Chapitre 25-1 – Tunnel
Après avoir enduré l’affrontement avec cinquante ennemis, et survécu à quarante pièges, Gron en avait plus que marre, c’est alors qu’il eut une idée.
Rintam : Que fais-tu Gron ?
Gron : Je creuse un tunnel avec ma cuillère.
Rintam : Il te faudra des siècles pour sortir du Labyrinthe maudit si tu creuses avec un ustensile de cuisine.
Gron : Pas nécessairement, je crois qu’en cent neuf, cent dix ans j’aurai atteint mon objectif.
Rintam : Un gobelin est considéré comme très vieux, s’il atteint l’âge de soixante ans. Tu ne réussiras jamais de ton vivant à finir ton tunnel.
Gron : Dans ce cas, je confierai à mes descendants le soin de terminer ce que j’ai commencé.
Rintam : Tu t’imposes une tâche immense et complètement débile.
Gron : Donc les taches cela peut servir à creuser, je ne savais pas. Si je me couvre le corps de saleté, j’irai peut-être plus vite.
Rintam (en colère) : C’est toi la tache, tu es vraiment trop bête !
Gron : Vous avez raison.
Rintam : Ah il y a un peu de discernement en toi, c’est bien.
Gron : Avant de creuser je dois me laver, c’est insupportable pour moi d’avoir le titre de tache.
Quelques baffes plus tard, Gron renonça à ses débilités. De son côté le décurion découvrit une heure plus tard des machines particulières dans une salle. Les appareils prenaient la forme d’un cercle de métal haut de trois mètres avec à l’intérieur des éclairs d’énergie verts et rouges. Il s’agissait de reliques extrêmement précieuses et d’une valeur considérable, cependant de par leur poids extrême personne n’essaya de les transporter hors du Labyrinthe.
Un morceau d’un millimètre d’un téléporteur pesait au minimum une tonne. Quant à déplacer les machines grâce à la magie cela s’avérait une tâche quasi impossible. Les appareils bénéficiaient de sorts de protection vicieux, user de magie pour les transporter entraînait souvent des conséquences tragiques. La salle était remplie de personnes avides transformées en statues de pierre par la faute de la malédiction véhiculée par les téléporteurs, quand quelqu’un tentait d’en déplacer un au moyen d’un sort.
Problème Rintam devait lutter contre un accès de cupidité, il désirait ardemment rapporter dans son donjon les machines afin de les étudier. Entendu personne n’arriva au cours des trois derniers millénaires à ne faire bouger seulement d’un pouce les appareils. Mais l’ambitieux n’était pas n’importe qui, il était l’incarnation de l’intelligence à l’état pur.
Donc il serait tout naturel qu’il réussisse là où beaucoup d’autres personnes échouèrent. Il allait lancer un enchantement de déplacement pour amener les téléporteurs chez lui, quand il eut un accès de gentillesse. S’il ratait son coup, Gron et le décurion seraient victimes d’une transformation en sculpture. Alors Rintam décida de reporter à plus tard sa tentative, il essayerait aussi de se documenter au maximum sur les téléporteurs.
Décurion : Qu’est-ce que c’est que ces machines ?
Rintam : Il s’agit de téléporteurs, des machines qui peuvent transporter sur de longues distances instantanément. Cependant les téléporteurs du Labyrinthe maudit ont tendance à jouer de sales tours, ils peuvent provoquer l’apparition de mutations gênantes comme des ailes atrophiées, un troisième œil, une queue, et plein d’autres choses désagréables, même si parfois le bénéfice qu’ils apportent est grand.
Décurion : Quelles sont les choses positives, que donnent de temps à autre les téléporteurs de ce labyrinthe ?
Rintam : L’immunité aux maladies, la jeunesse éternelle, une capacité de régénération telle qu’un bras coupé repousse en quelques secondes. Mais à ta place je n’essayerais pas, les chances qu’il t’arrive une déconvenue sont bien plus fortes que celles d’obtenir un gain.
Gron : Je veux essayer les téléporteurs, comme je suis chanceux en ce moment, je pourrais obtenir une troisième main sur le ventre.
Rintam : Pour la majorité de tes congénères gobelins tu seras monstrueux, si tu possèdes une troisième main.
Gron : Peut-être mais d’un autre côté je serais classe.
Rintam : Cites moi un seul avantage à avoir une troisième main sur le ventre.
Gron : Cela permet quand on achète un pantalon trop large, qu’on a les deux mains occupées et pas de ceinture ou de corde d’empêcher le pantalon de tomber.
Rintam : Gron tu es désespérant, je t’interdis de t’approcher des téléporteurs, c’est bien compris ?
Décurion : Maître je sais que cela a l’air idiot, mais je crois que nous retirerons un grand bénéfice si nous empruntons les téléporteurs.
Rintam : Qu’est-ce qui justifie ton raisonnement ?
Décurion : Je suis prêt à parier ce que vous voulez que les téléporteurs sont vitaux pour nous. J’ai la certitude absolue que nous risquons gros, si vous ne suivez pas mon conseil.
Rintam allait dire non, quand il reçut une impulsion mentale de l’orbe de toute-puissance pour accepter les propos de Caius. Cet objet ne pouvait pas blesser ou tuer qui que ce soit. D’ailleurs en agissant pour influer l’esprit, elle activa un protocole de sanction de son créateur. Elle reçut une décharge de douleur très intense. Cependant l’orbe détestait de tout son cœur son ancien propriétaire nain. Et même si elle n’aimait pas trop la mégalomanie de Rintam. Elle préférait pour l’instant de loin son comportement. Donc elle choisit d’apporter sa contribution à la victoire de l’ambitieux.
Rintam : Un pressentiment c’est mince comme raison pour risquer sa vie, mais d’un autre côté tes intuitions sont généralement justes. Alors je vais te faire confiance. Cependant si tu es dans l’erreur et que je survis, tu peux faire tes prières.
Décurion : Si je vous nuis gravement, je suis prêt à donner sans hésiter ma vie comme dédommagement.
Rintam : Très bien, avançons donc vers les téléporteurs.
Les téléporteurs étaient de vieux modèles, ainsi Rintam et ses acolytes mirent plusieurs heures, et non quelques secondes pour voyager Pendant que l’ambitieux bougeait, son rival discutait avec un valet prénommé Izno à l’intérieur d’une salle du trône.
Méchant : Izno, combien de soldats sont prêts à marcher contre le donjon de Rintam ? Je veux des chiffres précis.
Izno : Dix mille orques sont mobilisés, ainsi que mille ogres, et vingt mille gobelins.
Méchant : Où en es-tu de la négociation avec le dragon Mitrar ?
Izno : Conformément à vos ordres j’ai pris contact avec lui, il est d’accord en échange de cent lingots d’or de se joindre à vos forces. Mais n’est-ce pas un peu excessif de demander à un dragon adulte, de combattre une petite pointure telle que Rintam ?
Méchant : En temps normal tu aurais raison, mais si Rintam a percé certains des secrets de l’orbe de toute-puissance, il est devenu beaucoup plus dangereux. Par conséquent il vaut mieux être prudent. Tu t’es arrangé pour que les troupes disposent de machines de guerre ?
Izno : Oui, une vingtaine de canons seront disposés autour du donjon de Rintam. Je dois vous informer que les orques n’ont pas apprécié que vous projetiez d’utiliser des armes à poudre pour la bataille.
Méchant : Je m’y attendais, les orques méprisent les armes récentes, pour eux c’est un déshonneur d’être appuyés par de l’artillerie. Mais je me moque de leurs états d’âme, pour moi l’efficacité compte avant tout. Quel est l’avancement de la machine à tempête ?
Izno : Elle sera prête d’ici à peu près un mois, il s’agit d’un modèle plus puissant que celui des destructeurs de forteresse.
Méchant : Est-ce que toutes les issues du donjon de Rintam sont connues de mes officiers ?
Izno : Oui, Rintam sera dans l’incapacité de s’enfuir grâce au passage secret de son donjon. De plus il est prévu que deux unités d’élite, comportant chacune trois mages de bataille attendent près de la sortie dérobée qu’a aménagée Rintam.
Méchant : Bien, Rintam n’a aucune chance de s’en sortir. Autrement j’ai quelque chose à te montrer, que penses-tu de mon beau bâton ?
Izno : C’est dur et long, mais d’un autre côté on sent de la douceur et de la chaleur. J’ai très envie de l’empoigner, puis-je en disposer pendant une ou deux minutes ?
Méchant : Ne te gênes pas, amuses toi avec.
Izno : Merci maître j’en avais très envie.
Méchant : Je savais que mon nouveau bâton de magie te plairait beaucoup.
Rintam et ses deux serviteurs se retrouvèrent dans une tour carrée remplie de pierres grises. La tour n’avait aucun ornement particulier à première vue, aucune gravure ou décoration pour la façade extérieure. Elle avait quand même un côté remarquable de par sa hauteur de plusieurs dizaines d’étages. En outre elle se caractérisait par le choix d’un emplacement judicieux pour la sorcellerie. Elle fut construite sur un secteur où les vents de magie soufflaient très fort. Ce qui garantissait une hausse notable du potentiel surnaturel des gens travaillant dans la tour.
Par contre il ne semblait pas y avoir de systèmes pour gêner les manipulations mystiques des ennemis. Ainsi Rintam et ses subordonnés bien qu’ils soient des personnes voulant assassiner le propriétaire de la tour, n’étaient pas amoindris, mais au contraire renforcés dans le domaine du lancer de sort par les effets des lieux.
Par exemple Gron pourrait très bien balancer une boule de feu, au lieu de ses ridicules petites flammes qui ne servaient qu’à allumer des bougies. Quand il se rendit compte qu’il pouvait déployer une puissance destructrice inégalée, qu’il serait par exemple capable de produire des éclairs magiques susceptibles de blesser un adversaire, au lieu de simplement le chatouiller, il ne tint pas en place. Il fut un partisan du rentre-dedans, de l’assaut brutal. Il voulut toquer à la porte du propriétaire de la tour pour l’avertir de sa présence, et puis déclencher aussi une alerte générale.
Peut-être aussi envoyer des lettres de provocation à diverses personnalités militaires des parages afin de se coltiner plusieurs armées ennemies qui appuieraient le propriétaire. Et ce n’était pas tout, d’après Gron il fallait aussi inviter des dragons en les menaçant et les insultant de façon bien prononcée afin de les inciter à se jeter dans la bataille. Gron arrêta son délire après avoir reçu une gifle monumentale de la part de Rintam.
Rintam : Voyons voir le paysage, je crois être au bon endroit mais une ultime inspection serait utile. Une forêt sur la droite, une série de collines sur la gauche, de plus je sens une aura intense de magie en rapport avec les forces de la mort, je crois que nous avons atterri dans l’antre de notre ennemi, Bombir l’archimage nain.
Décurion : C’est une très bonne nouvelle, que faisons-nous maintenant ?
Rintam : On entre dans une chambre au hasard, et on torture le plus silencieusement possible son ou ses occupants.
Gron : J’ai l’impression que je vais faire une rencontre intéressante, si je pénètre dans la salle derrière cette porte.
Rintam : A ta place je n’irais pas Gron, il est écrit dortoir des ogres mangeurs de gobelins, si vous êtes un gobelin passez votre chemin, or tu es un gobelin Gron.
Gron : Je risque quelque chose ?
Rintam : Pour les ogres les gobelins sont des casse-croûtes, tu appartiens à la race gobeline Gron, et tu veux pénétrer dans un endroit plein d’ogres par conséquent tu seras ?
Gron : Je ne sais pas, les ogres vont chercher à me faire des câlins ?
Rintam : Je dirais plutôt te manger.
Gron : Ah oui dans ce cas, il vaut mieux pour moi que j’aille ailleurs.
Rintam : Bravo il ne t’a fallu que plusieurs minutes pour comprendre un concept très évident. Tu es tellement énervant que tu me rends marteau par moment.
Gron (sincère) : De quel genre ? Vous vous transformez par ma faute en outil pour bricoler ou en une arme de guerre ? Quoique vu votre tempérament destructeur vous devez vous changer en un sacré marteau génial pour fracasser les crânes.
Rintam : Rah tu m’énerves.
Gron : Donc je suis sur le bon chemin, je dois continuer alors.
Rintam : Hein ?
Gron : On est un peu mal équipé question arme, alors si je peux en ajouter une de plus, notamment un marteau de guerre c’est tout bénéfice.
Alors que Rintam distribuait des baffes à Gron, de son côté le décurion progressait dans ses recherches au moyen de la magie.
Décurion : Essayons cette porte là.
Caius le décurion avant de passer à l’action se mit à réfléchir une seconde, il avait reporté une action essentielle depuis quelques heures. Il devrait peut-être cesser de tergiverser, et céder à sa pulsion. Ainsi il se sentirait sans doute nettement mieux. Certes le moment n’était pas parfait pour s’adonner à des actions égoïstes, mais se libérer d’un poids serait franchement utile. Le décurion en satisfaisant son envie pressante, pourrait arriver à se retrouver dans un état mental optimal. Entendu ses compagnons feraient de drôle de tête, seraient très étonnés par les gestes de leur interlocuteur, et ils demanderaient sans doute des explications. D’accord le moment paraissait peu propice pour couper des fruits, mais il s’agissait d’une activité profondément calmante pour Caius.
Ce dernier ressentait un moment de profond accomplissement quand il réalisait deux coupes bien symétriques, deux moitiés bien égales de pomme. Malheureusement le stress faussait en partie les capacités à bien exécuter sa tâche du décurion. Résultat bien que Caius se soit appliqué le mieux possible, il considéra son action comme anormalement raté, il coupa cinq pommes mais les fruits avaient un voire deux millimètres de décalage entre chaque moitié. Il était assez tenté de se diriger vers les cuisines de la tour pour s’entraîner sur leurs pommes.
Puis il se reprit, il arrêta finalement sa bouffonnerie, et il se contenta d’ouvrir une porte en bois marron, et de tomber sur un serviteur humain habillé d’une robe blanche, qui lui descendait jusqu’aux genoux, c’était apparemment un vêtement pour dormir. Le domestique s’avérait un homme plutôt musclé, mais cela n’empêcha pas ses adversaires après une courte lutte de lui attacher les mains dans le dos, et au décurion de le menacer avec un couteau placé près de la gorge.
Izno : Qui êtes-vous ? Je suis le seul serviteur habilité à travailler à cet étage.
Rintam : On dirait que tu as fait un choix judicieux décurion.
Décurion : Merci maître, maintenant dis-nous où se trouve la chambre de ton maître Bombir ?
Izno : Si vous croyez que je vais vous dire où mon maître dort, vous rêvez.
Rintam : Dis plutôt que tu ne sais pas où il dort, serviteur de troisième ordre.
Izno (en colère) : Mon maître sommeille au rez-de-chaussée, dans une chambre dont la porte a pour particularité une gravure de trèfle à quatre feuilles.
Rintam : Merci beaucoup, autrement est-ce qu’un sort ou un piège protège l’étage où dort ton maître ?
Izno : Je ne vous dirai rien, vous pouvez me torturer, je serai muet comme une tombe.
Rintam : Je n’en avais pas l’intention, tu ne me sembles pas un serviteur assez important, pour savoir des détails sur les systèmes de sécurité veillant sur ton maître.
Izno : Si on marche sur le sol au niveau du rez-de-chaussée, un sort d’électricité s’active. Il faut voler grâce à de la magie, ou des ailes pour ne pas finir électrocuté.
Rintam : Je te dois beaucoup, existe-t-il un code nécessaire pour que ton maître ouvre la porte de sa chambre ?
Izno : Vous m’avez eu deux fois mais là je ne vous révélerai rien.
Rintam : Je m’en doutais, un valet tel que toi doit se contenter de laver le sol ou de faire la poussière, il n’a pas accès à des secrets majeurs.
Izno : Ignorant, je suis le seul à savoir qu’il faut toquer trois fois doucement, deux fois fort, et quatre fois doucement pour avoir le droit d’être admis dans la chambre de mon maître.
Rintam : Je ne suis pas le seul à avoir des imbéciles qui me servent, on dirait. Comme tu m’as été très utile, je t’épargne. Par le sommeillus que ma victime s’endorme.
Izno : Je suis un crétin.
Ainsi Izno se mit à ronfler bruyamment. Le décurion prit la peine de le détacher et de le remettre dans son lit pour diminuer les soupçons sur une intrusion. Cela paraissait bizarre qu’Izno soit aussi loquace, mais il y avait une explication logique à ses paroles, il était victime d’un sort de la part de Gron. Même si le gobelin agit involontairement, car il désirait transformer sa cible en papier toilette et non le faire parler. Il avait un besoin pressant de soulager sa vessie.
Rintam : Restons sur nos gardes, le plus difficile nous attend, il faut vaincre Bombir l’archimage. Ce ne sera pas une partie de plaisir, même avec l’avantage de la surprise.
