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DOOM DREY CIRCLE
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Chapitre 3 – Le Test
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Le lendemain matin, Lucas et moi nous rendîmes dans un quartier de Malbour appelé « Dias ». Dans la langue carnique, ce mot signifiait « danse ». C’était un bel endroit, dont l’atmosphère paisible contrastait radicalement avec la criminalité étouffante du bidonville. Nous marchâmes jusqu’à une église dédiée à la déesse Duali. Une fois à l’intérieur, Lucas brisa le silence et s’écria :

— Dorga volantis arba fel.

À ces mots prononcés en carnique, un homme s’avança vers nous. Il portait des habits d’un blanc immaculé sous un grand manteau rouge. Ses cheveux étaient d’un bleu clair unique, sa peau d’une pâleur extrême, et ses yeux… ses yeux étaient complètement gris. En le détaillant, je compris aussitôt qu’il s’agissait d’un Astharté. C’était l’une des sept races qui composaient notre monde, et les rumeurs disaient qu’ils avaient été maudits par la déesse Duali en personne.

L’homme s’approcha et s’adressa à Lucas, toujours dans cette langue qui m’était étrangère :

— Dow Lucas, raj qui fel ar sal sev ?

Lucas lui répondit, une expression de profonde tristesse peinte sur le visage :

— Non, cal donne dow fel coros.

Je ne compris strictement rien à leur échange. Soudain, l’Astharté posa son regard gris sur moi. Un sourire s’étira sur ses lèvres alors qu’il interrogeait à nouveau mon ami :

— Dow Lucas, dei marma ?

Lucas resta figé un instant, puis murmura :

— … Oy.

À présent, l’homme se rapprochait de moi, retrouvant une attitude d’une politesse irréprochable.

— Veuillez m’excuser, dit-il. Mon nom est Déva Callis. Enchanté. Lucas m’a dit que vous étiez amis et, surtout, que vous vouliez rejoindre notre arya.

En carnique, arya signifiait « famille ». Rassuré par son ton chaleureux, je répondis sans méfiance :

— Bonjour, mon nom est Drey. Et oui, je veux rejoindre Eresboros.

À la seconde où ce nom franchit mes lèvres, le visage de Déva Callis s’assombrit brutalement. D’un mouvement d’une vitesse surhumaine, sa main fendit l’air et se referma violemment sur ma gorge. Il me souleva, ses yeux gris ancrés dans les miens.

— Qu’est-ce que tu viens de dire, hein ? siffla-t-il, sa voix suant la menace. Qui t’a donné l’autorisation de prononcer ce nom ?

L’énergie qui s’échappait de lui était sinistre, lourde, presque surnaturelle. Tout mon être fut instantanément paralysé par la terreur et la pression qu’il dégageait. Rassemblant le peu de force qu’il me restait, je parvins à articuler péniblement :

— Dé… so… lé…

Il s’arrêta net, me relâchant d’un coup sec. Je m’écroulai sur le sol de l’église, haletant, tentant de retrouver mon souffle. Déva Callis me jaugea alors avec une pointe de curiosité, son sourire de façade revenant sur ses lèvres.

— Hmmm… Excuse acceptée. Bien, vu que vous êtes poli, nous allons pouvoir vous faire passer ce test ! Lucas, donne-lui la picto-carte.

Lucas sortit de sa veste une petite carte dorée accompagnée d’une aiguille, puis me la tendit. Son regard restait fuyant, comme si la présence de Déva lui ôtait le droit de parler. En voyant l’objet, je devinai la marche à suivre. Sans hésiter, je me piquai le bout du doigt. Dès que mon sang perla et toucha la surface dorée, la carte s’agrandit soudainement, révélant des points rouges lumineux.

— Votre tâche est simple, m’expliqua Déva. Sur cette carte, vous trouverez les emplacements de plusieurs établissements à qui nous livrons certains de nos « produits ». Votre rôle sera tout simplement d’aller encaisser l’argent qu’ils nous doivent. Je vous donne une semaine pour réunir les fonds. Bien sûr, vous devrez effectuer cette tâche seul. Et en cas d’échec de votre part… vous mourrez.

Restant de marbre malgré ce deuxième coup de pression, je soutins son regard et répondis :

— Très bien. D’ici une semaine, je vous rapporterai votre argent.

— Parfait. Oh, un dernier conseil : n’hésitez pas à être dur, sinon vous ne pourrez pas réussir.

Sur ces mots, lui et Lucas se levèrent, pivotèrent et s’en allèrent, me laissant seul.

Après cette entrevue, je retournai dans ma cachette, située dans les recoins misérables et sombres du bidonville, afin d’inspecter plus en détail la carte. Elle indiquait précisément quatre points rouges. Le premier fut une boutique nommée « Crossfield », qui vendait des artefacts et des équipements pour les chasseurs. Le deuxième indiqua un orphelinat. Le troisième fut un entrepôt de la Guilde Marchande Noire et, enfin, le dernier fut une petite ferme près du quartier Dias.

Le lendemain, je me mis en route pour commencer mon recouvrement par la boutique Crossfield. Le propriétaire des lieux était un homme corpulent, aux joues bouffies et au visage aux traits d’animal. Un hybride. Je m’avançai vers le comptoir, me rappelant le code.

— Bonjour monsieur. Je suis un ami des ombres. Elles m’envoient car elles ne sont pas satisfaites.

L’hybride me dévisagea de haut en bas, un sourire méprisant aux lèvres :

— Et qu’est-ce que les ombres me veulent ?

— Vous n’avez pas versé la part qui leur revient, répliquai-je froidement. Alors, elles l’exigent.

L’homme changea brusquement de visage, simulant la surprise :

— Hum… Je vois. Je n’avais pas fait attention au jour qui passait. Attends-moi là, je reviens.

Il s’enfonça dans l’arrière-boutique. En le voyant filer si docilement, je me détendis un peu, pensant que cette mission serait finalement bien plus facile que je ne l’avais imaginée.

Soudain, un bruit sourd me tira de mes pensées. Boum ! L’hybride surgit de la pièce obscure, brandissant une lame immense. D’un coup sec, il projeta son arme sur le comptoir, fracassant le bois dans un fracas terrible. Par hasard, mes réflexes payèrent et je réussis à esquiver de justesse en plongeant en arrière. C’était la première fois de ma vie que je faisait face à une arme blanche capable de me découper en deux.

Les assauts se succédèrent à un rythme effréné. À chaque coup, l’hybride brisait un morceau du mobilier. Je tentais tant bien que mal d’esquiver, mais l’espace était trop restreint, la situation trop complexe. Puis, ses mouvements commencèrent à ralentir. L’homme s’essoufflait sous le poids de sa carrure imposante.

Pensant tenir mon occasion, je me ruai vers lui pour lui asséner un coup de pied à la clavicule. Erreur fatale. À peine fus-je à portée que sa poigne puissante se referma sur ma gorge. D’un geste brusque, il me souleva avant de me projeter violemment contre le plancher.

Le choc fut terrible. J’étais étalé par terre, complètement sonné. L’instant d’après, l’hybride leva son épée, prêt à me l’enfoncer en plein cœur, un sourire sadique déformant ses traits de bête. C’est à ce moment précis, face à la mort, que je pris conscience de la réalité : j’allais vraiment mourir.

Au moment exact où la lame fendit l’air, mon corps réagit par pur instinct de survie. Je pivotai sur la droite. L’acier s’enfonça dans le sol, juste à côté de ma tête. Endurant la douleur, je me relevai péniblement pour battre en retraite, mais le propriétaire fut plus rapide. Il me rattrapa près du comptoir détruit, me saisit à nouveau et me souleva à bout de bras.

— Tu vas mourir, souffla-t-il simplement.

En entendant ces mots, une image traversa mon esprit avec la force d’un éclair : l’homme au tatouage.

Quelque chose choisit de se briser en moi. Mon corps se relâcha d’un coup. Rassemblant mes toutes dernières forces, je feignis l’abandon avant d’exploser. Je me libérai de son étreinte par surprise. Mes yeux se posèrent sur une lame gisant au sol parmi les débris. Je la saisis et, d’un geste d’une rapidité fulgurante, je l’enfonçai de toutes mes forces dans le coin de la gorge du propriétaire.

Le corps massif de l’hybride trembla un instant avant de s’écrouler lourdement sur le sol. Le silence retomba aussitôt dans la boutique brisée, lourd, absolu.

Je me redressai péniblement. Étrangement, je n’avais aucun remords. Mon esprit était clair. Il ne me restait plus qu’un seul objectif : trouver l’argent.

Je commençai à fouiller partout, retournant les débris. En me dirigeant vers l’arrière-boutique, mes yeux tombèrent sur un coffre-fort béant. Presque vide. L’argent, ainsi que les affaires de l’homme, avaient déjà été rassemblés dans une poche déposée juste à côté.

Je la saisis et me mis à réfléchir.

(Sans doute comptait-il s’échapper juste après m’avoir tué, pour fuir l’organisation…)

J’attrapai la poche et me dirigeai vers la sortie, jetant un dernier regard froid au corps gisant sur le sol. Une dernière pensée m’effleura l’esprit avant de franchir la porte.

(S’il avait survécu, il se serait enfui et j’aurais échoué… J’ai pris la meilleure décision. Du calme. C’est le chemin que j’ai choisi.)



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