Chapitre 14-1 – Assaut du village
Gron le gobelin bêta fut guéri des séquelles de son coup à la tête. Toutefois même si sa bêtise avait été amoindrie, le bêta restait capable de grandes prouesses en matière de stupidité. De plus le gobelin en retrouvant son ancien niveau d’intelligence, se remit à faire des cauchemars éprouvants, à craindre les moments de sommeil. Il ne se forçait à dormir que parce qu’ainsi il était plus efficace et productif. Il servait mieux son maître Rintam l’ambitieux, en ayant une nuit de repos.
Cependant la patience et le dévouement de Gron s’avéraient mis à rude épreuve par ses mauvais rêves terribles. Le gobelin peinait à résister à l’envie de se suicider pour mettre fin à ses tourments oniriques. Ses cauchemars le terrifiaient au plus haut point parfois, et son sommeil de mauvaise qualité l’incitait à ressasser pendant des heures des idées noires.
Rintam lui caracolait, il n’avait jamais aussi bien dormi depuis des semaines. De plus il apprenait chaque jour de nouveaux secrets magiques, grâce à l’orbe de toute-puissance. Certains des sorts appris semblaient anodins, comme par exemple l’enchantement de transformation de l’ortie en marguerite. Mais d’un autre côté l’ambitieux acquit des sortilèges très puissants, tel que l’explosion glaciaire, qui permettait de répandre un froid terrible à l’échelle d’un pays. Encore quelques mois et Rintam aurait une puissance suffisante pour défaire sans trop d’efforts des archimages comme Elilim.
Il restait quand même un détail gênant à régler, l’ambitieux obtenait souvent un résultat différent de celui escompté quand il recourait à un enchantement. Ainsi en voulant lire l’aura d’un serviteur, Rintam à la place se jeta un sortilège de danse sur lui-même. Résultat il se mit à danser la polka pendant trois heures. Les aléas magiques de l’ambitieux n’entamaient pas ses ambitions. La volonté de conquête poussait Rintam, à mener un nouvel assaut contre le village de Lofen. L’ambitieux s’adressa à Gron dans la salle des complots. Il était assez joyeux grâce à son projet de campagne militaire.
Rintam : Gron puisque nos forces sont reconstituées grâce à ma campagne de recrutement, nous allons repartir à l’assaut du village de Lofen.
Gron : Il y a un problème, un puissant mage a élu domicile dans Lofen.
Rintam : Même si vingt mages expérimentés se trouvaient à Lofen, je serais quand même vainqueur, puisque personne ne peut rivaliser avec mon intelligence.
Gron : Je propose d’attaquer cette fois de nuit. Les archers ennemis auront plus de mal à viser, et vos orques contrairement aux humains ne sont pas handicapés par l’obscurité.
Rintam : Non nous attaquerons de jour, car j’ai envie de bien voir la peur sur le visage des villageois.
Gron : Mais maître laissez de côté le précieux avantage que nous offre la nuit, risque de nous conduire à la défaite.
Rintam : J’ai appris un nouveau sort, la pluie de feu. Les villageois ne seront plus où donner, aïe de la tête si leur village flambe. Par conséquent les bouseux de Lofen ne pourront pas riposter à l’attaque.
Ainsi Rintam accompagné de pratiquement tous ses soldats orques et de quelques autres serviteurs partirent à l’assaut d’un village. Cette fois l’ambitieux considérait que son attaque serait différente des autres, qu’au lieu de faire rigoler il déclencherait une peur palpable. Lofen n’était pas un site remarquable, en effet il contenait quelques centaines d’âmes, et son importance stratégique aussi bien sur le plan de l’économie que de la politique s’annonçait très mineure. Cependant Rintam tenait quand même à s’emparer de cet endroit, car les villageois prenaient un malin plaisir à organiser des spectacles de marionnettes le ridiculisant.
Alors l’ambitieux comptait démontrer que le temps de l’insouciance était bel et bien fini, et qu’il laissait désormais place à un carnage sanglant. Les murailles de bois du village allaient brûler, ainsi que l’ensemble des maisons de la communauté humaine.
Rintam : Puissances élémentaires je vous invoque, qu’une pluie de feu consume mes ennemis.
Rintam voulut invoquer une pluie de feu sur le village, mais il n’arriva qu’à faire pleuvoir des chaussettes. Ce spectacle était un peu différent de d’habitude, car c’était la première fois que l’ambitieux faisait apparaître des vêtements de pied en masse du côté de Lofen. Même si les rires des villageois commençaient à devenir une routine bien établie.
Gron : C’était voulu le lâcher de chaussettes sur le village ?
Rintam (bafouille un peu) : Oui il s’agit d’une euh stratégie pour que l’adversaire soit surpris.
Gron : Là vous avez pleinement réussi, mais je croyais que vous vouliez réduire en cendres Lofen.
Rintam : J’ai changé d’avis, si le village est détruit par le feu, je perdrais des ressources.
Gron : Vous voulez envoyer à l’assaut les orques ?
Rintam : Non je vais assiéger les lofeniens, si les orques attaquent et qu’ils l’emportent il n’y aura plus grand-chose à piller. Les villageois seront massacrés, le bétail mangé, et les maisons à moins d’être très solides deviendront des ruines. Aujourd’hui c’est le jour de la destruction, d’après leur religion les orques doivent mettre les bouchées doubles en matière de saccage. De plus d’après les renseignements que j’ai obtenus il ne reste plus beaucoup de nourriture à Lofen, d’ici deux jours, les lofeniens commenceront à sérieusement souffrir de la faim.
Gron : Vous pouvez demander aux orques de faire preuve de modération. Ainsi s’ils attaquent maintenant, ils ne détruiront pas le village.
Rintam : Connaissent-ils seulement le sens du mot modération ?
Gron : Une récompense pourrait inciter les orques à se creuser la cervelle.
Rintam : J’ai déjà promis un bonus aux orques, mais je n’ai pas confiance, étant donné, ouille, que ce sont des êtres stupides.
Gron : Quel est le montant du bonus proposé aux orques ?
Rintam : Une pièce de fer.
Gron (ironique) : Ouah quelle générosité, avec une pièce de fer, on peut s’acheter une cuillère en bois.
Rintam : Je sais, je ne peux pas me retenir de donner, ouille, beaucoup à ceux qui sont à mon service.
Rintam choisit surtout de laisser les orques assiéger le village de Lofen, car il ne pouvait plus lancer de sorts majeurs pour aujourd’hui. Sa pluie de chaussettes draina la majorité de ses forces magiques. Il demeurait confiant quand même sur sa capacité à gérer le mage ennemi. Il estimait qu’un magicien qui choisissait un endroit isolé comme Lofen, ne devait pas constituer un grand péril.
Malheureusement Rintam se trompait, le jeteur de sorts du village maîtrisait à la perfection la magie de bataille. Il ne bénéficiait pas d’un grand prestige en s’installant à Lofen, mais il s’en moquait. Il aimait beaucoup le cadre dans lequel il vivait. De plus le village contenait un site sacré, qui avait une influence très positive sur l’évolution des pouvoirs mystiques non liés à la magie noire.
Les villageois rigolaient franchement suite à l’échec de l’ambitieux, mais ils ignoraient leur chance. Si Rintam avait réussi son sortilège, Lofen serait dans un triste état. De plus les troupes de l’ambitieux évoluaient petit à petit.
Sous l’impulsion de Caius le décurion, les orques gagnaient peu à peu en discipline et en cohésion. Ils avaient encore beaucoup à faire avant d’adopter un comportement organisé, mais ils changeaient avec le temps. Par exemple les orques s’entraînaient de plus en plus à l’art de la feinte et de l’esquive. Ils apprenaient à agir subtilement, quand ils rencontraient des escrimeurs doués ils fonçaient moins et réfléchissaient mieux.
Cela n’avait pas été facile pour le décurion de contraindre les orques à modifier leur comportement, il dut faire face à de la contestation, voire de la rébellion. Mais Caius savait flatter, tout en montrant l’exemple sur le champ de bataille. Et surtout il remportait régulièrement les duels de force, l’opposant à des orques contestataires. Dans des circonstances loyales, le décurion n’aurait aucune chance de battre un orque dans un bras de fer. Mais il n’hésitait pas à tricher, à augmenter considérablement ses aptitudes physiques par l’intermédiaire de sorts.
Rintam se trompait quand il espérait que le siège de Lofen serait de courte durée, les villageois firent en cachette des provisions. Alors l’ambitieux changea de tactique au bout de quatre jours, et opta pour un assaut.
Rintam : Orques en prenant d’assaut ce village prospère, vous vous couvrirez de gloire.
Silence opaque.
Rintam : Vous acquerrez de grandes richesses.
Silence opaque.
Rintam : Vous aurez accès à des armes de qualité.
Silence opaque.
Rintam : Vous pourrez violer de belles femmes.
Silence opaque.
Rintam : Vous ferez une provision de canards en plastique.
Orques : Hourra vive Rintam !
Cela paraissait dément que des orques préfèrent les canards en plastiques à la richesse apportée par l’or, mais il y avait une raison logique. Ces êtres pensaient que les canards en plastique permettaient de commuer plus facilement avec leurs divinités. C’était de la superstition à priori délirante, mais la religion s’accompagnait par moment de comportements vraiment cinglés.
Après le discours de Rintam, ses soldats chargèrent. Les habitants du village de Lofen, s’attendaient encore une fois à la victoire. Mais les choses ne se passèrent pas comme d’habitude, les orques menés par Caius le décurion subissaient nettement moins de pertes qu’à l’accoutumée, grâce à l’emploi de boucliers larges et épais en métal. L’ambitieux refusa d’équiper correctement ses troupes, mais le décurion trouva le moyen de compenser son manque de moyens financiers, en attaquant quelques armureries.
Les orques pour l’instant n’admettaient comme protection que le bouclier, mais Caius avait espoir qu’un jour prochain, ses subordonnés se mettent à porter des armures complètes, ou du moins des vestes de cuir renforcées.
Les lofeniens auraient pu l’emporter sur les orques, s’ils ne commirent pas l’erreur de les sous-estimer. Mais ils présumèrent de leurs forces, ils crurent que cinquante archers suffiraient pour triompher des forces ennemies. De plus les villageois tombèrent dans un piège, Caius s’arrangea pour envoyer quatre cent soixante-dix orques attaquer par le nord, tandis que trente grimpaient furtivement les murs du sud. Les lofeniens sûrs de leur victoire, ne mirent aucun guetteur pour surveiller les quatre côtés de leur muraille de bois. Ils se contentèrent d’envoyer tous les hommes valides contrer l’assaut voyant des orques.
Alors les portes du village furent faciles à ouvrir. Les villageois totalement surpris par le dénouement inhabituel de l’assaut, perdirent toute discipline et cédèrent à la panique. Les épées larges et épaisses des orques servirent à causer un carnage. Surtout que les villageois investirent peu dans les épées et bien davantage dans les arcs et les flèches, beaucoup n’avaient que des dagues et des bâtons à opposer à leurs assaillants.
Après une confrontation de quelques minutes les lofeniens partirent se réfugier en masse dans le temple du village, un édifice de pierre aux murs épais, mais assez vulnérable de par la présence de ses vitraux. Rintam sentait la joie l’inonder, pour une fois la victoire sur le plan militaire s’avérait proche. Malheureusement une grosse tuile survint. Les orques voyant le péril, fuirent vers le donjon avant qu’il ne soit trop tard. Mais Gron totalement à l’ouest ne vit rien venir, malgré les avertissements du décurion.
Gron (euphorique) : Pour la gloire et la richesse, hip, hip, hip.
Silence opaque.
Décurion (angoissé) : Il y a une urgence.
Gron : Pour le saccage et le pillage, hip, hip, hip.
Silence opaque.
Décurion : Vous devriez vous retourner.
Gron : Pour le viol et le meurtre hip, hip, hip.
Silence opaque.
Décurion : Nous devons partir tout de suite d’ici, sinon nous mourrons.
Gron : Pour les saucisses, hip, hip, hip.
Ogres : Hourra !
Gron : C’est bien mais c’est bizarre à la place de voix d’orques, j’ai cru entendre des voix d’ogres.
Décurion : Justement des ogres nous encerclent.
Gron : Quoi ?! Et c’est seulement maintenant que vous me prévenez ?!
Décurion (ton plein de reproche) : J’ai essayé de vous mettre en garde plusieurs fois, mais vous refusiez de m’écouter malgré mes efforts tenaces.
