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La Tour des Mondes
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Pour l’instant, personne ne bouge, de leur côté comme du mien. Même Lud semble avoir suffisamment de raison pour comprendre que la tension dans l’air est palpable. Aucun d’eux n’est probablement là pour discuter, mais j’ose espérer qu’une solution pacifique est possible.

J’essaye de les observer pour savoir à quoi m’attendre. Ils ont les yeux qui brillent de la même lueur que des yeux de chat. Puisque ce sont des Elfes, j’imagine qu’ils ont évolué pour être capables de voir la nuit, mais ça ne leur donne pas du tout l’air rassurant ou mignon comme des chats. C’est finalement le premier homme-buisson à être descendu de la branche qui s’avance en retirant le masque en écorce et en feuillage qui couvre la partie supérieure de son visage. Je me trouve en face d’un vieillard. Du moins, j’imagine que c’est la façon la plus simple de le définir. Une longue barbe blanche et un début de calvitie. Difficile à dire, mais il a probablement vécu un bon moment. La longévité des Elfes s’étale sur des centaines d’années et parfois des millénaires, donc celui-ci a probablement vécu un bon moment pour être aussi vieux.

Il lève la main en signe de paix et je fais la même chose en espérant qu’il soit capable de parler et qu’il ne cherche pas à me tuer. Bien sûr, je ferais mieux de prendre mes expériences passées en exemple… Il y a de fortes chances pour qu’ils essayent de me tuer vu ma chance, mais s’ils arrivent à parler avant de le faire, je m’estimerai déjà heureux de tomber sur des personnes saines d’esprit dans le coin.

« Je ne suis pas un ennemi. Juste un voyageur. »

Les oreilles du vieillard s’agitent en m’entendant. Il hoche légèrement la tête sur le côté en plissant les yeux dans ma direction. Il me donne l’impression d’avoir dit quelque chose d’étrange, mais pour des présentations cela devrait être suffisant. Sa réaction me donne l’impression qu’il y a un problème en tout cas.

Il ouvre ensuite la bouche et j’ai l’impression d’entendre un sifflement retentir. Cela ressemble aux bruissements des feuilles dans le vent quand je tends l’oreille, mais ça ne ressemble en rien à des mots. Les cinq autres derrière lui se mettent à faire pareil et me donnent maintenant l’impression de me promener dans une forêt.

Si c’était un langage, je pense que le système de traduction automatique serait capable de donner un sens à ce que j’entends. Cela aurait probablement la forme d’un murmure, mais je devrais pouvoir le comprendre. Ce système n’a pas de limitation, quelques conversations avec Blue et un peu de lecture ont suffi à me faire comprendre que je peux lire et comprendre n’importe quelle langue, même les plus anciennes. Bien sûr, il y a une exception à la règle, les gens fous qui tiennent des propos sans queue ni tête. Ceux qui parlent en bruissement d’arbre et s’habillent comme des buissons ne font pas exception.

… Donc, ils sont tous fous sur cet arbre. Lud est plus traditionnelle dans sa folie et eux se prennent pour des buissons.

« Messieurs, je ne parle pas le buisson. Il faudra faire mieux. »

Le vieil homme ignore ce que je dis en concentrant son regard sur Lud en dessous de moi. Si elle a peur d’eux, je ne suis probablement pas dans une très bonne situation.

« C’est “ma” prisonnière… »

… et probablement ma femme, mais c’est une autre histoire. Si j’en juge par la façon dont ils viennent de tomber d’une branche à une vingtaine de mètres, je pense qu’ils ont un niveau bien meilleur que les soldats que j’ai vus jusqu’à présent. J’aimerais bien fusionner avec Juliette pour que Sigu prenne le relais, mais je prends un risque sans potion spirituelle pour me soigner ensuite. Pour l’instant, je me synchronise avec elle graduellement. Cela me permettra au moins de me contorsionner un peu plus sans prendre de risque mental. Avec un peu de chance, les six fous vont décider de prendre racine et m’oublier.

Bien sûr, ce n’est pas si simple. Ils se mettent tous à trembler, ce qui agite les feuilles sur eux. Le vieillard remet son écorce sur son visage et attrape un bout de bois à sa ceinture. Ce n’est pas une arme à proprement dites, mais je suis certain qu’il s’en accommode suffisamment bien pour se battre. J’attrape à mon tour mes armes en prenant un stylet et le shashka dans mon inventaire.

En voyant mes armes, les buissons arrêtent tous de vibrer et se mettent en garde. C’est sans doute la vision de mon Excalibur personnelle qui semble les arrêter. Je fends l’air avec le sabre noir pour montrer qu’il s’agit bien de ce qui leur vient à l’esprit, quoi que cela puisse être. Si cette arme peut leur faire peur, je ne vais certainement pas m’en priver.

Le mystère du bois noir et de ses capacités à faire reculer les hommes buissons fait partie de ma longue liste de questionnement. Bon. Ils savent probablement d’où vient mon arme. S’ils ont vu les chasseurs, ils s’attendent sans doute à ce que j’en sois un puisqu’ils connaissent l’arme. Ou alors… c’est bien plus simple que cela. Mon bâton est juste plus grand que le sien, ou plus menaçant.

En attendant, j’agite mon arme en poussant des cris vaguement menaçants. Je ne suis pas convaincu par ma prestation, mais j’espère qu’elle sera suffisante. Et étonnamment, oui. Il y en a déjà trois qui ont décidé de partir sans même « bruisser une feuille ». Le vieillard à la tête du groupe me menace en grognant et en agitant les bras, mais il semble lui aussi effrayé vu qu’il a déjà reculé de plusieurs pas. Finalement, il fait demi-tour et se met à courir en entraînant avec lui ceux qui ont tenu bon.

Je suis très content de cette victoire. Bien sûr, ça ne vaut pas un petit combat, mais gagner avant même de se battre est gratifiant. Pas de risque, pas de mort et pas de bras coupé. Je suis juste désabusé d’avoir plus de questions qu’avant.

Je me tourne en direction de Lud qui grogne par terre. Elle ne semble pas encore avoir compris que les hommes-buissons sont partis. Vu qu’elle ne voit pas dans le noir, cela ne m’étonne pas. Je me demande même si elle a réussi à les voir. Je partage les images de ce qu’il vient de se passer et elle finit par se calmer. J’ai même l’impression qu’elle rit ?

Elle a beau avoir perdu la raison, Lud semble quand même être capable de comprendre la situation. C’est tant mieux pour elle. De mon côté, je vais commencer à en avoir marre d’être dans le noir comme ça.

{Nuit ! Noir ! Normal !}

Ha ? Oh ! Oui, il fait noir la nuit. J’ai besoin de ma super souris pour me guider dans cette ville, donc je viens te chercher.

{Hihi !}

Je fais une note mentale pour expliquer quelques figures de style de plus à Micha quand j’en aurai le temps. Pour l’instant, je me contente de sourire en attrapant une Lud hilare que je jette sur mon épaule. Elle s’arrête assez vite de rire alors que je lance de nouveaux souvenirs à travers le lien pour la calmer. Elle commence à trembler de plaisir, mais je décide de l’ignorer pendant qu’elle digère mentalement. C’est une relation à sens unique pour l’instant et j’espère vraiment qu’elle va réussir à parler… Je cherche des livres, cela dit… Peut-être qu’elle est capable d’écrire à défaut de parler ? Nous verrons cela plus tard. Je dois d’abord récupérer Micha et ensuite chercher un endroit où dormir. Avec un peu de chance, je réussirai à trouver une bibliothèque demain quand il fera jour.

« Allons-y, Lud. »

*

« L’histoire d’amour avec la princesse Elfe continue de fleurir alors que, main dans la main, le jeune grimpeur et elle s’avancent dans cette citée géante. Personne ne sait encore quels mystères il va découvrir tant que la jeune muette ne retrouvera pas sa voix. Loin au-dessus d’eux, le ciel étoilé est caché par les branches de l’arbre les recouvrant. Le chemin s’annonce encore sombre pour eux, mais, l’un avec l’autre, ils se complètent et éclairent une nouvelle route ensemble. »

Kassandra se cache le visage dans un oreiller alors qu’une autre Oracle s’amuse à lire ce qu’elle a écrit. C’était un projet personnel de sa part d’écrire une histoire se basant sur les aventures de Nomad, mais elle est bien trop gênée pour accepter que quelqu’un lise à voix haute les dernières lignes. À l’origine, elle voulait simplement prendre des notes comme toutes les Oracles le font pour ne pas prendre la peine de revisiter inlassablement le futur et puis… elle a décidé d’écrire une histoire.

— Tu sais que t’inspirer du futur pour écrire des fictions n’est pas une bonne idée ?

— Personne ne le saura, j’ai déjà vérifié. Aucun des « personnages » ne verra la pièce de théâtre qui découlera de cette histoire.

— … Et puis, je peux savoir pourquoi tu fais des arrangements à ta sauce ? Je trouve amusant que tu fasses semblant qu’il y ait une relation entre eux, mais ça n’arrivera jamais. Et puis, ce n’est pas une princesse.

— Quoi ?! T-tu as déjà regardé ce qu’il se passe ensuite ? Je croyais que Nomad n’était qu’à moi !

— Plus il deviendra populaire et plus les autres jetteront un œil. Après avoir lâché une meute au pied de la tour la semaine dernière, les autres sont devenues curieuses. Fais-toi à l’idée que même Béatice a dû regarder.

— … C’est. Non…

— Je ne parlerai pas des petits mots qu’il te glisse dans le temps… mais j’admets qu’une histoire d’amour anachronique a quelque chose de fabuleux. Je vais être jalouse de ne pas en avoir une ! Mais passons. Tu n’es pas la première et vu sa popularité, d’autres vont voir ce qu’il te dit. Évite de trop en faire en écrivant ce genre de chose, sinon cela risque de devenir encore plus gênant pour toi, ma chère.

Les joues de Kassandra se mettent à brûler à l’idée que les autres Oracles puissent entendre les messages que Nomad lui adresse depuis le futur. Pour l’instant, il se plaint de la prophétie qu’elle ne lui a pas encore donnée puisque cela n’arrivera que dans quelques mois. Il la menace de lui pincer les joues, mais par moment il finit en flirtant. Du moins, elle a l’impression que c’est du flirt.

Elle essaye de penser à autre chose alors que son amie continue de la taquiner. Cette fameuse Elfe que Nomad appelle Lud. Elle ferait beaucoup de choses pour pouvoir échanger sa place avec elle et le suivre dans ses aventures. En faisant la moue et en rougissant, Kassandra enfonce sa tête dans l’oreiller.



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