et l’attachement. Ce sentiment naissait de l’amour porté à tel personnage, de sa popularité, ou de la fascination qu’exerçait son parcours ; il formait autour de ces PNJ un noyau de fidèles. Les exemples classiques sont « Dragonborn », « Chloe von Einzbern », « Medivh », « One Punch Man », « Kratos », et d’autres encore.

En gagnant l’admiration et l’affection des joueurs, on pouvait les amener à pencher d’un côté au moment de certains choix : refuser les missions du camp adverse, par exemple, ou suivre à la guerre un PNJ populaire. Les femmes, les excentriques et les personnages d’une puissance démesurée jouissaient là d’un avantage de naissance : Han Xiao en était convaincu.

Toutefois, sans bénéfices réels, une relation fondée sur la seule admiration n’aurait aucun poids. Pour que les joueurs se battent pour lui, les avantages et les profits étaient une exigence capitale. Il connaissait leur conduite : ils pouvaient aider un PNJ par plaisir, mais peu de temps, et ils finiraient par partir s’ils n’en tiraient rien.

Par bonheur, son plan mêlait les profits et la popularité : il faisait d’une pierre deux coups.

Han Xiao avait lui aussi regardé la vidéo de Bun-hit-dog, et c’était exactement ce qu’il espérait : éveiller la curiosité et l’intérêt des joueurs en lâchant une vidéo semée d’indices.

Le flux d’informations entre joueurs et PNJ était bridé ; les uns et les autres disposaient d’un jeu de renseignements distinct, et laisser filtrer son vrai nom ne posait donc aucun problème.

L’organisation Germinal savait qu’il était Zero et connaissait peut-être même le nom d’origine de son corps, Han Xiao ; mais elle ignorait qu’il était le Fantôme noir et Han Xiao.

Stardragon savait qu’il était Han Xiao et Zero, mais n’était pas sûre qu’il fût le Fantôme noir.

Les joueurs savaient qu’il était le Fantôme noir, qu’il s’appelait Han Xiao et qu’il avait servi Stardragon, mais ils ignoraient qu’il était Zero.

D’ailleurs, les joueurs n’avaient encore reçu aucune information sur « Zero ».

Le Dark Net ne le connaissait que comme le Fantôme noir.

Chaque organisation ne détenait qu’une part du puzzle et, si sa véritable identité venait un jour à être découverte, il lui suffirait de changer de visage : il ne se passerait rien. Il pourrait même faire monter son niveau de légende jusqu’à devenir assez fort et choisir alors de révéler toutes ses identités.

Depuis le lancement officiel, le nom de Han Xiao trônait en tête des forums de la planète Aquamarine, ce qui le rendait fort connu. Comme pour les célébrités, plus les gens le connaissaient, plus il lui était facile d’imprimer sa marque dans les esprits.

La situation lui était favorable : par ses actes et grâce aux vidéos, sa popularité croissait sans cesse et vite. Mais Han Xiao avait toujours eu l’habitude d’anticiper. Il pressentait déjà un plafond invisible sur la route de sa renommée.

Les joueurs avaient beau louer les mécaniques du jeu, il manquait à celui-ci des intrigues interactives, et le seul moyen de les pousser à venir vers lui d’eux-mêmes passait par la trame principale. Han Xiao résolut donc de prendre à Bennett l’une des quêtes principales.

Après deux villages de novices de plus, Han Xiao décida de s’accorder une pause : les joueurs pourraient ainsi se faire de l’argent, et lui-même disposerait de temps pour ses propres affaires. En tête de sa liste figurait le mini-réacteur Brasier.

Il appela Lei Zhen Yu pour savoir où le vendeur souhaitait conclure le marché, et celui-ci lui donna son numéro.

« Salutations », dit la personne au bout du fil. C’était une voix artificielle, produite par une machine : impossible d’en deviner l’âge ni le sexe. Le procédé était d’une discrétion parfaite.

« Comment procédons-nous ? » Han Xiao alla droit au but.

« Dans trois jours. Je vous enverrai le lieu tout à l’heure. Apportez votre argent, j’apporterai la marchandise », répondit la voix.

« Entendu, je chargerai un de mes hommes de conclure », répliqua Han Xiao.

Dix secondes après avoir raccroché, Han Xiao reçut un message.

« Severus, la ville proche de la frontière d’Ordina. »

Les institutions financières et les grandes familles avaient de profondes racines à Ordina : le pays débordait donc de compétition et sa hiérarchie sociale y était nette, la politique nationale se souciant avant tout des élites. Chaque ville y semblait grandiose et solennelle, et les pluies fréquentes y déposaient une brume légère qui lui donnait un air lugubre.

Il bruinait sur Severus. Le temps était humide et morne, à l’unisson de la ville.

Dans un appartement transformé en salle de surveillance, relié à chaque caméra de circulation à trois rues à la ronde, une douzaine d’hommes en noir s’affairaient. Les uns vérifiaient les armes, les autres scrutaient les écrans, d’autres encore épluchaient les renseignements.

C’était un groupe d’action du renseignement d’Ordina qui, avec six autres, verrouillait trois secteurs voisins.

Les agents s’étaient rassemblés pour capturer un criminel en fuite, coupable d’avoir dérobé des renseignements classés de l’État. La cible courait depuis des années, et ils avaient enfin trouvé une piste : elle devait paraître à Severus pour conclure un marché avec un tiers.

La source était sûre : elle venait directement de la division du renseignement. On avait piraté d’innombrables lignes téléphoniques et su isoler quelques appels suspectés d’être ceux de la cible.

« Poursuivez la surveillance. Tireurs d’élite, tenez-vous prêts : abattez la cible dès qu’elle rencontre l’acheteur. La hiérarchie soupçonne la cible de traiter avec une organisation financière liée au pouvoir : il nous faut des preuves », dit le chef de mission dans les oreillettes. « La cible est rusée. Vous êtes notre dernière garantie, monsieur Mag. Tenez-vous prêt à intervenir à tout instant. »

« Bien », répondit-il d’un ton glacial.

Mag était l’un des as d’Ordina ; sa place était comparable à celle de Mo Ran. Que l’on eût dépêché jusqu’à lui pour garantir la réussite de l’opération montrait assez l’importance qu’Ordina y attachait.

Les avions n’avaient pas le droit de se poser à Ordina : Han Xiao voyagea donc une journée entière avec ses bottes à sustentation électromagnétique après avoir atterri, pour gagner Severus.

Les errants qui entraient en ville formaient une longue file à la frontière de Severus, tandis que les soldats d’Ordina patrouillaient. Leur équipement était plus raffiné que celui de Stardragon, et un masque tactique leur couvrait le visage.

Personne ne parlait dans la file : on n’entendait que le bruit des pas.

Le marché se conclura à Severus, songea Han Xiao. Il avait déjà changé de vêtements et d’apparence, mais gardait son équipement sur lui. Passer par la voie officielle, c’était courir au-devant des coups : il lui fallait donc entrer en fraude.

Avec assez d’argent et la menace de son arme, le passage se fit sans encombre. De même que l’humanité ne viendra jamais à bout des cafards, il se trouvera toujours des passeurs, si étroite que soit la surveillance à la frontière.

Han Xiao était couvert de la tête aux pieds, car il devait dissimuler son équipement, et il portait un grand sac à dos où logeaient ses armes.

Une pluie fine tombait sur son imperméable et, sous la capuche, se cachait un visage tout autre, que Han Xiao s’était composé. L’avertissement d’Antonio n’était pas sans fondement, et il ne voulait pas gâcher ce marché : pas question, donc, de se montrer avec le visage du Fantôme noir, ni avec le sien.

Le rendez-vous était fixé dans un café au bord de la route, à la place numéro sept.

En tant qu’acheteur, s’il n’arrivait pas le premier, le vendeur risquait de ne pas se montrer du tout. Il s’assit donc à la place sept et parcourut la salle du regard.

La radio diffusait une musique lente, et l’on voyait la brume derrière les vitres : c’était plutôt apaisant. La moitié des places étaient occupées ; les uns buvaient en silence, les autres lisaient le journal ou fixaient leur ordinateur. L’arrivée de Han Xiao n’attira aucune attention, et chacun poursuivit ce qu’il faisait.

Tout était normal et paisible.

Han Xiao appela le serveur, commanda un café et attendit le vendeur.

Il regarda par la baie vitrée. Des gens qui semblaient rentrer chez eux passaient de temps à autre d’un pas pressé, parapluie à la main, et quelques hommes, de l’autre côté de la rue, s’abritaient de la pluie en jouant avec leur téléphone. La bruine tombait des corniches et formait une flaque au bord du trottoir.

Han Xiao avait l’air de rien tandis qu’il baissait la tête pour siroter son café, mais il avait remarqué quelque chose d’anormal.

Le type qui lit le journal, trois places plus loin, respire lourdement et son rythme cardiaque est bien au-dessus de la normale. La femme qui boit un café au comptoir transpire sur les tempes. L’homme qui vient de passer devant la baie vitrée avait un pas très régulier, mais il l’a ralenti d’un bon tiers, exprès, en passant devant. Le deuxième à gauche, parmi ceux qui s’abritent, martèle le sol du talon : signe d’inquiétude et de nervosité. Voilà ce que pensait Han Xiao.

Au niveau 55, ses sens atteignaient un degré très élevé. Aux menus détails des gestes et des expressions des gens ordinaires, il savait deviner leur état d’âme.

Quelqu’un surveille le café. Le vendeur, ou un tiers ? Serais-je la cible ? Je ne crois pourtant m’être frotté à personne à Ordina…

L’interface s’afficha au moment même où il repérait les guetteurs.

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Description : le mystérieux vendeur avec qui vous traitez est un hors-la-loi recherché par Ordina. Votre marché a mal tourné. Pas de chance pour vous : vous voilà surveillé à votre tour, entraîné dans une tourmente qui ne vous regarde pas.

Condition : échapper à la traque d’Ordina.

Récompense : 65 000 points d’expérience

Récompense supplémentaire : inconnue

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Je n’ai vraiment pas de chance, ces temps-ci. Han Xiao en était contrarié. Tout ce qu’il voulait, c’était mettre la main sur le mini-réacteur Brasier, et le voilà mêlé à une affaire qui paraissait sérieuse. Ne pouvait-on donc jamais lui laisser un peu de paix et de facilité ?

L’objet comptait énormément pour lui : c’était le cœur de son Mecha. Il ne comptait pas y renoncer pour un risque mineur. Il était de toute façon déjà impliqué et, même en partant sur-le-champ, on le garderait à l’œil. Il décida donc de rester en place et d’aviser.



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