Chapitre 4-3 – Menace
Après une aventure qui se conclut bien, Rintam et ses compagnons ne connurent pas d’autres incidents. L’ambitieux était impressionné par le décor du lieu encadrant l’unique entrée et sortie de la salle infinie. L’endroit était un immense temple à colonnes blanches de la hauteur de plusieurs centaines d’étages, même en se tordant le cou, voir le sommet s’avérait difficile. La salle ne fut pas tout de suite visible pour Rintam et ses camarades, des sorts magiques la dissimulaient au commun des mortels.
Rintam : Mais c’est bizarre on dirait Cérumane.
Cérumane : En effet je suis bien Cérumane.
Rintam : Vous êtes venu nous aider ?
Cérumane : Non je suis là pour vous mettre à l’épreuve.
Rintam : Pourquoi voulez-vous entraver le déroulement d’une quête, que vous nous avez confiée ?
Cérumane : Le Cérumane original qui vit dans une tour, désire le miroir enchanté. Mais moi je suis chargé de tester la valeur de ceux qui veulent pénétrer dans la salle infinie.
Rintam : J’ai besoin d’explications, parce là je ne comprends pas grand-chose.
Cérumane : Je suis une copie de votre commanditaire, le Cérumane original a le pouvoir de créer des doubles de lui-même. L’original a envoyé des copies de lui, dans divers points du monde pour glaner des connaissances, et gagner de l’argent.
Rintam : Ah j’ai compris, le premier Cérumane que nous avons rencontré, possède le don d’ubiquité, il peut se dédoubler. Êtes-vous aussi puissant que l’original ?
Cérumane : Non mais je vous préviens, si je meurs un autre gardien me remplacera, et celui-ci sera très agressif et surtout beaucoup plus fort que moi.
Rintam : En quoi consiste votre épreuve ?
Cérumane : Puisque vous êtes trois, il faut gagner deux manches sur trois d’un concours de questions. C’est à vous de me poser des questions, je perds si je ne trouve pas la réponse.
Elilim : Je commence en quelle année a été fondée la ville de Hurnar ?
Cérumane : En 522.
Elilim : Comment connaissez-vous la réponse à cette question ? Seule une poignée d’érudits ont entendu parler de Hurnar.
Cérumane : Je suis un des plus grands érudits de tous les temps.
Rintam : À mon tour, à quelle vitesse maximale court un poulet que l’on menace avec une catapulte envoyant des boulets de cent kilos ?
Cérumane : Je ne sais pas.
Gron : À moi, vous préférez la couleur bleue ou rouge ?
Rintam : Espèce de crétin, c’est une question trop simple !
Elilim : Merci Gron, grâce à vous on échappe à une quête quasi infaisable.
Cérumane : Je ne peux pas répondre à votre question Gron, par conséquent je suis contraint de vous laisser passer tous les trois.
Rintam : Mais comment est-ce possible ? Un enfant de trois ans aurait pu répondre à la question de Gron.
Cérumane : Je ne vois qu’en noir et blanc.
Rintam : Gron tu savais que Cérumane ne distinguait que deux couleurs ?
Gron : Non, j’ai choisi ma question au hasard.
Rintam (énervé) : Heureusement que tu as eu une chance insolente, sinon la quête aurait échoué. Bon assez discuté pénétrons dans la salle infinie.
La salle infinie, méritait bien son nom, elle s’étendait sur une distance invraisemblable. D’après la légende, la salle grandissait toute seule, personne ne s’occupait de l’étendre. Un dieu facétieux aurait créé cet endroit dans le but de se divertir. Pour pousser les gens à essayer de pénétrer dans la salle, la divinité créa un miroir enchanté aux propriétés fabuleuses.
Toutefois le dieu comme il prenait un malin plaisir à compliquer les choses, remplit de miroirs sa pièce, et faisait apparaître de temps à autre des monstres dans la salle. Comme autre difficulté gênante chaque fois que l’on pénétrait dans la pièce, la disposition des miroirs changeait, et les attaques des créatures belliqueuses étaient aléatoires et imprévisibles.
Ainsi certains aventuriers pouvaient rester une semaine dans la pièce sans faire de rencontre hostile. Alors que dans d’autres cas, il fallait affronter de véritables hordes dès que l’on entrait dans la salle. La nature des périls du lieu constituait une véritable énigme, parfois on devait affronter un monstre issu de ses pires cauchemars. Tandis que quelquefois les créatures contre lesquelles il fallait se battre s’avéraient relativement inoffensives.
Il y avait d’autres joyeusetés qui se produisaient de manière aléatoire dans la pièce, comme par exemple des pièges. Seulement leur mode de fonctionnement semblait totalement hasardeux. On pouvait passer cent fois à un endroit précis, sans rien déclencher, puis brusquement on tombait dans un trou avec des pics empoisonnés dans le fond. Il y avait quand même une logique dans le fonctionnement de la pièce, les miroirs se révélaient souvent des périls terribles. Dans un cas sur dix, ils causaient la mort du malheureux qui les touchait. Les miroirs sur les murs s’avéraient très variés, il y en avait de forme ovale, carrée, rectangulaire, des simples, d’autres très travaillés avec des sculptures élaborées. Il y avait un motif qui revenait souvent sur les miroirs, des lions.
Gron : Maître, il y a quelqu’un qui me ressemble beaucoup, qui s’amuse à imiter mes gestes.
Rintam : Gron rassures-moi, tu sais que les miroirs permettent d’apercevoir son reflet ?
Gron : Les reflets ce sont des doubles farceurs ?
Rintam : Laisse tomber Gron, ne fais pas attention aux personnes qui nous ressemblent, elles sont inoffensives, contentes toi de ne pas bouger et de t’asseoir.
La chance semblait du côté de Rintam et de ses compagnons vis-à-vis des traquenards et des créatures, car malgré plusieurs heures d’exploration ils ne subirent aucun péril. Cependant Elilim perdait quand même patience. Il espérait que l’ambitieux se rende compte rapidement que sa quête était normalement vouée à l’échec, mais il s’obstinait envers et contre tout.
Elilim : Cela fait plus de trois heures que nous cherchons sans résultat, je propose de faire une pause.
Rintam : Continuons encore un peu, je sens que nous approchons du but.
Elilim : Cela fait la trentième fois que vous dites cela, j’en ai marre, je m’arrête un peu. De plus on irait plus vite si vous cessiez d’admirer votre reflet.
Rintam : Ce n’est pas de ma faute, si ma beauté est incroyable, d’ailleurs je trouve que je fais preuve de force de caractère, je dirais même d’héroïsme. Je n’ai passé qu’une heure sur trois à me contempler.
Elilim : Ah oui, je me rappelle d’une chose importante sur la salle infinie. Des monstres y apparaissent par moment.
À peine Elilim l’archimage eut fini sa phrase qu’un cri de monstre se fit entendre. Ce n’était pas un ou deux monstres qui se dirigeaient vers l’archimage mais cinq. De plus les créatures malveillantes qui en avaient après lui, étaient très redoutables bien que leur aspect soit déconcertant. Les monstres arboraient une apparence chétive, leur taille était d’environ vingt centimètres, et ils ne s’avéraient pas armés. De plus ils semblaient dépourvus d’attributs naturels dangereux, comme par exemple les crocs ou les griffes. Ils avaient un aspect proche de l’humain, du maquillage blanc sur tout le visage, un nez rouge à la consistance qui rappelait le plastique, des chaussures très longues, qui semblaient disproportionnées pour la taille de leurs pieds, des pantalons bouffants et trop larges, qui ne tombaient pas par terre grâce à des brettelles.
Gron le gobelin pour une fois estima la partie facile et, se dirigea vers les créatures dans l’intention de les taper, mais Elilim retint le gobelin. En effet les monstres présents actuellement dans la salle infinie, faisaient partie des pires cauchemars des aventuriers, ils étaient considérés comme le pire péril de la salle. Les clownators n’avaient pas beaucoup de force physique, et agissaient plutôt lentement. Mais ils disposaient de pouvoirs de magie noire très puissants. Un seul clownator pouvait tenir tête sans problème à un roi-démon. Alors cinq c’était un danger que seul un fou inconscient affronterait en connaissance de cause.
L’archimage pendant une seconde se dit que c’était totalement vain de chercher à prendre les jambes à son cou, car seul un héros de légende serait apte à survivre face aux terribles clownators. Puis son instinct de survie reprit le dessus. Si Elilim flanchait, il y avait une forte probabilité que Rintam abandonne la quête pour emprisonner Abigor. Alors le monde de Gerboisia serait condamné.
Rintam : Que chacun prenne un miroir sous le bras, on fuit. Mais que fais-tu Gron ?
Gron : Bah j’obéis aux ordres, je laisse fuir mon urine, je me fais pipi dessus.
Rintam : Rah, tu m’énerves Gron, prends avec tes mains un miroir, et suis moi.
Elilim l’archimage courrait moins vite que ses compagnons. Comme il était derrière il serait la première victime des clownators, si ceux-ci décidaient de passer à l’attaque. Et ils désiraient ardemment consommer la chair de personnes. Ils mangeaient à leur faim quotidiennement, mais ils aimaient beaucoup s’empiffrer en mangeant des gens.
Alors Elilim décida de tenter le tout pour le tout, il allait sacrifier son essence de vie afin de pouvoir recourir à des sorts normalement clairement au-dessus de sa puissance habituelle. Ce geste signifierait sans doute qu’il finirait à l’état de cadavre, mais l’archimage estimait qu’il n’avait pas le choix. Soit il se dévouait, soit son trépas et celui de ses camarades était quasiment certain d’après lui.
Aussi il commença à réciter une formule magique qui l’affaiblissait physiquement, mais décuplait son potentiel mystique. Il espérait que son sacrifice servirait à quelque chose, car connaissant la puissance des cinq ennemis, ce n’était pas sûr que des mesures extrêmes suffisent à l’emporter.
Gron avait un caillou dans une chaussette, et voulait avoir une excuse pour s’en acheter de nouvelles, donc il balança son vêtement de pied derrière lui. Ce comportement étonna au plus haut point les clownators, les poussa à examiner la chaussette lancée.
Elilim fut tellement étonné par le comportement de Gron qu’il stoppa net son sort. Ainsi le coup de la chaussette, et le fait que l’archimage arrêta de recourir à la magie, pétrifia les clownators. Ces derniers s’imaginèrent que Gron devait être une personne terrifiante, qu’il maniait des forces mystiques surpuissantes pour convaincre un archimage de lui faire confiance.
Certes le comportement de Gron paraissait original, mais il devait s’agir d’un moyen d’endormir la vigilance de ses adversaires. Alors les clownators par prudence optèrent pour cesser la poursuite, et mener une longue étude sur la chaussette sans pouvoir de Gron.
Grâce à une chance insolente Rintam et ses deux camarades échappèrent à la mort, et purent quitter vivants la salle.
Elilim : Je ne veux pas retourner dans la salle. Si nous n’avons pas avec nous le miroir enchanté, Rintam vous paierez dix pièces d’or à Cérumane.
Rintam : Je ne paierai, que si vous participez financièrement à l’achat du parchemin.
Elilim : Entendu, mais en retour vous ne marchanderez pas.
La chance cela allait et venait, ainsi quand Rintam et Elilim montrèrent leur miroir, ils constatèrent qu’ils n’avaient pas l’objet demandé.
Cérumane : J’ai le regret de vous dire que ni vous Rintam, ni vous Elilim ne détenez le miroir enchanté.
Rintam : Gron tu n’as pas de miroir sur toi par hasard ?
Gron : Non mais je sens quelque chose au niveau du ventre c’est bizarre.
Rintam : Déshabilles toi Gron.
Gron : Je vous aime beaucoup maître, mais je n’ai pas envie de vous faire l’amour.
Rintam : Je veux juste que tu enlèves ta veste.
Gron : Vous fantasmez sur les vestes ?
Rintam (menaçant) : Bon assez discuté, remets moi ta veste tout de suite !
Gron : Juste pour savoir maître, vous vous contentez d’embrasser les vestes, ou vous avez des relations plus intimes avec elles ?
Rintam (plein de colère) : Obéis ou je te foudroie !
Finalement le gobelin reconnut la menace, et cessa de tergiverser. Donc il remit sa veste sans chercher à faire de nouveaux commentaires.
Rintam : Gron espèce d’abruti, tu avais caché entre ta veste et ton pantalon un petit miroir.
Gron : Ah oui j’avais oublié que j’avais caché un miroir là.
Rintam (exaspéré) : Cela fait moins de vingt minutes, que nous avons quittés la salle infinie !
Cérumane : Félicitations, vous avez finalement acquis le miroir enchanté. Comme convenu je vais vous faire en échange, un parchemin de capture démoniaque.
Elilim et compagnie retrouvèrent peu après avoir reçu le parchemin, une créature redoutable. Le lac à côté d’eux risquait de se teindre de sang rouge.
Rintam eut la joie de voir que pour ce qui serait probablement sa dernière confrontation, il se débrouillait mieux que d’habitude. Ainsi il parvint à concentrer une puissance considérable lors d’un sort sans valdinguer trop fort. Il fut éjecté à trente centimètres de distance, mais il pourrait peut-être toucher sa cible et lui faire mal en effectuant trois à quatre essais.
Abomination : Comme on se retrouve, cette fois je ne vais vraisemblablement pas vous épargner, mais je suis tout de même d’humeur joueuse. Je vous laisse un délai de dix minutes, pour vous préparer à m’affronter.
Rintam : Il nous faut un bon plan si on veut avoir une chance de triompher. Je peux invoquer des créatures pour distraire l’Abomination.
Elilim : Moi je vais bombarder avec mes meilleurs sorts offensifs notre ennemi.
Gron : Très bien moi je vais broder des napperons.
Rintam (en colère) : En quoi des napperons nous seront utiles Gron ?
Gron : À décorer nos tombes.
Rintam (énervé) : Gron tu as intérêt à courir vite, sinon tu seras pulvérisé.
Abomination : Je suis intéressé, j’adore les jolis napperons, si tu me donnes satisfaction Gron, je vous épargnerai tous les trois.
Gron fit de superbes napperons, comme promis l’Abomination le laissa lui, son maître et Elilim s’en aller sains et saufs.
Rintam : Quelle est la prochaine étape de notre périple ?
Elilim : Il faut utiliser une encre spéciale sur le parchemin. Je conseille de recourir à de l’encre de martosa, une plante qui pousse en Gaulie dans les forêts d’Arique.
Rintam : Très bien en route pour l’Arique alors.
???? : Attendez.
Elilim (angoissé) : Oh non, pas lui.
