Chapitre 25-2 – Tunnel
Rintam et ses compagnons arrivèrent sans incident devant la porte de Bombir qui présentait une particularité. En plus de son trèfle à quatre feuilles gravé dessus, elle était la seule porte dorée de l’étage. Et il ne s’agissait pas d’une simple couche d’or, c’était toute la porte qui fut fabriquée avec du métal jaune. Ainsi Rintam l’avare subissait un dilemme affreux dans son esprit, devait-il tuer tout de suite Bombir, ou alors emporter chez lui, la porte de la chambre.
Certes en agissant de cette manière, il favorisera un état d’alerte générale, mais d’un autre côté laisser passer une occasion splendide de s’enrichir navrait profondément le cœur du radin. D’accord cela ressemblait à un acte profondément idiot après tous les efforts fournis de renoncer à de glorieux projets de conquête, juste pour une porte. Cependant une porte en or pur vingt-quatre carats, c’était quand même une sacrée tentation contre laquelle il était difficile de résister.
Surtout que Rintam semblait complètement hypnotisé par la présence de la porte près de lui, il négligeait progressivement de réfléchir, et il tendait la main pour arracher de ses gonds la porte. Il réalisa qu’il manquait de force pour arriver à effectuer la performance physique de décrocher la porte. Ce n’était pas grave, il louerait les services des ogres qui travaillaient dans la tour. Certes il essayerait de passer par les services d’ennemis, mais ce n’était pas grave il se sentait d’humeur très charismatique.
Et puis il fallait tout tenter pour s’approprier la porte en or. Ce serait une erreur grave d’après l’avare de se désintéresser d’une occasion d’augmenter généreusement sa fortune personnelle. Bien sûr Rintam était conscient qu’il aurait sans doute de graves problèmes à gérer en agissant ainsi, mais il s’en moquait, seul lui importait la belle porte.
Rintam : On tuera Bombir plus tard, d’abord on emporte la porte de sa chambre.
Décurion : Si Bombir meurt, vous aurez accès à une montagne d’or.
Finalement Rintam redevint raisonnable suite aux mots du décurion, il abandonna son envie de faire le mariole pour une porte en or.
Décurion : Bon je toque sur la porte suivant le code de sécurité.
Le moment était rempli d’attentes et de promesses, si Rintam et ses alliés triomphaient ils mettraient la main sur de nombreux secrets mystiques majeurs. Tous trois pourraient accéder au rang de légendes vivantes, devenir des conquérants de pays entiers. Bien sûr avant de pavoiser il était nécessaire de l’emporter, ce qui n’était pas forcément évident. Le stress pesait sur le groupe.
Rintam avait une sensation de bouche sèche à cause de l’anticipation, bientôt il mettrait un coup final contre un dangereux rival, ou il finirait mort. Quant au décurion il devait faire des efforts de mémoire sous le coup du stress pour se rappeler le code correct fait de tocs sur la porte. La responsabilité qui pesait sur ses épaules le faisait souffler à intervalle régulier. Une erreur même minime de sa part signifierait des ennuis potentiels monstrueux. Il s’apprêtait à passer à l’action quand soudain la terreur s’imprima sur le visage de Gron. Alors le décurion angoissa fortement, il avait peur que lui et ses deux autres camarades soient repérés, ou alors le gobelin remarqua avec ses sens magiques qu’un traquenard impitoyable leur tomberait bientôt dessus.
Gron : Attendez il me faut aller faire pipi.
Décurion : Rah Gron ce n’est pas le moment, nous allons bientôt affronter un ennemi dangereux.
Gron : D’accord mais il faut que je me soulage, et que je touche du papier toilette, sinon je vais vous attaquer sauvagement.
Décurion : Pardon ?
Gron : Quand je suis éloigné trop longtemps du papier toilette, je deviens fou furieux.
Décurion : C’est quoi ce délire ?
Gron (haletant) : Vite il me faut du quadruple épaisseur, je lutte mais j’ai du mal à être lucide. Je suis à bout.
Ainsi Gron s’avançait avec un regard inquiétant vers le décurion, il était prêt à hurler pour réclamer du papier toilette.
Heureusement Rintam avait prévu le coup, après avoir distribué quelques feuilles à Gron histoire de le calmer. Et il fallait avouer que les effets du papier toilette sur le gobelin étaient spectaculaires, dès qu’il toucha une feuille il reprit des couleurs et sa respiration devint plus calme et détendue. Après quelques secondes d’étonnement le décurion exécuta le code sonore sur la porte, soit deux tocs faibles, deux tocs forts et quatre petits tocs.
Bombir : Que se passe t-il Izno ?
Bombir ouvrit la porte de sa chambre en étant assez contrarié, il essayait un nouveau lapin en peluche particulièrement moelleux et doux, donc il ne voulait pas être dérangé.
Rintam : Meurs Bombir.
Rintam l’ambitieux relâcha les forces mystiques qu’il canalisait depuis plusieurs minutes dans un éclair, il s’agissait du sort offensif le plus puissant de son existence. Pourtant Bombir encaissa sans broncher l’enchantement. Il traita comme une menace absolument négligeable le pouvoir d’attaque usé contre lui. Il laissa deux secondes se passer sans bouger, et en croisant les bras pour bien instiller le désespoir chez ses ennemis. Puis après avoir supporté pendant dix secondes, des attaques à coup d’épée, des tentatives de meurtres avec une dague, des sorts d’éclairs magiques, d’enchantements de froid extrême, et de boules de feu, Bombir décida de passer à l’offensive.
Bombir : Paralysus, sécuritus anti-magus. Impressionnant tu n’es pas immobilisé par mon enchantement Rintam, mais à ta place je me rendrai quand même.
Rintam : Hors de question, je vais m’occuper de ton cas. Je vais te tuer avec un sort de destruction massive. Flash final.
Rintam allait recourir à un enchantement aux conséquences cataclysmiques. S’il parvenait à ses fins, la région où il se trouvait finirait dans un triste état. L’ambitieux engendrerait une dévastation catastrophique pour des milliers de personnes, vu qu’il détruirait des dizaines de villages, et causerait la démolition complète de quelques villes. Cependant Rintam ne voyait qu’un sort susceptible de provoquer des ravages massifs comme moyen de remporter la partie, de se débarrasser de Bombir son rival. L’heure n’était plus à l’élégance et à la ruse, mais à la brutalité. Néanmoins tout ce que produisit l’ambitieux se limita à une petite sphère de lumière avec la capacité d’éclairage d’une bougie.
Bombir : J’ai lancé deux sorts récemment, un pour paralyser, et un autre qui limite considérablement les pouvoirs offensifs des mages ennemis. À mon tour d’attaquer, par le sommeillus, dormez.
Rintam et ses compagnons essayèrent de résister de toutes leurs forces à la torpeur les envahissant, mais le sort ennemi avait une force irrésistible. Le premier à s’endormir profondément fut Gron, le deuxième à succomber au sommeil s’avéra Rintam, enfin le dernier à partir vers le songe fut le décurion. Il se montra d’une volonté tenace, il fallut près de trente secondes avant qu’il ne tombe de sommeil. Ce qui était en soi une belle performance, en effet il parvint à supporter un pouvoir qui endormait en normalement dix secondes au maximum.
Quand Rintam et ses acolytes se réveillèrent, ils s’aperçurent qu’ils étaient immobilisés par des chaînes de fer noir qui les empêchaient de recourir à la magie, dans une salle remplie de symboles ésotériques gravés sur des murs en or, tandis que le sol et le plafond se révélaient en argent. Les étoiles à cinq branches, ainsi que les représentations de lune faisaient partie des symboles les plus répandus de l’endroit.
Rintam : Où suis-je ?
Bombir : Dans l’étage des sacrifices, c’est l’endroit de ma tour où je vends des âmes en échange de capacités mystiques et de richesses. Avez-vous une dernière parole avant de mourir, et de passer l’éternité dans un Enfer où vous subirez d’atroces tourments ?
Rintam : Quel dommage qu’un génie tel que moi périsse.
Gron : Ah dada sur mon bidet quand tu trottes, il est trop laid.
Décurion : Je n’ai rien à dire.
Bombir : Bon dans ce cas, préparez-vous à rencontrer les juges de l’au-delà.
Ouragan : Cela m’étonnerait, je refuse que mon fils trépasse.
L’intervention d’Ouragan permit à Rintam et ses deux compagnons d’être libérés de leurs chaînes, au moyen d’un sort de destruction du métal, mais le désespoir subsistait, tant était grande la puissance magique de Bombir.
Bombir : Comment comptes-tu m’empêcher de réaliser mon dessein ?
Ouragan : En vous tuant Bombir.
Bombir : Tu prends tes rêves pour des réalités.
Ouragan la mère de Rintam, fut vaillante et déterminée, mais elle affrontait un adversaire bien au-dessus de ses forces, il suffit à Bombir de murmurer un mot de pouvoir pour immobiliser son adversaire. Il ne déploya même pas un dixième de sa puissance, mais cela suffit à paralyser complètement Ouragan.
Gron : Ne craignez rien maître, je vais nous sauver, j’ai sur moi l’arme absolue, le piou piou zozoteur méchant.
Tout le monde fut saisi d’étonnement aux paroles de Gron. Cela lui laissa le temps d’activer sa machine, une réplique d’un poussin mais il commit une erreur de calcul. Sa création métallique peinte en jaune envoyait des rayons mortels par le cul, et il se plaça derrière elle. Heureusement le décurion anticipa à temps la tragédie, il plongea pour sauver son ami, et lui éviter d’être incinéré par une lumière mortelle projetée par le poussin factice.
Décurion : Tires un deuxième coup Gron.
Gron (désolé) : Ma machine ne peut envoyer qu’un rayon par jour.
Décurion : Et pourquoi tu t’es mis en danger d’abord ?
Gron : J’ai connu un instant de confusion, je ne savais plus faire la différence entre le bec et les fesses tellement j’avais l’esprit pris par une question importante.
Décurion : Et c’est ?
Gron : Est-ce que l’hirondelle continue à être plus rapide que le moineau, si on lui attache aux pattes une noix de coco ?
Pendant que le décurion se retenait d’étrangler Gron, de son côté Bombir commençait à se remettre de sa stupéfaction, et fit une offre à Gron.
Bombir : Bravo Gron tu es un ingénieur doué, grâce à mes pouvoirs de voyant je sais que c’est toi qui as conçu de a à z ton piou piou. Je suis prêt à t’épargner en échange de ton allégeance.
Gron : Jamais !
Bombir : Je te laisse dix secondes pour changer d’avis.
L’orbe de toute-puissance envoya un message télépathique au décurion. Même si Caius doutait de l’utilité de l’information, il se dit que c’était peut-être un moyen de se sortir de la misère.
Décurion : Bombir je connais votre nom secret, c’est Teddy Nounours.
Bombir : C’est pas vrai, personne ne devrait encore connaître ce secret honteux. Je suis vraiment maudit.
L’intervention du décurion plongea dans un tel état de désarroi Bombir qu’il relâcha profondément sa concentration, qu’il négligea gravement ses défenses magiques, qu’il devint pendant quelques secondes une cible très vulnérable. Cela offrit à Ouragan de la liberté de mouvement, et une splendide occasion de contre-attaquer.
Ouragan : Meurs Bombir.
Bombir tenta désespérément de parer l’éclair magique invoqué contre lui, mais il s’avérait dans un tel état de confusion mentale, qu’il se trompa dans ses sorts, au lieu de générer un bouclier magique, il fit pleuvoir des chaussettes rouges à l’intérieur de sa tour. Ainsi il se fit transpercer par l’attaque de son ennemie. Il essaya ensuite de se soigner avec un enchantement, mais il se trompa encore une fois de sort, au lieu de guérir il provoqua une usure accélérée de ses chaussettes, ainsi ses vêtements de pied avaient maintenant besoin d’être recousu, par contre son hémorragie interne persistait. Mais avant de mourir Bombir essaya de se venger, il se concentra de toutes ses forces, et il se prépara à invoquer une terrible malédiction surnaturelle.
Seulement des pensées parasites l’assaillirent, et Bombir rata à une nouvelle reprise. Il ne causa pas de tourment chez ses adversaires, plutôt l’envie de rire, car il généra l’apparition d’un trou de la taille d’un ongle de pouce au niveau de leurs chaussettes.
Bombir : Argh je succombe, je suis mort.
Ouragan : Détourner son attention d’un combat est vraiment stupide. Bon il est temps de partir de cet endroit, Douceur.
Rintam : Merci d’être intervenue maman.
