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Chapitre 485 : L’Issue de la Première Escarmouche, Brefs Échanges dans la Cour de l’École
Chapitre 484 : Le Projet Super-Soldat, la Fin de la Première Escarmouche Menu à suivre...

Jour 125 – 21:11 – Rivière Agos, Village de Banugao, Infanta, Quezon

La silhouette d’un homme se dessinait le long des berges, traînant deux dépouilles inertes à l’aide de l’unique bras qui lui restait. Le sang s’écoulait goutte à goutte du moignon de son bras gauche. Il progressait sur le sentier rocailleux, maudissant les cieux.

Cet homme n’était autre que Huo Long Yue, tout juste rescapé du champ de bataille.

— Putain ! Putain !

Répétait-il, rongé par une profonde rancœur.

Son ressentiment ne découlait ni de la perte de son bras, ni du poids des deux cadavres qu’il traînait, ni même de la défaite qu’il venait d’essuyer. Ce qui l’enrageait, c’était la certitude que son ennemi s’était joué de lui. La chose ne lui avait pas sauté aux yeux au cœur de la mêlée, mais lorsqu’il avait décidé de battre en retraite, l’homme à l’épée avait soudainement décuplé sa puissance et sa vitesse.

Avant même qu’il n’eût le temps de réagir, son bras gisait déjà sur le sol. Sans oublier ces deux tirs de précision qui avaient pulvérisé les talismans sur le front des deux Jiangshi.

À l’évidence, ils avaient cherché à le forcer à les abandonner. Cependant, quand bien même il y aurait laissé la vie, ces Jiangshi étaient d’une autre trempe. Tan Sitong avait personnellement cultivé ces corps avec un soin tout particulier. C’étaient les dépouilles de certains des plus illustres guerriers de son époque. Ils étaient irremplaçables.

Même au prix de son bras tranché, Huo Long Yue n’aurait jamais abandonné ces deux corps.

Crachant ses jurons, il atteignit le point de ralliement où ils étaient censés avoir regroupé leurs prisonniers. Même s’ils devaient sonner la retraite, l’opération ne serait pas vaine tant qu’ils ramèneraient des captifs.

Mais c’est une cruelle réalité qui l’y attendait.

La zone de rassemblement était quasi déserte, ne laissant derrière elle que des toges maculées de cendres et une poignée de membres d’Auraboros mal en point.

— Monsieur…

L’être d’ombre en toge, qui s’appuyait péniblement contre un gros rocher, l’interpella d’une voix faible en l’apercevant.

— Que s’est-il passé ici ? s’enquit Huo Long Yue en fronçant les sourcils. Où sont les personnes que nous avions capturées ?

— Monsieur… Ils se sont tous échappés. Deux femmes ont pris notre campement en embuscade.

Aussitôt après cette déclaration, la vie de l’être d’ombre s’acheva. Son corps se réduisit en cendres, et sa toge grise s’affaissa sur les galets de la rive.

La mission était un fiasco total. Huo Long Yue ne pouvait plus le nier.

Il se tourna vers les autres êtres d’ombre rescapés.

— Rassemblez tout le monde ! Nous rentrons sur-le-champ !

Jour 125 – 21:12 – Camp Militaire, Nouvelle Colonie d’Infanta, Village de Banugao, Infanta, Quezon

La bataille avait déjà pris fin. Mark se tenait au centre de la cour de l’école, flanqué de Mei et Amihan, qui l’avaient accompagné, ainsi que d’Odelina, Aephelia et Spera, qui les avaient rejoints par la suite.

La vision de Mark lui étant parvenue assez tardivement, il avait franchi le Portail ouvert par Spera en compagnie de Mei et Amihan. Il avait ensuite ordonné aux trois autres de récupérer l’équipement qu’il avait préparé et de se rendre à un endroit précis pour saboter davantage l’opération d’Auraboros.

Conformément à ces directives, Odelina et Aephelia s’étaient mises en route pour tendre une embuscade au camp où les ennemis avaient regroupé les personnes kidnappées.

Et, sans surprise, elles en étaient revenues victorieuses.

Ayant déjà entrevu le sort que l’organisation réservait à ces captifs, Mark refusait de laisser faire. Il ne s’en serait guère soucié si cela s’était produit ailleurs, loin de ses affaires. Mais là, l’ennemi comptait utiliser ces innocents contre sa base et les siens.

Il ne le tolérerait pas.

Si sa base existait, c’était pour offrir un foyer à sa famille et aux personnes qui lui étaient chères. Il souhaitait bâtir un havre de paix pour Mei et les autres, et non un environnement sanguinaire où la vie n’avait aucune valeur.

Si les habitants de sa base apprenaient qu’ils avaient dû abattre des innocents changés en monstres par l’ennemi… Même s’ils n’en disaient mot, cette blessure marquerait leur esprit à jamais. Cela affecterait le mode de vie de chacun et saperait lentement les fondations qu’il avait bâties.

Il préférait éviter qu’un tel drame ne se produisît sous sa garde.

Que ses ennemis s’en prennent à lui et à sa base tant qu’ils le voulaient. Mais qu’ils n’impliquent pas d’innocents au risque de briser le moral et la santé mentale des siens.

Dans le cas contraire, il ne resterait pas les bras croisés.

De plus, parmi les cibles de l’ennemi figurait une personne qu’il tenait en estime. Comme s’il allait les laisser s’en tirer à si bon compte.

Odelina, Aephelia et Spera firent leur rapport à Mark, confirmant le succès de leur mission. Mark les en félicita.

Bien entendu, les trois femmes n’acceptèrent pas ces louanges sans réserve. Après tout, même si elles étaient des combattantes hors pair, il leur aurait été presque impossible de venir à bout de ces ennemis. Le mérite en revenait aux armes que Mark avait forgées spécifiquement pour ce genre d’adversaires.

Les effectifs les plus nombreux d’Auraboros n’étaient pas des humains, mais des êtres d’ombre. Leurs corps, quasi éthérés, manquaient de consistance physique. Les toges qu’ils portaient étaient d’ailleurs imprégnées de magie pour qu’ils pussent s’en vêtir.

En clair, les êtres d’ombre étaient invulnérables aux armes conventionnelles que les humains utilisaient pour s’entretuer. Cependant, alors qu’il s’affairait dans son atelier, Mark avait confectionné des armes en y incorporant des fragments de l’arbre spirituel mourant qui scellait la Divinité du Carnage.

Ainsi, ces armes possédaient des propriétés magiques capables de blesser des entités éthérées comme les êtres d’ombre, sans nécessiter la moindre aptitude magique ou psychique.

Grâce à ces armes, combinées à leurs autres facultés et à leur maîtrise du combat au corps à corps, Odelina et Aephelia avaient suffi à terrasser le nombre d’ennemis qui leur faisaient face. Sans compter qu’ils n’étaient de toute façon pas bien nombreux.

Tout au plus, l’ennemi n’avait pu dépêcher qu’un quart de ses effectifs pour ces rapts. Ils avaient d’autres chats à fouetter et devaient également veiller sur leur propre campement. De plus, les êtres d’ombre infiltrés dans la colonie s’étaient dispersés, laissant une garde d’autant plus réduite pour surveiller les prisonniers.

C’est ainsi que, grâce à l’intervention de Mark et de sa suite, l’ennemi essuya une cuisante défaite.

— Hé ! Tonton !

La voix enjouée d’Emika résonna depuis le balcon du premier étage de l’aile nord.

En voyant à quelle vitesse elle passait d’une émotion à l’autre, Mark haussa les épaules. Elle était toujours aussi pleine de vie.

Qui plus est, même si les autres commençaient à le respecter, voire à le craindre, Emika restait fidèle à elle-même. Elle l’appelait toujours Tonton, allant même jusqu’à le qualifier de Tonton Pliant dès qu’elle en avait l’occasion. Elle n’avait pas changé d’un iota.

Tandis que Mark se perdait dans ses pensées, Jones s’approcha.

— Êtes-vous certain de vouloir les laisser filer ainsi ? s’enquit le mercenaire.

— Pourquoi me posez-vous la question ? Vous les avez laissés partir, vous aussi, rétorqua Mark, arrachant à Jones un grattement de tête embarrassé.

— J’ai simplement remarqué que vous reteniez vos coups, alors j’en ai fait de même.

Cette réponse laissa Mark sans voix.

Mark souhaitait uniquement jauger l’ennemi et lui adresser un léger avertissement. Tout en en tirant quelques avantages au passage. C’est pourquoi il avait demandé à Mei de surveiller les individus affublés de papiers sur le visage et de tirer sur leurs talismans s’ils tentaient de fuir.

Dans ce processus, il espérait pouvoir en récupérer au moins un pour en étudier le cadavre. C’est également la raison pour laquelle il avait tranché le bras de Huo Long Yue, afin de limiter ce qu’il pourrait remporter avec lui.

Mais qui aurait cru que ce cultivateur dément abandonnerait son propre bras pour sauver ces deux cadavres inanimés ?

Il semblait que ces deux dépouilles eussent bien plus de valeur à ses yeux que son membre manquant. Dès lors, Mark n’avait pas cherché à le poursuivre. Ce n’était pas comme si l’ennemi n’allait pas lui renvoyer ces cadavres tôt ou tard. Il lui suffisait de faire preuve d’un peu de patience.

— À ce propos, êtes-vous sûr que c’était une bonne idée de révéler votre identité de la sorte ? demanda Mark en fronçant les sourcils.

Il était venu ici car Emika et sa famille étaient en danger. Si cette révélation devait attirer davantage l’attention d’Auraboros, alors son intervention n’aurait servi à rien.

— Si c’est ce qui vous inquiète, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, sourit Jones Galley. Auraboros n’agit que par appât du gain ou par vengeance. Mais le profit prime toujours. Je l’ai compris lorsqu’ils ont commencé à lever le pied sur ma traque. Je leur coûtais bien trop cher en hommes et en ressources. Dans un monde tel que le nôtre, il leur sera bien plus difficile et onéreux de voyager d’un pays à l’autre.

À ces mots, Mark comprit.

— Venir jusqu’ici pour régler votre compte ne représenterait pas seulement un gaspillage de ressources, mais les exposerait également au danger, c’est bien ça ?

— Exactement. S’aventurer dans cette contrée reculée ne rapporterait rien à Auraboros. Et ma présence ici fera tout autant office de mise en garde.

— J’espère que vous avez raison sur ce point, lâcha Mark d’un regard sceptique.

Il y avait néanmoins une part de vérité dans tout cela.

À l’heure actuelle, si Auraboros ciblait sa base, c’était en raison de l’Arbre Spirituel, et probablement d’autres éléments qu’ils jugeaient précieux.

Si sa base en avait été dépourvue, Auraboros n’y aurait vu qu’un vulgaire rassemblement de montagnards.

Parfois, la richesse et les ressources attiraient les ennuis. Mais il était trop tard pour que Mark s’en formalise. Il ne put que hausser les épaules.

D’un autre côté, Mark dévisageait Jones Galley. Le fait que cet homme soit un Super-Soldat cultivé par l’organisation était pour le moins surprenant.

Mais ce qui l’intriguait d’autant plus, c’était qu’il n’avait pas aperçu la moindre trace de lui dans sa vision. Cette anomalie le perturbait.

Une idée lui traversa l’esprit et il décida de la mettre à l’épreuve.

Ses yeux s’illuminèrent d’une lueur violette. Il s’agissait de sa faculté à percevoir les quelques secondes à venir.

À sa grande surprise, cela n’eut aucun effet sur Jones.

Il n’y avait ni futur, ni passé.

Cette capacité ne se heurtait qu’à une poignée d’individus. Odelina, Mei, Iola et lui-même en étaient les parfaits exemples. Des personnes qui auraient dû périr, et qui pourtant vivaient encore. Il semblait que Jones partageât la même destinée qu’eux. Son lien avec les fils du destin de ce monde avait été rompu.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’il ait pu acquérir une telle puissance, s’affranchissant des limites de la condition humaine.

L’atmosphère pesante instaurée par le regard insistant de Mark mit Jones plutôt mal à l’aise. Il tenta alors une diversion inattendue.

— Mesdames, que pensez-vous de ma plastique ?

Demanda Jones aux femmes qui accompagnaient Mark, tout en contractant sa musculature impressionnante.

Mei l’ignora superbement. Elle ne cilla même pas au son de sa voix. Les autres, quant à elles, gardèrent le silence. Elles le dévisagèrent d’un air impassible, mais leurs regards étaient lourds de mépris. Seule Spera, qui peinait à dissimuler ses émotions, fut un livre ouvert, et, à l’évidence, elle n’était pas non plus sous le charme.

— Vous savez que je pourrais vous tuer sur-le-champ pour cette simple remarque, n’est-ce pas ? sourit Mark d’un air sinistre.

— C’est bon ! C’est bon ! Je plaisantais ! Cessez de me dévisager de la sorte !

Jones savait que sa plaisanterie n’avait rien de bien méchant. Mais pour une raison obscure, l’accueil glacial qu’il reçut lui sapait le moral.

— Ouais, le vieux. Tes muscles sont impressionnants, mais tout le monde ne partage pas tes goûts, ajouta Emika, enfonçant le clou alors qu’elle sautillait vers le groupe de Mark.

Mais par-dessus tout, la curiosité d’Emika avait été piquée au vif par un autre détail.

— Dis, Tonton, tu as pris une nouvelle servante ?

Demanda-t-elle à Mark tout en dévisageant le nouveau visage de son entourage. La nouvelle venue était ravissante, mais au-delà de sa beauté, elle dégageait une aura de dignité, de sérénité et de loyauté.

Et, à sa grande stupeur, la servante en question lui répondit avec un sourire :

— Jeune Demoiselle Emika, cela faisait longtemps.

— Hein ?

Naturellement, Emika ne comprenait pas.

— C’est Aephelia, déclara Mark avec un sourire espiègle.

— Aephelia ?

Emika fut d’abord perplexe. Puis, le souvenir lui revint.

— Hein ? EEEEEHHHHHHH ?

Son cri de stupéfaction fut si comique que tous ceux qui l’entouraient ne purent s’empêcher d’éclater de rire.

Bien entendu, les soldats alentour, eux, étaient profondément troublés.

Après tout, ce groupe s’esclaffait alors qu’il était encerclé par les cadavres de leurs camarades. S’ils leur étaient reconnaissants d’être intervenus contre l’ennemi, ils auraient pu choisir un moment plus opportun pour plaisanter.

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